‹ François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc, évêque de Lodève et de MontpellierChapitre 23 sur 49 · BUS MONACHIS QUI INFENSISSIMI TIBI HOSTES FUERUNT · texte numérisé non relu

BUS MONACHIS QUI INFENSISSIMI TIBI HOSTES FUERUNT

Le dit Holstein m'a témoigné estre vostre serviteur... (i). »

Toutes les difficultés cependant n'étaient point aplanies par ce seul fait que de Marca pouvait compter désormais sur la bienveillance du Saint-Père. Innocent X lui avait promis satisfaction pour son annate ; mais, dans les questions de cette nature, et pour des raisons dont nous n'avons pas besoindefaire ressortir la convenance, les Souverains-Pontifes avaient voulu lier leur autorité. Les demandes de gratis, dont chaque provision d'évèché était généralement suivie en France et ailleurs, devaient être examinées par les cardinaux, en Consistoire. Ceux-ci étaient à peu près seuls juges de l'accueil qu'il convenait de faire à ces demandes. Le Pape intervenait le moins possible.

Pressé du désir de procurer à son ami un plein succès. Bosquet avait multiplié les démarches auprès des membres du Sacré-Collège qu'il savait être les mieux disposés pour de Marca. Les cardinaux Chigi, d'Esté, Séraphini, Spada, Niguera, tous ceux qu'il avait vus, l'avaient assuré de leur bon vouloir et du caractère absolument favorable de leur

(i) Lettre du ^ janvier i6)4, de Rome. (Bibl. iiat. Mss. fr,, fonds Baluze, 121, fol. 72 et 73).

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vote. Mais ils ne pouvaient répondre que d'eux-mêmes, et, somme toute, les espérances qu'ils laissaient entrevoir se réduisaient à bien peu de chose.

(( J'ay parlé [au cardinal Chigi| de vostre gratis, écrivait » Bosquet le 19 janvier, et, à ce que j'ay peu comprendre, » vous ne l'aurez que très petit, quoique j'aye représenté les » raisons que vous avez et principalement que vous le » demandez comme un témoignage que les impressions des » calomnies de vos ennemis sont entièrement effacées. Il m'a )) répété encore de presser, et en me disant adieu, il m'a dit: » Pro domino de Marca^ non est cunctandiun, et je croy que » M. l'abbé Charrier, qui s'est présenté à mesme temps pour )) parler à Son Eminence, l'aura entendu (i). »

Que le cardinal Chigi eût déclaré qu'il n'y avait pas lieu d'hésiter dans une affaire où il s'agissait de M. de Marca, c'était là une bonne parole que Bosquet avait recueillie avec d'autant plus de plaisir qu'elle avait pu être saisie au passage par un des pires ennemis de l'archevêque de Toulouse.

Mais l'effet s'en faisait bien longtemps attendre, et notre Evêque commençait à s'impatienter de toutes ces lenteurs.

c( Que voulez-vous que je vous dise ? mandait-il à son ami. » Il y a là-dessous quelque mystère que je ne conois pas. Le » Pape m'a dit qu'il vouloit finir vostre affaire ; le cardinal » Niguera la mesme chose; M. le cardinal Chigi, que c'estoit » chose faite, et que non erat canctandiun, mais que vous » n'auriez pas grand grâce; M. le Cardinal d'Est témoigne » avoir une passion très forte pour vous servir ; et cependant, » l'affaire non sincamina, comme on dit en ce pays. Je croy

(i) Lettre du 19 janvier i6^. Ibid., fol. 74.

» en savoir la raison ; mais il faut que je m'en esclaircisse » davantage, afin de ne vous escrire pas des choses incer- » taines, et je croy le pouvoir faire avant le courrier pro- » chain...

» L'on vous a mal informé que l'affection de M. l'Ambas- » sadeur vous ait nui auprès du Pape ; car je suis certain » qu'il n'y en a pas eu depuis longtemps qui ait esté si avant » dans les bonnes grâces et familliarité du Pape que M. le » baillif de Valençay et je suis asseuré qu'il a fait tout ce » qu'il a peu. Mais vostre mal vient d'autre part. » (i

Fallait-il attribuer tous ces ennuis à la cabale dont l'abbé Charrier tenait à Rome toutes les ficelles, et qu'appuyaient plus ou moins ouvertement certains cardinaux ? Bosquet semblait assez disposé à le croire. Les adversaires de de Marca n'avaient point cessé leurs agissements. Ils s'évertuaient à donner le plus de crédit possible, au Quirinal, aux appréciations désobligeantes que les jansénistes répandaient sur son compte pour se venger (2). Ainsi, ils avaient réussi à diviser le Sacré-Collège, et ceux de ses membres qu'ils avaient rendus hostiles à l'Archevêque de Toulouse faisaient constamment échec aux bonnes dispositions de ses patrons. A défaut de raison plus sérieuse, le de Concordiâ^ expliqué, corrigé par son auteur et absous depuis longtemps par le Saint-Siège, servait de prétexte. Ces rabâchages de quelques

(i) Lettre du 27 janvier 16)4. (Biblioth. nat. Mss. fr. Fonds Baluze, n° 121, fol. 76).

(2) (( Je ne dois pas vous taire que les jansénistes disent que je ferois des injustices pour avoir mes bulles. C'est un reproche qui me donne de la confusion. Je suis homme d'honneur et bon catholique et n'agis point comme mercenaire. C'est la créance que l'on doit avoir de moi à Rome, laquelle les doit obliger à me tirer du soupçon de ce blasme en me faisant expédier mes provisions... » (Lettre de Marca à Bosquet, du 23 janvier 16)3. Biblioth. nat. Mss. fr. Fonds Baluze, 121, fol. 4).

Prélats, toujours ardents à raviver des querelles éteintes et à se montrer plus catholiques que le Pape, surexcitaient d'une façon singulière les nerfs de Bosquet. Il avait toutes les peines du monde à se contenir.

(( Il y en a un, écrivait-il, qui me soustenoit jeudy que

» vostre livre de Concordiâ avoit fait plus de mal que tous les

» Salvador, Cevalles et autres Espagnols que nous conois-

» sons. Imaginez-vous en quelles cholères j'entre sur ces

» discours, et si je ne dis pas souvent en moy mesme ce que

» nous avons dit souvent, et ce que nous dirons quelque jour

» en liberté f i

En réalité, ce n'était point à des considérations de ce genre qu'obéissait Innocent X. Les gages d'orthodoxie fournis par de Marca lui paraissaient plus que suffisants, et il ne fût pas revenu sur la chose jugée. Mais les graves événements qui se passaient en France à cette heure étaient bien faits pour absorber toute son attention.

On se souvient que MM. de Gondrin et de Choiseul avaient prêté leur appui aux jansénistes ; que, dans leurs mandements pour la publication de la bulle du 31 mai 1653, ils n'avaient pas craint de faire sur cette bulle toutes leurs réserves, contestant au Pape le droit de noter d'hérésie une doctrine sur laquelle il n'avait point consulté les Evêques dans un Concile, et qui pouvait paraître à plusieurs conforme à l'enseignement même de saint Augustin. Neuf autres Prélats, encore que leurs lettres pastorales marquassent plus de soumission, s'étaient joints à eux précédemment pour exprimer le même avis dans une lettre collective qu'ils avaient adressée à Innocent X (2). Aux yeux de celui-ci, l'Archevêque de

(i) Même lettre.

(2) V. p. 349 et suiv.

Sens était le vrai chef de cette opposition, encore peu redoutable, mais dont l'influence pouvait grandir. Il avait exigé qu'il reconnût dans un acte public le caractère universel de la juridiction des Papes dans l'Eglise, et, en ce qui concernait la dernière bulle, la légitimité de la constitution aux termes de laquelle les cinq propositions extraites du livre de Jansénius étaient condamnées. L'Archevêque de Sens ne s'était soumis qu'à contre-cœur à ces injonctions. La déclaration du 25 janvier avait été, nous l'avons vu, jugée presque unanimement insuffisante dans l'assemblée des prélats.

Quelle tournure les choses allaient-elles prendre en France ? Quelles mesures le Gouvernement allait-il adopter pour venir en aide à la Foi et mettre fin à toutes ces disputes ? Il y avait là de quoi préoccuper beaucoup Innocent X, et rien de surprenant à ce que, dans des circonstances aussi graves, l'Archevêque de Toulouse, un peu négligé, en fût réduit encore à attendre ses bulles. Sa longue épreuve, toutefois, allait finir.

Bosquet lui écrivait le 16 février :

(( J'ay laissé passer un courrier sans vous escrire, parce » que j'attendois de démêler un peu vostre affaire de l'im- » broglio que j'y voïois et du mystère que je craignois, et j'ay » découvert que Ton attendoit la suite des affaires de France : » ce qui m'a obligé de presser M. le Cardinal d'Est pour » bailler vostre mémorial au Pape, et depuis j'ay veu le » Cardinal Chigi, qui estleseul dans le Palais à qui l'on parle » d'affaires depuis l'éloignement du Cardinal Pamphilio. Je » ne veux pas dire que mes soins ayent esté utiles, mais enfin )) je croy vostre affaire faite pour le premier consistoire.

» J'eus hier une audiance du Pape de près de trois heures. » Elle feut d'une conversation familière, dans laquelle, voyant » Sa Sainteté en bonne cjisposition, je- luy remis vostre

» affaire en mémoire, et Sa Sainteté m'asseura qu'elle estoit » faite et qu'elle vous donneroit contentement môme pour la )) grâce, sans s'expliquer de combien, et je l'ay remercié pour » vous. Je fis valoir à Sa Sainteté toute votre conduite à » l'égard du jansénisme, et je voudrois avoir le loisir de » vous escrire au long tout l'entretien (i). »

Le consistoire que Bosquet croyait devoir être tenu le 2j février fut, pour diverses causes, renvoyé au 2 mars (2). Ce jour-là, le Pape, sur l'avis favorable de la majorité des cardinaux, abaissa la taxe de l'archevêché de Toulouse (3), mais n'en proclama pas encore le titulaire.

Le 9 mars, Bosquet écrivait à de Marca :

(( Le Pape a donné ordre que vous soyez proposé au » premier consistoire sans qu'il soit besoin de nouvel ordre. » Il n'a pas voulu que ce fût au consistoire extraordinaire )) qu'il a tenu ce matin, pour fermer la bouche aux nouveaux

» Cardinaux Il faut attendre le courier qui partira

» lundy prochain, auquel jour, s'il y a consistoire, comme je

(i) Nous avons donné la suite de cette lettre, p. 372 et suiv.

(2) Lettre de Bosquet à de Marca du 23 février. (Biblioth, nat. Mss. fr. 121, fol. 80.)

(3) Lettre du 2 mars, du môme au même, ibid., f. 80. — De Marca, dans une lettre qu'il écrivait à Bosquet, datée du 29 mai, ne paraissait pas encore bien fixé sur le chiffre exact de la diminution de son annate. « L'on me dit d'un costé que la taxe de ^000 florins, in patriâ reductâ » sans aucune grâce du Pape, est réduite à moitié, qui est 2^00 florins. » Et néantmoins de l'autre costé, M. Lambin (c'était le banquier de » de Marca à Rome) me mande que l'on a réduit et modéré ma taxe » à 2600 florins. Si le premier conte est véritable, la grâce que le Pape » m'a faicte doit estre comptée sur la réduction acquise de 2^00 florins. » Et partant je ne devrois que 1300 florins et non pas 2=;oo. Cela » mérite la peine d'estre éclairé. De quoy je vous supplie d'estre informé, » comme aussy de la vraye valeur de ces florins en Jules et en pistoles » d'Espagne.» (Mss. fr., fonds Baluze, 121, fol. 27.)

» croy, le Pape dira le grand In nomine Pafris sur vostre

» personne. J'espère que Dieu me fera la grâce de vous dire

» toutes choses en liberté à Balma (i)ou à Saint Etienne,

» rhyver prochain (2) ».

Effectivement, le 23 mars, la réunion consistoriale n'ayant pu avoir lieu le 17, Innocent X préconisait enfin M. de Marca et mettait ainsi un terme aux souffrances morales que deux années d'attente avaient fait subir au pauvre Archevêque.

Bosquet s'empressa d'en communiquer la nouvelle à son ami:

(( Monseigneur, lui disait-il, je vous demande la manche

» ou les paires de gans a nostre mode pour la bonne nouvelle

» de la conclusion de vostre affaire. Je vins hier au soir des

» champs tout exprès, et ce matin M. le cardinal d'Est vous

» a proposé au Consistoire et Notre Saint-Père vous a fait

» archevesque de Tolose. Je prie Dieu que ce soh ad inu/los

» annos. Vous devez, Monseigneur, en remercier Leurs

» Eminences le cardinal d'Est et le cardinal Chigi et pour

» reconnoissance des petits soins que j'y ay porté, et de

» moult grands chagrins que j'en ay eu, je vous demande,

» outre les gans, la continuation de vostre amitié et du com-

» merce de vos lettres. Je finiray celle-cy pour ne pas y

» mettre quelque chose de moins agréable et me contenteray

» de me dire, Monseigneur, vostre tout dévoué, etc. (3

(i) Le château de Balma était une charmante propriété appartenant aux archevêques de Toulouse. «Paisible retraite, dit M. Rosbach, à demi cachée dans la verdure, sous les croupes boisées des coteaux de l'Hers.» [Mém. de VAcad. de Toulouse, loc. cit.)

(2) Biblioth. nat. Mss. fr. Fonds Baluze, 121, fol. 84.

(3) De Rome, le 23 mars i6^. Fonds Baluze, 121, foL 86.

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