‹ François BaconChapitre 95 sur 120 · III. — l'influence philosophique · texte numérisé non relu

III. — l'influence philosophique

sensible est la source de toutes les idées, de toutes les connaissances, par suite la science n'est qu'un amas débrouillé de connaissances sensibles, l'induction a pour but de débrouil-' 1er cet amas, de « chasser à travers ces forêts T), comme eût dit Bacon, c'est par elle seule qu'on peut se retrouver au milieu des expériences, c'est elle seule qui peut servir à constituer la science. La déduction et son instrument, le syllogisme, ne peuvent trouver dans les propositions générales que ce que l'induction y a déjà mis, le syllogisme n'est plus alors ni une source de découverte ni un moyen de preuve, car la conclusion se réduit à répéter les prémisses, ce n'est qu'une pétition de principe, une insipide tautologie. Si l'on veut le sauver de ce reproche, le syllogisme doit se résigner à n'être plus qu'une inférence du particulier au particulier (1), c'est-à-dire la plus ^modeste des inductions. Ainsi se trouve complétée et confirmée la doctrine de Bacon, il n'y a de science que par l'induction, le syllogisme purement déductif est de nulle valeur.

(1) MiLL, Système de log. 1. ii, c. 3, t. i, p. 207. — Bain, 1. II, c. iy t. I, p. 303.

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Mill et Bain se montrent encore disciples de Bacon dans leur préoccupation de découvrir les véritables méthodes expérimentales. Mill s'est donné pour tâche (et Bain n'a fait qu'adopter ses vues) de systématiser la méthodologie des sciences de la nature, de ramener leurs procédés expérimentaux au plus petit nombre possible.

C'est à ces procédés qu'il a donné le nom de inéthodes (1). Mais avant de connaître et de déterminer ces procédés il fallait préciser le but des sciences de la nature. C'est aussi ce qu'avait fait Bacon. Seulement, tandis que Bacon donne pour but à la science la découverte des fonncH, Mill lui donne pour but la découverte des lois. Sans doute Bacon définit la forme par la loi et. dit que la forme n'est autre chose que la loi de l'acte pur (2); mais, faute parlai de donner au mot loi une précision suffisante, les recherches qu'il institue et les méthodes dont il se sert restent vagues, indécises et incapables de produire des résultats. Mill définit au contraire la loi avec précision: la loi est une

(\) MfLL, 1. III, c. 8, t. I, p. 425-4-48. — Bain, l. m, c. 5, t. ii. p. 75- 106.

(2) Voir plus haut 1. ii, c. 4, p. 260.

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uniformité de succession de sorte que toute loi est composée de deux termes, un antécédent et un conséquent. Ainsi la loi n'est pour lui qu'une re- • lation, pour Bacon elle restait une sorte d'absolu. Cette définition de la loi permet à Mill de poser en termes très clairs le problème que doit résoudre la science et de découvrir les méthodes de solution. La question prend toujours cette forme :^A précède-t-il constamment B ? Si oui, il y a loi ; si non, la loi n'existe pas. Donc, pour répondre affirmativement, il faut et il suffit que toutes les fois que A se présente B se présente aussi, c'est une concordance; que toutes les fois que A disparait B disparaisse, c'est la méthode des différences ; que toute les fois que A varie B soit aussi soumis à des variations, c'est la méthode des variations concomitantes. Avec ces principes la méthode des tables devient très utile, très précise et très féconde, mais il faut bien reconnaître qu'elle est loin de présenter chez Bacon les mêmes caractères. On ne peut dire eu effet, nous l'avons vu, que les tables de présence, d'absence et de degrés correspondent aux méthodes de concordance, de différence et de variation. C'est que dans les tables de présence, Bacon se contente d'énumérer les

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