‹ François BaconChapitre 92 sur 120 · III. — l'influence philosophique · texte numérisé non relu

III. — l'influence philosophique

môme temps que les sciences de la nature, Locke a reflété cet état d'esprit et en même temps et par contre-coup se trouve professer beaucoup d'idées baconiennes. Mais les a-t-il puisées dans Bacon ou dans l'atmosphère intellectuelle où il vivait ? C'est ce qu'il est difficile de décider. Ce qu'il y a de sûr c'est que Locke, qui n'est pas avare de citations, ne cite Bacon qu'une seule fois et encore à titre d'historien. Il cite au contraire un auteur beaucoup moins connu que Bacon, celui qu'il appelle « le judicieux Hooker», et il le cite justement pour lui emprunter une phrase où « ce grand homme y> réclame l'invention de ce qu'il appelle $. les vrais secours du savoir et de Vart », c'est-â-dire d'une méthode qui permette la constitution de la science (1). Or, si Locke avait jugé cette méthode découverte, par Bacon il n'eût pas manqué de le dire en cet endroit.

Mais Locke ne le croyait pas et il y en a dans son Essai une preuve péremptoire. Où se trouve l'idéal de la méthode scientifique pour Locke? Voici ce qu'il nous répond : La vraie méthode

(1) Es8. sur l'entend. 1. iv, c. 17, § 7 ^ trad. Coste 4 vol. iii-12 Amsterdam, 1791, t. iv, p. 229.

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d'avancer les connaissances, c'est en considérant nos idées abstraites. « Et pour apprendre par quels degrés on doit avancer dans cette recherche, il faut s'adresser aux mathématiciens » (!)• Cette méthode est applicable à toutes les sciences véritables et en particulier à la morale. « La Morale, continue Locke, est aussi capable de démonstration que les mathématiques » (2). Ainsi la véritable méthode est la déduction, dont les Mathématiques donnent le meilleur modèle et le plus exact (3). Si Locke critique le syllogisme (4), ce n'est pas qu'il le trouve faux, il « convient même que tous les bons raisonnements peuvent être réduits à ces formes syllogistiques » (5), il regarde Aristote comme un des plus grands hommes de l'antiquité, mais il croit que l'usage du syllogisme est inutile et même peut avoir des inconvénients dans la pratique. On voit combien tout cela est éloigné des idées de Bacon. Pour compléter l'opposition, voici ce que dit Locke de la physique. Nous

(1) Ess. sur Ventend.y 1. iv, c. 12, § 7, ibid. p. 158.

(2) Ibid. § 8, ib. p. 160.

(3) Ibid. c. 17, § 3,ib. p. 209.

(4.) Ibid. § 4, ib. p. 210.

(5) Ibid. p. 213.

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