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pour la chasse des loups marins vers Tadoussac. Outre la pêche des loups marins, la société voulait encore attirer les sauvages à Tadoussac et y faire bon commerce de castors. Godefroy passa en France pour obtenir le droit de cette pêche de la compagnie, et y associer M. Rozée pour un huitième. Courville, Lespinay et Simon Guyon avaient fait un voyage dans le Saguenay dans le mois d'octobre, pour entrer en liaison avec les sauvages, ot ils avaient rapporté de cette première excursion environ 300 castors.
Le 4 mars 1663, M. d'Avaugour loua la traite de Tadoussac pour deux ans à Francois Bissot, la T'esserie, des Cartes, le Gardeur de Tilly, Després, Juchereau de la Ferté, Damours, Charron, Madry, Marsollet, le Gardeur de Villiers, Chartier, Denis, Bourdon, Juchereau de Saint-Denis (p. 11. 3. & D. t. 1), mais ce bail fut cassé au mois d'octobre suivant par M. de Mésv.
Bissot, se voyant le royaume du Saguenay fermé, dirigea alors ses vues vers les régions désertes du Labrador, où les Espagnols seuls jusqu'alors, de compagnie avec les Basques audacieux, avaient fait la pêche.
Dans l'hiver &üe 1661, le 25 février, Bissot obtint de la compagnie de la Nouvelle- France l'ile aux Œufs, située au-dessous de Tadoussac, vers les monts Pellés, du côté du nord, à quarante lieues environ de Tadoussac, avec le droit de chasse et d'établir en terre ferme, aux endroits qu'il trouverait le plus commodes, la pêche sédentaire des loups marins, baleines, marsouins, et autres négoces, depuis l'ile aux Œufs jusqu'aux Sept-Iles et dans la Grande-Anse, au pays des Esquimaux, où les Espagnols faisaient encore la pêche. Il obtenait en même temps le pouvoir de prendre dans ces endroits les bois et terres névessaires pour y fonder son établissement.
C'est sur cette ile aux Œufs, si célèbre depuis par le naufrage de la flotte de l'amiral anglais Walker, que Bissot commença à jeter les fondations de son premier établissement de pêche sédentaire. Ce n'est qu'un rocher stérile, dénué de toute végétation, long de trois quarts de mille environ. Dans le creux des roches granitiques, on installa les huttes des pêcheurs. Rien de plus primitif que ces campements de grève. Les sapins nains, les cyprès de la côte voisine en faisaient tous les frais. De larges fourneaux faits de pierres sèches servaient à bouillir les huiles. On voyait encore, il y a quelques années, les vestiges d'une installation de ce genre sur l'ile aux Basques près des Trois- Pistoles.
La pêche, ou pour parler plus correctement, la chasse des loups marins se faisait surtout sur les côtes de la terre ferme. Le loup marin et le marsouin ont le long de ces rives des endroits de prédilection où ils vont se chautler paresseusement au soleil, C': au fond de certaines anses où ils peuvent entrer avec la marée qu'on les rencontre plus souvent qu'ailleurs. On fermait l'entrée de ces anses avec des filets et des pierres et on n'y laissait libre qu'un petit espace par où les loups marins se glissaient. Dès que la marée était haute on bouchait ces ouvertures et la mer en se retirant laissait ces poissons à sec. On n'avait plus alors que la peine de les assommer. Un coup de bâton sur le nez suffisait pour les tuer.
D'autres fois encore le pêcheur suivait en canot les troupeaux à la nage. Comme ces cétacés sortent la tête de l’eau pour respirer, on profitait de ce moment pour tirer dessus. Une fois blessés on les pouvait prendre sans peine, vu qu'ils sont très doux, mais s'ils étaient tués, ils coulaient à pic au fond. On avait stylé les gros chiens du Labrador à aller les pêcher à sept ou huit brasses de profondeur. A part le loup marin et le marsouin,
on chassait encore les morses et les baleines, puis dans les temps de relâche la pêche des morues et du hareng occupait ces rudes travailleurs de la mer.
Bissot s'était établi d'abord sur l'ile aux Œufs, afin de se mettre à l'abri des incursions des sauvages esquimaux, les plus farouches et les plus barbares des hommes, Il porta plus tard son exploitation au fond du hâvre de Mingan, et s'y construisit un petit fort de pieux. Bissot, de Québec, dirigeait ces exploitations lointaines. Chaque printemps ses barques, chargées des ustensiles de pêche et de marchandises de traite, partaient de la petite capitale, et ne revenaient qu'une fois la saison finie.
Bissot, sur la côte du Labrador, Denis, sur la péninsule néo-écossuise, Riverin, sur les bords de la rivière de la Madeleine, au pied des monts Notre-Dame, furent les premiers Français qui tentèrent de fonder des établissements de peche sédentaire. Sur la terre ingrate du Labrador, la pêche seule était possible, Aussi, Bissot n'y essaya aucune culture. Mais Riverin voulut fonder une de ces colonies mixtes, où l'habitant aurait partagé son temps entre le défrichement du sol et la récolte abondante que la mer apporte chaque année dans ces parages. Cette tentative ne fut pas couronnée de succès, mais Riverin eut l'honneur de la tenter.
C'est dans le cours de l'année 1668 que Bissot commença à construire une tannerie à la pointe de Lévy, sur la terre qu'ilavait eue en 1648 du seigneur de Lauzon. Le ruisseau qui servait de borne aux fermes de Couture et de Bissot et qui faisait tourner la roue du moulin à farine fut éclusé Un grand canal en bois y puisa l'eau pour la conduire dans les cuves à tannin. L'intendant Talon, dans le cours des années 1668 et 1669, avancça sur les deniers du roi, pour être employée à la construction des bâtiments nécessaires à la nouvelle exploitation, une somme de 8,268 livres, Cette avance, considérable pour l'époque, fut plus tard remboursée en grande partie par les héritiers Bissot.
La communauté des habitants, pour aider Bissot dans son entreprise, lui alloua en outre une somme de 1,500 livres, à prendre sur la perception des droits du 107. Cette tannerie, la première qu'on ait vue au Canada eut un plein suecès. On en espérait beaucoup, et les premiers essais réussirent parfaitement. Dès la sconde année les bénéfices réalisés dépassèrent toutes les prévisions,
On a vu Bissot, lorsqu'il commenca son exploitation rurale, appeler auprès de lui ses compatriotes de Pont-Audemer et des environs. Il va chercher maintenant à intéresser à sa nouvelle entreprise des gens du métier.
Dans l'automne de 1665, deux frères venus de Nainte-Radégonde, paroisse de Poitiers, s'étaient établis dans l'ile d'Orléans, sur des terres que leur avait concédées la veuve René Maheu, près de la rivière qui porte encore son nom. Etienne et Jean Charest exerçaient le métier de tanneur. Bissot les attira à la pointe de Lévy. Etienne, l’ainé des deux, était intelligent, actif, dévoué. Il ne tarda pas à gagner la confiance de son patron et les bonnes grâces de sa fille Catherine, jeune personne âgée de quinze ans à peine et qui venait de terminer son cours au couvent des Ursulines de Québec. Le parti était avantageux pour Charest. Le futur beau-père avait du bien et il était en train de faire fortune. Par sa femme il comptait les meilleures familles bourgeoises de lu colonie dans sa parenté. Bissot, de son côté, ne pouvait donner la main de sa fille à un meilleur
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gendre, À part sa terre dans l'ile d'Orléans, Charest avait encore quelque bien à Poitiers et aux irons. Il possédait du reste un métier qui allait de la meilleure façon du monde à l'industrie nouvelle créée par Bissot. Le mariage fut marché conclu dans l'été de 1670. Bissot fit don à l'épousée de 2,000 livres comptant en argent ou en pelleteries, et promit de la nourrir elle, son mari et leurs enfants pendant trois ans. Charest donna à sa fiancée un douaire de 500 livres. Ce fut le notaire Gilles Rageot qui eut l'honneur de sceller les fiançailles comme on célébrait les premières vépres de l'Assomption. Le même jour, Bissot, toujours pratique et ayant l'œil à ses affaires, associa Charest à son industrie du tannage des peaux pour dix années consécutives. Le futur gendre fournissait son travail et devait diriger les opérations de lu tannerie de la pointe de Lévy. Le beau-père avançait les capitaux nécessaires. Pendant les trois premières années, Charest recevait le quart des profits réalisés dans l'explo.tation. 11 devait ensuite compter pour un tiers.
Maintenant que nous savons comment s'établit cette première tannerie, il nous reste à voir le genre de travail qui s'y fit.
Si Bissot s'était contenté pour alimenter sa tannerie de préparer seulement les peaux apportées par les colons de la région de Québec, son bénéfice aurait été peu considérable. La simple consommation locale n'aurait pas suffi pour couvrir les frais d'un pareil établissement. |
Pour tenter les chalands sur le marché étranger, ou pour faire concurrence dans la colonie à l'importation de la métropole, il fallait un produit nouveau, indigène, bien adapté aux besoins du pays.
L'industrie menée par Bissot à Mingan comprenait trois opérations: la pêche, la chasse, la traite, Les négociants du temps ne songeaient guère qu'à la traite, mais Bissot ne pensait pas de même, La traite pour lui ne fut jamais qu'un moyen de second ordre. Dans l'opération de commerce qui consiste à acheter un objet à vil prix et à le revendre à gros bénéfices, il n'y a rien qui puisse satisfaire un homme intelligent, hardi, ambitieux. Tout travail est insipide s'il n'apporte avec lui une difficulté à vaincre.
Bissot avait d'abord pêché le hareng et la morue pour préparer ces poissons comme il avait appris dans son enfance sur les grèves de Pont-Audemer. Mais parmi les habitants étranges que la mer du golfe venait jeter dans ses filets, il y en avait un dont on n'avait pas encore su tirer tout le profit possible, On pêchait le loup marin pour en tirer de l'huile excellente pour brûler et pour passer les peaux. Pourquoi ne pas tanner les peaux de ces cétacés comme on faisait de celles des animaux terrestres ? L'essai en avait été tenté en France et avait bien réussi. Pourquoi ne pas implanter cette industrie au pays? C'est ce que Bissot, encouragé par Talon, voulut faire dans sa tannerie de la pointe de Lévy. Sans doute que dans cet établissement on prépara des peaux de toute façon, mais d'après les documents que nous avons compulsés attentivement, c'est au loup marin et au marsouin que la préférence fut donnée. Dans les premiers temps on employa ces peaux à faire des manchons. La mode s'en passa et leur grand usage servit à couvrir les malles et les coffres. Quand ces peaux étaient tannées, elles avaient presque le même grain que le maroquin. Elles étaient moins fines, mais s'écorchaient moins aisément et elles conservaient plus longtemps toute leur fraicheur. On en faisait de très bons souliers et des bottines qui ne prenaient point l'eau. On en couvrait aussi des sièges, dont le bois était plutôt usé que la couverture. On tannait les peaux avec de l'écorce de pruche et
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dans la teinture que l'on tirait de certaines pierres qui se trouvaient sur le bord des rivieres C'était ce qu'on appelle “pierres de tonnerre” où des mareassites de mines, dit le P. Charlevoix.
La peau de marsouin se tannait à la façon du maroquin. Cette peau, qui a un pouce d'épaisseur, est tendre comme du lard, raconte Charlevoix, On la gratte longtemps vt elle devient comme un cuir transparent, et quelque mince qu'elle soit jusqu'à être propre pour faire des vestes et des hauts-de-chausse, elle est toujours très forte et à l'épreuve d'un coup de feu. On prétend que rien n'est meilleur peur une capote de carrosse.
La tannerie de Bissot fournissait des cuirs à tous les cordonniers de Québec, Elle eut aussi avec le gouvernement des entreprises de fournitures considérables de chaussures pour la troupe.
L'ancienne législation française veillait d'un œil jaloux à la distribution du travail. Chaque métier avait ses privilèges que l'on ne pouvait enfreindre impunément. Tout était réglementé de façon à ce que chacun put gagner sa vie. Ainsi, dans la colonie, il fut réglé par ordonsance que les bouchers devaient vendre leurs peaux aux tanneurs. La fabrication des souliers sauvages était permise à tout le monde, mais pour les souliers français le monopole en était réservé aux cordonniers. Afin d'empècher l'accaparement des industries, une autre ordonnance défendit aux tanneurs de prendre chez eux aucune personne du métier de cordonnier. On conçoit, en effet, que si les tanneurs avaient pu fabriquer eux-mêmes la chaussure dans leurs établissements, ordinairement éloignés des villes, c'eut été tuer la cordonnerie. Le gendre de Bissot, qui voulait commander le marché, avait engagé à long terme plusieurs cordonniers et fabriquait la chaussure à son établissement de la pointe de Lévy. 11 gardait toutes les peaux pour sa cordonnerie et les savetiers de Québec, sans matière première, allaient être forcés de fermer boutique lorsqu'ils s'avisérent d'en appeler à la justice de leur pays. Cette classe d'hommes à toujours été très difficile à contenter. C'est parmi elle et dans la confrérie des tailleurs que se recrutent tous les révolutionnaires. Toussaint Dubau, Jean Guytart, Simon Esnart, Jean Journet, les quatre savetiers alors établis dans Québec, portèrent donc leurs doléances devant le Conseil supérieur. Ils demandaient dans leur supplique qu'il fût défendu à Charest d'employer chez lui des cordonniers, et qu'il lui fut ordonné d'apporter à la ville tous les cuirs qui conviendraient à la cordonnerie pour les distribuer aux cordonniers, tant en hiver qu'en été, pour leur argent, suivant estimation faite par experts. On était rendu à l'automne et la navigation était sur le point de se fermer. Le conseil ordonna à Charest d'apporter immédiatement à Québec six cuirs entiers pour faire des semelles, six vaches pour empeignes, trois peaux de vache et une douzaine de peaux de veaux, sauf ensuite à en régler le prix.
Telles furent dans ce pays les premières revendications des travailicurs contre les manufact.riers et les monopoles.
Bissot avait mis en branle trois exploitations : la culture de la terre, la pêche, la fabrication des peaux. Toutes trois marchaient de front, et Bissot était en train de faire fortune. Le petit corps de logis qu'il avait fait construire par Couture dans l'automne de 1647, était disparu depuis longtemps pour faire place à une longue maison confortable. De