‹ François BaconChapitre 9 sur 120 · I. — LES GRECS MÉDITATIFS · texte numérisé non relu

I. — LES GRECS MÉDITATIFS

c'est-à-dire vers la circonférence. <t Mais cette hypothèse, reprend Bacon, n'embrassant que la moindre partie des considérations nécessaires, nous paraît étroite et superficielle; car ni le mouvement circulaire des corps célestes, ni les mouvements, soit expansifs, soit contractifs, qu'on observe dans une infinité de corps, ne peuvent être ramenés à ce principe unique, et il paraît impossible de les concilier avec un tel mouvement )î> (1).

Bacon enfin, bien qu'il ne se prononce pas catégoriquement sur la question de l'existence du vide, ne croit pas à la valeur des raisons que donnent Leucippe et DémoQrite pour prouver cette existence. On connaît les expériences d'où Démocrite concluait l'existence du vide. Un vase plein de cendres peut encore contenir du vin ; une outre pleine de vin peut diminuer de volume par la pression (2), un même corps peut donc occuper et remplir tour à tour de grands et de petits espaces. Or, cela semble ne pouvoir s'expliquer que dans l'hypothèse du vide. — « Mais c'est là une erreur, répond Ba-

(1) Sap. veter.^ xv.

(2) ÀRiSTOTE. Physic. 1. iv, c. 6, p. 213, b, 15.— De Générât, et corrupt. 1. 1, c. 2, p. 315» a. 34.

con, on peut tout aussi bien expliquer les faits à l'aide de certains plis de la matière qui se plie et se replie, pour ainsi dire, dans Tespace, entre certaines limites et sans l'intervention du vide » (1), ainsi sans doute qu'un papier replié sur lui-même occupe moins de place que lorsqu'il est déployé. Il est difficile ici d'être de l'avis de Bacon et de ne pas trouver singulièrement faible l'hypothèse qu'il veut substituer à celle de Démocrite, car les plis et les replis du papier supposent le vide même.

On voit par là que Bacon, tout en professant une vive admiration pour tous ces anciens philosophes, ne se fait pas faute de les critiquer. Ils sont cependant à ses yeux bien supérieurs à tous ceux qui leur ont succédé en Grèce. Sans doute leur sagesse est une sagesse enfantine comparée à celle des Égyptiens (2), elle est même inférieure à celle de la haute antiquité grecque dont les mythes renferment un sens si profond aux yeux de Bacon qu'il a plusieurs fois travaillé à les commenter (3), sans doute encore

(1) N. 0. 1. II, 48. t. I, p. 347.

(3) De sapientia veterum. Bacon a dans cet écrit interprété

Page 1