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Bosquet écrivait de Rome, le 22 juin, à son ami : « Ayant » reçu les dépesches de Messeigneurs, concernant l'affaire » des Jansénistes, de la part de Monseigneur le cardinal » Mazarin, et dans son pacquet, j'en ai rendu un compte très » exact à son Emincnce (1), et de tout ce qui s'est passé » ensuite, dont je crois que vous aurez eu connoissance, et » il seroit inutile de vous le redire. Je me contenteroi seule- » ment de vous assurer que le Pape m'a tesmoigné une joye » extraordinaire des lettres de Messeigneurs et qu'il leur en » escrira un bref qui a été suspendu par la nouvelle lettre de » M. l'archevêque de Sens, qu'un expéditionnaire a rendue » à Sa Sainteté avec l'acte de protestation que le dict seigneur » archevêque et MM. de Valence, de Cominges et de Beau- » veois ont fait dans l'assemblée ; de quoy j'ay informé plei- » nement Son Eminence (2), M. le comte de Brienne (3) et » MM. les agents du clergé (4)... »
En réalité, la lettre adressée à Innocent X par les quatre Evoques n'était pas de nature à autoriser une grande foi en leur soumission. S'ils s'étaient rendus à la pluralité des voix, s'ils avaient souscrit à ce que l'assemblée avait défini, ce n'avait été, disaient-ils, que pour éviter un schisme et ne se point séparer de leurs frères. Ils ne détestaient pas moins que les autres les cinq propositions condamnées ; mais leur sentiment était qu'on n'aurait point du sortir des bornes de la bulle, ni entreprendre de rien décider au-delà de ce qu'elle avait fait. L'assemblée avait déclaré ces propositions hérétiques au sens de Jansénius; tel n'avait pas été leur avis, et
(i) Le cardinal Chigi.
(2) Le cardinal Mazarin.
(3) Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne (1)94-1666). Il était chargé à cette époque du département des affaires étrangères.
(4) Biblioth. nat. Mss. fr. Baluze, 121, fol. 103. — Signature seule autographe.
ils pensaient qu'on aurait dCi attendre que Sa Sainteté même terminât ce différend par une seconde constitution, où serait précisé le nouveau dogme de Jansénius, jugé hérétique par le Pape, et condamné comme tel dans les cinq propositions (i).
Nous avons vu de Marca, dans sa lettre à Bosquet du 17 avril, se montrer moins que satisfait de cette attitude des quatre Évèques, et M. de Sens, pour calmer l'irritation de ses confrères^ venir quelques jours après, le 25 avril, protester devant eux de sa parfaite orthodoxie. Cette protestation, où se rencontraient les mêmes réserves, n'avait détruit aucune prévention. L'assemblée du Louvre restait mécontente, et maintenant elle souhaitait ardemment une parole d'Innocent X qui, en donnant raison à ses décisions, confondît l'obstination de ceux qui persistaient à vouloir se soustraire toujours à leurs conséquences. Ne voyant rien vcnir^ on s'expliquait difficilement à Paris le silence du Pape.
« J'ay receu vostre lettre du 22 juin, dont la teneur m'a
» surpris, en ce qui regarde le procédé du Pape à nostre
» égard et celui de M. de Sens à l'endroit du Pape, man-
» dait l'archevêque de Toulouse à Bosquet, le i^"" août. Sa
» Sainteté ne devoit point retarder de nous envoyer son bref
» pour la faute de quatre évêques. Les jansénistes imputent
» cela à la crainte que l'on a des évesques opposants et se
» fortifient par là dans leur contumace... C'est ce qui a
» obligé MM. de La Rochelle, de Montauban et de Char-
» très (2), qui estoient chezmoy ce matin, de me charger de
» vous escrire qu'ils jugent absolument nécessaire, et moy
(i) V. les procès-verbaux des assemblées du clergé, t. IV. (Pièces justificatives.)
(2) Commissaires nommés avec de Marca par le clergé de France pour l'afifaire du jansénisme.
» avec, qu'il plaise à Sa Sainteté de nous envoyer au plus » tost son bref, en réponse à la lettre des évoques (i). »
De Marca dut insister encore probablement, et à plusieurs reprises, les jours suivants. Peut-être môme, dans son impatience, alla-t-il jusqu'à reprocher à Bosquet de n'avoir pas manifesté avec assez d'énergie au Souverain-Pontife le désir de l'Episcopat.
L'Évoque de Lodève lui répondit, le 7 août :
« Si vous n'aviez la connoissance des longueurs de Rome » par l'expérience de vos propres affaires, vous pourriez » vous plaindre du retardement du bref du Pape, qu'il m'a » promis depuis trois mois, et si vous considériez que j'ay » esté attaché au lict pendant six semaines et que le Pape » est malade depuis 23 jours, et qu'il faut attendre sa reconva- » lescence pour avoir l'effet de ses promesses, vous ne vous » plaindriez pas, comme vous faites par vostre lettre. Suffit, » Monseigneur, que je n'y aye rien oublié de ma part et qu'il » s'y est faicttout ce qui a esté possible. M. le cardinal Chigi, » de la main duquel je dois recevoir ce bref, et auquel j'ay » faict savoir le contenu de vos lettres, en rendra toujours » un témoignage favorable pour moy. Il faut donc avoir un » peu de patience, comme je la prends malgré moy, qui » voudrois bien estre sur le chemin de France ; mais je ne » puis avoir le congé et la bénédiction de Sa Sainteté, quel- » que volonté qu'elle ait de me la donner, à ce que l'on me » répond aux instances que j'en fais tous les jours : il me faut » attendre qu'il se porte mieux. Et cependant, je vois que » la belle saison s'en va et qu'il me faudra passer les Appe- » nins et les Alpes peut-être couverts de neige, et encore
(i) Biblioth. nat. Mss. fr., fonds Baluze, 122, fol. 33.
— Aoi —
» avec une jambe, car je laisse la moitié de l'autre à Rome. » Vous estes bien sain et bien riche, et sans crainte des » armées, des bandits, ny des précipices, vous en pouvez » aller en vostre diocèse ; voilà pourquoi vous parlez si bien. » Mais Dieu me fera la grâce de retourner au mien et de » trouver dans le chemin ma jambe, ou en tout cas, dans les » bains de Balaruc (i) ou de Bagnères (2) ; et si j'y suis » une fois, on ne m'en tirera pas si facilement. Je prie Dieu » qu'il vous confirme en santé, sans avoir besoin de deux » crosses, comme elles me sont nécessaires pour m'en » retourner. Je suis toujours, Monseigneur (3), etc.... »
Ces lenteurs, qui désespéraient l'Archevèquede Toulouse, causaient autrement d'ennuis à Bosquet. Le séjour de Rome ne lui avait pas été des plus bénins. Assailli par de violentes douleurs rhumatismales, retenu au lit, l'espace de deux mois environ, ce n'était pas sans appréhension qu'il voyait maintenant approcher l'hiver. Il ne lui restait plus pour achever sa mission — une mission qui n'avait que trop
(i) Balaruc était, du temps des Romains, une station thermale très fréquentée. L'invasion des Barbares entraîna la chute de cette fortune. Il serait difficile de déterminer, d'une façon précise, l'époque de sa renaissance. Au XIV'' siècle, il y avait un hôpital. [Voir Eludes hisloriqiœs sur les coinles de Maguelone, Melgueil el Subslaiicion, par M. Germain, membre de l'Institut). Au XV siècle, Rabelais, qui avait étudié la médecine à Montpellier, célébrait dans ses œuvres l'efficacité des eaux de Balaruc. On y venait beaucoup, paraît-il, sous Louis XIV. Le colonel de Grignan y fut guéri de la goutte, au dire de M'"^ de Sévigné, qui déclare à ce propos, dans une de ses lettres, que trois jours passés à Balaruc avaient fait un miracle que le Mont-Dore et Barèges avaient été impuissants à produire. (V. la notice sur Balaruc-les-Bains, parle D^ Adrien Planche.)
(2) Bagnères-de-Bigorre .probablement.
(3) Biblioth. Nat. Mss. fr. Fonds Baluze, 122, fol. 9B-99. — Signature seule autographe.
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dure, hélas! pour son repos — qu'à emporter la réponse du Pape. On eomprend qu'il n'avait épargné dans ce but ni les démarehes, ni les instanees. Il avait eu avec le cardinal Chigi plusieurs conférences où il n'avait été question que du bref et de la nécessité qui se faisait sentir de plus en plus d'en hâter l'envoi (i).
Malheureusement Innocent X était malade, assez gravement môme, pour qu'on ne dût point songer à l'entretenir d'affaires. C'était donc en vain que Bosquet multipliait ses visites au Cardinal. Il en était réduit à faire appel à tout son courage et à attendre avec le plus de résignation possible l'heure providentielle qui le rendrait à sa liberté.
Elle arriva, enfin, dans les derniersjours de septembre. Le Pape, l'ayant reçu en audience de congé, lui renouvela l'expression du contentement que lui avait fait éprouver la conduite de ses collègues. Il lui déclara encore, en termes exprès, que ce qu'il avait condamné dans les cinq propositions, c'était bien la doctrine de Jansénius, contenue en son livre (2), et qu'il était tout disposé à préciser sa pensée sous ce rapport dans le bref qu'il avait donné ordre au cardinal Chigi de rédiger.
Le bref parut, en effet, le 29 septembre et fut remis aussitôt à Bosquet. Quelques jours après, notre Evêque disait adieu à l'Italie (3).
Son intention était d'apporter lui-môme à Paris la lettre pontificale, qu'il savait être impatiemment attendue; mais, outre qu'on ne voyageait pas vite en ce temps-là, les douleurs qui l'avaient presque privé de l'usage d'une jambe
(i) Procès-verbaux des Assemblées du Clergé, t. IV, 192.
(2) Procès-verbaux, loc. cit.
(3) Dans les procès-verbaux, Bosquet déclare que, « à cause de la longue maladie du Pape, il ne put obtenir le bref que quelques jours avant son départ. » (Procès-verbaux, t. IV, 1B3.)
l'arrêtèrent encore en chemin. Obligé de n'aller qu'à petites journées, condamné, probablement par quelques crises de son mal, à faire ici et là des stations un peu longues, il éprouvait d'autant plus de contrariété de ces contre-temps qu'il recevait de Mazarin et des agents du clergé des lettres pressantes, l'engageant à activer son retour (i). De guerre lasse, et impuissant à maîtriser le mal qui le tenait, il prit le parti, qui était de beaucoup le plus sage, de donner à sa santé les soins exigés par son état et d'adresser sans plus de retard au principal agent du clergé, l'abbé de Marmiesse (2), le bref dont il était porteur, se réservant d'en commenter la lecture devant l'Assemblée générale, quand les forces lui seraient revenues avec les beaux jours.
Bosquet alla demander, sans doute, à quelqu'une des stations balnéaires de notre Midi, son rétablissement et sa guéson (3) ; mais il fut longtemps à se remettre. L'Archevêque de Toulouse lui écrivait, à la date du 17 décembre, de Montpellier, où les Etats de Languedoc, ouverts depuis le 7 (4), tenaient leurs séances : <( Je ne saurois vous exprimer le » déplaisir que j'ay reçu d'avoir appris Testât de vostre » indisposition. Il seroit plus grand si je n'espérois que la » force des eaux vous rétablira vostre première santé (5).»
(i) Procès-verbaux, /oc. c/7.
{2) Id., ib'id.
(3) Il est plus que probable que Bosquet se rendit à Balaruc, vu la réputation de ses thermes pour le genre d'infirmités dont il était atteint, et sa proximité de Montpellier et de Lodève.
(4) Dom Vaissette, Hlsi. de Languedoc, t. IX.
(5) Bibliothèque nationale, Mss fr. Fonds Baluze, 121, fol. 35. Cette lettre ne porte pas de suscription au dos.