‹ François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc, évêque de Lodève et de MontpellierChapitre 11 sur 49 · MO · texte numérisé non relu

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» 1j dit sieur du Bosquet est digne de sa protection et de

» ses assistances et puis bien estre sa caution qu'il ne sera

» jamais mescognoissant des grâces et des faveurs qu'elle

» daignera lui despartir (i). »

L'Archevêque de Narbonne, le Maréchal de Schomberg, TEvêque de Nimes, Séguier, surtout Séguier, et d'autres encore, les protecteurs ne manquaient donc point à Bosquet .

Il faut convenir aussi que les oppositions faites à son élévation à l'épiscopat, dès la première heure, avaient eu un caractère d'hostilité si vive que ce n'était pas trop maintenant de tant d'influences pour l'appuyer.

Et encore réussirait-on ? C'était chanceux.

Des difficultés nouvelles surgissaient. Bosquet en fut-il officieusement averti ? Peut-être. Toujours est-il qu'il résolut d'avoir une action personnelle et directe dans ses affaires et d'être lui-même son avocat.

En conséquence, il écrivit au Garde des sceaux pour lui demander la permission de se rendre à Paris.

Les Etats venaient à peine de terminer leurs travaux, lorsqu'il reçut à Béziers la lettre de la chancellerie l'autorisant à se présenter à la Cour. C'était le 29 novembre (2). Bosquet se mit aussitôt en mesure de partir.

(i) Biblioth. nat. Mss. fr., fonds Baluze, arm. IV, pag. <,. Reg. 121, fol. 62. — Cette pièce, qui nous a été communiquée par M. Germain, porte ce titre : Extrait d'une lellre escrite à M. le cardinal Ma:{arin par M. de Rébé, archevêque de Narbonne, le ij novembre 164^.

(2) Voici ce qu'il écrivait de Béziers au Chancelier, le 30 novembre :

« Monseigneur,

» Les Etats de cete province finirent vendrcdy dernier, et je partiray » dans deux jours de Narbonne pour la Cour, puisqu'il vous a pieu, » Monseigneur, me faire cete grâce de mander ma permission aux ter- » mes de la lettre que mon homme me rendit hier à Montpelier. Toutes

Mais, avant de quitter la province, il adressa à Mazarin une supplique conçue en des termes qui font honneur à sa littérature^ non moins qu'à son tact et à son esprit. C'est un petit chef-d'œuvre de convenance et d'habileté.

» Je pris la hardiesse d'escrire à Vostre Eminence, il y a » tantost huit mois, et, quelque inconnu que je sois, j'espérois » de vostre bonté et de l'estime que Vostre Eminence avoit » pour feu Monsieur de Sponde, évesque de Pamiés, qu'elle » feroit considération des dernières volontez de ce grand » Prélat, sous le nom et la faveur duquel je me présentois à » Vostre Eminence.

» Mais, Monseigneur, ou le peu d'adresse ou la timidité de » ceux entre les mains de qui j'avois remis mes lettres et mes » intérêts, concernant l'évesché de Pamiés, que le dit sieur » de Sponde m'avoit résigné avant sa dernière maladie, me » privèrent. Monseigneur, de l'honeur que j'espérois d'avoir )) d'estre connu de Vostre Eminence et de recevoir de sa » protection la grâce que je demandois au feu Roy, de glo- » rieuse mémoire, et despuis à la Reyne régente. La crainte, » Monseigneur, que mes dits amys eurent de choquer les » desseins d'une puissance naissante qui avoit conceu des

» choses sont calmes dans la province et monsieur le Maréchal en par- » tira dans dix jours.

» Je prie Dieu, Monseigneur, qu'il vous conserve en santé et pros- » périté, et demeure,

Monseigneur, » Vostre très-hum,ble, très-obéissant, » très-fidèle et très-obligé serviteur, » Bosquet.

» A Béziers, le dernier novembre 164^. »

Au dos est écrit : A Monseigneur, Monseigneur le Chancelier. [BibWoth, Nat. Mss. fr., n" i737^,fol.66).

) aversions très injustes contre moy, sous prétexte de quelque ) libvre dont monsieur le Chancelier scait bien que je ne ) suis pas l'autheur, les empescha de me rendre les offices ) qu'ils me dévoient en ceste rencontre, et fit qu'ils laissèrent ) aussi périr entre leurs mains mes droits, desquels, Mon- ) seigneur, je n'ay peu parler despuis, parce que les actes ) principaux qui leur avoient esté remis ne m'ont esté rendus ) que despuis quinze jours. Maintenant, Monseigneur, que ) je puis justifier du traité que le dit sieur de Pamiés et moy ) avions faict, je recours à la générosité de Vostre Eminence ) de laquelle seule j'espère que les pensées que ce saint ). prélat eut pour moy pendant sa vie pourront estre accom- ) plies après sa mort. La seule obligation que j'ay de reco- ) gnoistre son amitié et ses grâces par l'obéissance que je ) dois rendre à ses mouvementz me faict réveiller une affaire ) de laquelle la conjoncture des temps, la foiblesse de mes ) dits amys et les véritables sentiments que j'ay de mon peu ) de mérite m'avoient entièrement esloigné.

» Et ceste éminente vertu. Monseigneur, qui conserve avec ) tant de justice Vostre Eminence en ce lieu illustre où elle ) l'a eslevé, me persuade qu'elle ne refusera pas sa pro- ) tection aux desseins d'une personne qu'elle a aymé vivante ) et qui prie Dieu maintenant dans le ciel pour sa prospé- ) rite, et aux très humbles respects que désire luy rendre ) toute sa vie celuy qui est inviolablement,

» Monseigneur, » De Vostre Eminence, le très humble, » très obéissant et très fidèle serviteur,

» Bosquet, » Conseiller d'Estat et Intendant en Languedoc (i). » A Montpellier, ce i°'' décembre 1645. »

(i) Biblioth. nat. Mss. fr., n" 17374, fol. 67.

L'événement, hélas ! ne répondit pas aux espérances de Bosquet: sa lettre à Mazarin arrivait trop tard.

Le Cardinal avait déjà engagé sa parole en faveur d'un candidat que Vincent de Paul avait présenté au conseil de conscience, et dont la nomination venait d'être signée par le Roi. C'était François-Etienne de Caulet, abbé de Saint- Volusien de Foix et l'un des fondateurs de Saint-Sulpice, qui depuis... mais alors le Jansénisme n'avait pas versé son poison dans cette âme d'élite, appréciée et aimée d'un grand saint (i).

Force fut donc à Bosquet de se résigner à garder sa charge d'intendant et à retourner dans le Languedoc, où l'attendaient encore bien des misères.

(i) Pendant près de vingt ans, François-Etienne de Caulet fut le modèle des évêques et l'un des plus rudes adversaires du Jansénisme ; mais, après la mort de saint Vincent, il se laissa séduire et entraîner par Pavillon, tandis qu'il essayait de le ramener. (V. la Vie de M. Ollier, par M. Faillon, et la Biographie universelle).

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