‹ François BaconChapitre 87 sur 120 · II. — l'influence scientifique · texte numérisé non relu

II. — l'influence scientifique

expérimental était commencé avant lui et qu'il s'est continué en dehors de lui et de son influence. Avant lui Kepler, Léonard de Vinci, Galilée, Gilbert connaissent et pratiquent la méthode expérimentale. C'est à Galilée que Torricelli se rattache, et tous les physiciens de l'Europe étudient ses ouvrages avec le plus grand soin tandis qu'ils semblent ignorer les ouvrages de Bacon. Nul ne le cite, nul ne le discute, tandis que toute l'Europe savante est remuée par les découvertes de Spallanzani, de Spurzheim, de Newton ou de Leibnitz. Le XVII^ siècle est le siècle des grandes controverses scientifiques ; si Bacon avait eu une influence quelconque sur les découvertes de ce temps, on le verrait cité autrement que par occasion, surtout on discuterait ses idées. Les idées qu'on ne discute pas sont des idées mortes.

Chaque découverte nouvelle dans les sciences expérimentales a eu pour effet d'augmenter le bon renom de leur méthode et la confiance en son succès. Une seule découverte a ici ^lus d'éloquence que les plus beaux discours. La vérité brille de son pur éclat et charme les yeux. De notre temps où la méthode expérimentale a rallié toutes les approbations, où même elle pa-

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raît à beaucoup la seule méthode de découverte et de preuve, ce n'est pas à Bacon, c'est aux merveilleuses découvertes contemporaines qu'elle doit non seulement d'éclairer tous les esprits, mais même d'en éblouir quelques-uns. Watt, Edison et Bell ont plus contribué à ce résultat que les plus éloquentes démonstrations. Ainsi la faveur qu'a obtenue la méthode expérimentale nous paraît résulter beaucoup plus du développement réel des sciences que des émts de Bacon. L'influence de ses ouvrages a été plutôt extérieure et a pu contribuer à amener quelque esprit sérieux à se mêler au développement scientifique auquel, sans cette lecture, il serait resté étranger.

Quant à la méthodologie particulière inventée par Bacon, il est clair que puisque cette méthodologie est, de l'aveu de tous, reconnue imprati- ■cable, elle ne peut avoir exercé aucune influence. D'ailleurs, tous les savants l'ont remarqué, et nul île l'a mieux dit que l'illustre Claude Bernard, le savant, d'après l'objet de ses recherches et de ses travaux, préoccupé par cet objet, découvre comme sans y penser ses méthodes d'observation ou de preuve, cette découverte des méthodes fait partie du génie scientifique, et en est insépa-

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rable (1). Puis, réfléchissant sur ce qu'il a fait, il découvre les raisons logiques qui justifient ça méthode, il peut même se faire que cette méthode rentre dans un ordre déjà prévu et décrit par les logiciens, mais sauf certaines règles très vagues et très générales, ceux-ci ne peuvent donner aucunç indication qui soit profitable au savant.

« Pour l'expérimentateur, dit le grand physiologiste, les procédés du raisonnement doivent varier à l'infini, suivant les diverses sciences et les cas plus ou moins difficiles et plus ou moins complexes auxquels il les applique. Les savants, et même les savants spéciaux en chaque science, peuvent seuls intervenir dans de pareilles questions, parce que l'esprit du naturaliste n'est pas celui du physiologiste, et que l'esprit du chimiste n'est pas non plus celui du physicien. Quand des philosophes, tels que Bacon ou d'autres pjus modernes, ont voulu entrer dans une systématisation générale des préceptes pour la recherche scientifique, ils ont pu paraître sé-

(I) « L'expérimentateur est un inventeur de phénomènes, et véritable contre-maître delà création». Introd.'àla mélh. expériment. c. i, § 4, p. 34.

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duisants aux personnes qui ne voient les sciences que de loin; mais de pareils ouvrages ne sont d'aucune utilité aux savants faits, et pour ceux qui veulent se livrer à la culture des sciences, ils les égarent par une fausse simplicité dès choses; de plus, ils les gênent en chargeant l'esprit d'une foule des préceptes vagues ou inapplicables qu'il faut se hâter d'oublier si l'on veut entrer dans la science et devenir un véritable expérimentateur. . . Pour faire des observations, des expériences ou des découvertes scientifiques, les méthodes et procédés philosophiques sont trop vagues et restent impuissants; il n'y a pour cela que des méthodes et des procédés scientifiques (2)... Si Ton rencontrait des incrédules à cet égard, il serait peut-être facile de leur prouver, comme dit Joseph de Maistre, que ceux qui ont fait le plus de découvertes dans la science sont ceux qui ont le moins connu Bacon, tandis que ceux qui l'ont lu et médité, ainsi que Bacon lui-même, n'y ont guère réussi » (3). Aussi l'illustre savant ajou-

(1) Ihid. nie part. c. iv, § 4, p. 394..

(2) Ibid. p. 392.

(3) Ibid. p. 393.

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