‹ François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc, évêque de Lodève et de MontpellierChapitre 27 sur 49 · O IS · texte numérisé non relu

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FoLivragc le plus achevé que la prose française eût encore produit, et si parfaites en leur genre que les Grecs ni les Romains, au sens de Boileau, n'avaient rien écrit qui leur ressemblât, elles étaient dans toutes les mains.

Malheureusement, à la faveur de l'admiration excitée par le mérite littéraire des Provinciales, les idées de la secte s'étaient encore propagées, et celle-ci avait trouvé de nouveaux appuis. C'était le grand danger de l'heure présente. On jugea donc opportun, pour éclairer et raffermir les consciences, de donner aux actes des précédentes assemblées une consécration plus solennelle et d'affirmer avec éclat, dans une assemblée générale ayant mission, à ce titre, de représenter l'Eglise de France, les vrais sentiments de l'épiscopat et du clergé relativement au système de l'évèque d'Ypres.

Les abbés de Marmiesse et de Villars, qui avaient assisté, en qualité d'agents généraux, aux trois assemblées particulières, furent donc priés de dresser un rapport de tout ce qui y avait été entrepris.

Puis, pour faciliter ce rapport et le rendre plus exact, on adjoignit encore aux agents, sur une motion de Bosquet, ceux des Evèques actuellement députés qui avaient été chargés^ dans l'une ou l'autre des assemblées précédentes, d'examiner le livre et les propositions de Jansénius (i). On les engagea, eux aussi, à produire des mémoires.

Deux grands mois furent employés à ce travail de rédaction et d'assemblage.

(i) « Le i6 juin 16^6... Mgr l'évèque de Montpellier a dit que pour » faciliter le rapport de mesdits sieurs les agents et le rendre plus » exact il étoit à propos de prier Messeigneurs les commissaires qui » ont traité cette affaire par ordre des assemblées extraordinaires, et » qui sont présentement dans celle-ci, de vouloir, conjointement avec » eux, dresser un recueil de tous les mémoires qu'ils en ont. » (Procèsverbaux, t. IV, loc. cit.)

C'est qu'il fallait réunir en faisceau tous les documents capables; de convaincre ceux qui se trouvaient engagés de bonne foi dans le jansénisme et de confondre les obstinés ; et avec cet ensemble de faits, avec ces actes où le clergé de France avait si admirablement défendu son orthodoxie, que de belles pages à ajouter un jour à tant d'autres pages glorieuses de ses annales!

De Marca, à qui ce travail avait été plus spécialement confié, n'écrivait pas seulement pour ses contemporains. Il avait conscience qu'il écrivait aussi pour l'histoire.

Sa relation achevée, vers la fin du mois d'août, l'assemblée fixa la date du i*"' septembre pour en entendre la lecture.

On avait convoqué pour la circonstance tous les Evèques du dehors. Beaucoup s'y étaient rendus, et ce fut un spectacle vraiment beau et imposant que celui qu'offrit ce jour-là la salle des Augustins, où les députés du clergé tenaient leurs séances.

La relation de l'Archevêque de Toulouse était complète. Depuis l'origine en France de la controverse jansénienne et les premières démarches faites alors par quatre-vingts Evèques auprès du Pape pour le supplier d'intervenir de son autorité suprême dans le débat, jusqu'aux plus récentes résolutions des quinze prélats réunis chez Mazarin en 1655, rien n'y était oublié ; aucun détail n'y était omis ; et les faits gardaient toute leur éloquence dans un exposé sans sécheresse où l'illustre Archevêque se bornait à les raconter simplement, mais avec cette clarté, cette limpidité qui fut la marque particulière de son génie.

Naturellement, toutes les pièces du volumineux dossier sur lequel il avait établi son récit y figuraient, et à leur place : il en lut intégralement le texte à l'assemblée. La constitution d'Innocent X et le bref aux Évêques de France dont Sa Sainteté l'avait fait suivre ; les lettres adressées par TAssem-

blcc de 16:; 4 au Souvcrain-Pontifc et à tous les prélats du royaume, et qui rendaient si énergiquement témoignage du jugement formulé par elle sur le vrai sens de la constitution ; enfin le dernier bref du Pape à l'Assemblée générale apporté de Rome par Bosquet, tous ces divers documents furent communiqués aux Evéques.

Ceux-ci étaient fixés désormais. La relation de Marca terminée, ils n'avaient plus, ce semble, qu'à conclure.

11 leur parut cependant que la situation de M. de Gondrin manquait par quelque côté de franchise, et, avant que de passer outre, ils voulurent en avoir le cœur net.

L'attitude de l'Archevêque de Sens, on le sait, n'avait pas toujours été des plus correctes. Son adhésion à la bulle et sa rétractation, encore de fraîche date, n'avaient point détruit les préventions fâcheuses que des façons d'agir trop cassantes et son opiniâtre entêtement avaient autorisées chez beaucoup. Certains ne lui savaient aucun gré de sa conversion in extremis, due à l'intervention de Bosquet sans doute, mais en grande partie aussi à la pression du gouvernement. D'autres, c'était il est vrai le plus grand nombre, voulaient bien fermer les yeux sur le passé, mais à condition que rien ne subsisterait plus de ce qui pouvait entacher ou infirmer sa soumission, à laquelle ils ne demandaient pas mieux d'ailleurs que d'applaudir.

Et, de fait, il existait bien encore quelque chose que l'Archevêque de Sens n'avait point songé à effacer : un acte éclatant qui avait eu pour témoins bon nombre de membres de l'Episcopat et auquel M. de Gondrin avait ajouté lui-même assez d'importance pour exiger un extrait du procès-verbal qui le relatait.

Nous avons parlé déjà de cet incident (i).

(i)V.lechap. XVL

C'était à l'Assemblée de 1654.

Les prélats qui en faisaient partie ayant conclu, après un minutieux examen de tous les textes, à la condamnation par la bulle des cinq propositions de l'évèque d'Ypres, MM. de Gondrin et de Choiseul étaient venus donner de leur vote une explication malheureuse, qui ne pouvait qu'en atténuer la portée, sinon lui enlever toute sa valeur.

Selon eux, il n'appartenait qu'au Pape d'interpréter un acte émanant de lui ; et tant que le Souverain-Pontife ne se serait pas catégoriquement expliqué, on ne serait jamais sûr du vrai sens de la Constitution.

Ils déclaraient donc n'accepter les conclusions de leurs collègues que sous bénéfice d'inventaire, efseulement a pour ne point s'éloigner du respect qui leur était du et de l'esprit d'union qui doit être inviolable dans l'Eglise. » Jusqu'à nouvel ordre ils suspendaient leur jugement. Tout au moins entendaient-ils mettre à couvert la doctrine de saint Augustin sur la grâce, le libre arbitre et la prédestination, doctrine que la Constitution d'Innocent X ne pouvait atteindre (i).

Nous avons dit ce qu'il fallait penser de ces réserves. En réalité, le Pape l'avait suffisamment déclaré, et Bosquet, dans ses lettres, s'était porté assez garant des sentiments du Pape: saint Augustin n'était pas en cause, et la bulle Ciim occasionc visait une doctrine bien différente de la sienne.

Oui; mais c'était là précisément ce qu'on ne voulait pas entendre. Pour les défenseurs de VAugustinus, le docteur d'Hippone et Jansénius ne faisaient qu'un. La condamnation de celui-ci devait entraîner forcément la condamnation de celui-là ; et l'on n'affectait autant de défendre saint Augustin, qui n'avait certes pas besoin d'être défendu, que parce qu'on espérait mieux couvrir ainsi l'évèque d'Ypres.

(i) Les évêques de Valence et de Beauvais avaient signé, eux aussi, cette déclaration; mais ils s'étaient rétractés depuis.

Les prélats réunis à Paris en 16 5 4 ne s'étaient pas trompés sur cette conséquence des restrictions de M. de Sens et de M. de Comminges. Ils ne les avaient pas vus ensuite, sans une profonde tristesse, demander acte de leur déclaration, comme si de l'avoir faite ce n'était point assez, et mettre une solennité tapageuse à accréditer, eux Évoques, une confusion que les partisans avérés du jansénisme ne s'évertuaient que trop à faire prévaloir.

M. de Marca avait glissé un peu légèrement peut-être sur cet incident dans sa relation ; mais ceux à qui il s'adressait le connaissaient bien.

Il y avait là des membres de l'assemblée de 1654.

Quant aux autres prélats, ils n'étaient pas sans avoir appris plus ou moins dans leurs diocèses la fâcheuse attitude de leurs deux collègues, commentée même et grossie peut-être, ainsi qu'il arrive souvent en des cas semblables.

Tous dès lors insistèrent pour que M. de Marca fît le récit exact de ce qui s'était passé, après que le secrétaire de l'assemblée générale aurait donné lecture des déclarations que MM. de Gondrin et de Choiseul avaient souscrites.

L'Archevêque de Toulouse accéda à ce désir.

Le procédé des deux Évêques fut sévèrement jugé. On l'estima inconciliable avec le respect dont ils devaient être pénétrés pour les décisions du Saint-Siège, et l'on pensa qu'une rétractation s'imposait à eux, pour peu que leur soumission fût sincère.

L'Archevêque de Sens seul, présent à Paris en ce moment, essaya bien de se défendre (i) ; mais ce fut en vain qu'il donna pour raison de sa conduite le désir qu'il avait eu de protester contre des nouveautés mises en circulation dans son diocèse

(i) M. de Comminges ne faisait pas partie de l'Assemblée et se trouvait pour lors dans son diocèse.

par quelques ecclésiastiques, lesquels prétendaient que la doctrine de saint Augustin avait été condamnée aussi par la bulle : on ne trouva pas que ces explications fussent suffisantes.

Et l'on^pria les Évéques de Limoges, de Montauban, de Rennes et de Rodez, de se réunir le jour même chez l'Archevêque de Toulouse, pour y conférer avec M. de Gondrin et l'engager à prendre des résolutions conformes aux vœux du clergé.

La conférence n'eut pas lieu. M. de Gondrin, retenu chez lui par quelque affaire (i), arriva trop tard au rendez-vous.

Quand il se présenta au logis de l'Archevêque de Toulouse, les Commissaires de l'Assemblée étaient partis.

Ceux-ci n'avaient pu qu'interpréter fort mal son abstention et même, vu les dispositions où certains d'entre eux étaient la veille, il est permis de penser qu'elle n'avait pas dû les incliner beaucoup à l'indulgence (2).

Heureusement le lendemain, l'Archevêque de Sens, à qui la nuit avait porté conseil, vint, dés le début de la séance, apaiser cette irritation.

Ses déclarations à l'assemblée de 1654 constituaient un fait

( I ) C'est l'excuse dont il se servit, et qui est consignée dans les procèsverbaux, loc. cil.

(2) La veille, s'il faut en croire une hist. mss. citée par les éditeurs des procès-verbaux, il s'était produit un incident assez vif. On venait de lire les déclarations de MM. de Gondrin et de Choiseul à l'assemblée de 1654, lorsque TÉvêque de Rennes, s'adressant à l'Archevêque de Sens, lui dit : « Qu'il étoit un rebelle aux constitutions du Pape, » qu'il falloit lui faire son procès et à l'Évesque de Comminges, et que » leurs déclarations étoient suffisantes pour les condamner comme » hérétiques et les déposer. A quoi l'Archevêque répondit d'un ton » plus élevé qu'il ne le craignoit pas, ni aucun autre, et que si l'on » entreprenoit de lui faire son procès, il sauroit bien, par la grâce de » Dieu, se défendre. » (Procès-verbaux, t. IV, p. 196. Hist, mss. citée en note au bas de la page.)

regrettable; il ne pouvait en disconvenir. Mieux valait alors pour lui les désavouer, et ce fut à quoi il se décida.

(( Incontinent, lecture faite du projet des Commissaires, )) disent les procès-verbaux, M. de Sens a dit, conformément » à iceluy, qu'il se soumet sincèrement à la constitution de » notre Saint-Père le Pape Innocent X, selon son véritable » sens expliqué par l'Assemblée de M^'"^ les Prélats, du 28 » mars 1654, et confirmé depuis par un bref de Sa Sainteté, » du 29 septembre de la même année ; non seulement pour )) ne point s'éloigner du respect qu'il doit à la dite assemblée » et de l'esprit d'union et de paix qui doit être inviolable » dans l'Eglise, mais aussi à cause qu'il s'y croit véritable- » ment obligé en conscience. Et d'autant que M^'"^ de » l'Assemblée ont jugé que les déclarations ci-dessus énon- » cées sont contraires à ce sentiment, il les a révoquées (i). »

Le surlendemain, tous les Evêques sans exception signèrent le procès-verbal.

L'assemblée renouvela alors et confirma par un décret toutes les délibérations et résolutions des assemblées de 1653, 1654 et 1655. ^^^^ ordonna, conformément au bref, que les livres et les écrits composés et publiés en vue de défendre ou de favoriser les opinions condamnées, demeureraient prohibés sous les peines portées par la Constitution. Elle mit ensuite dans un décret une clause aux termes de laquelle les Évèques qui négligeraient de faire exécuter ses ordonnances seraient exclus de toutes les assemblées du clergé, soit générales, soit provinciales, soit particulières.

Puis, après s'être déclarée satisfaite de la rétractation de M. de Gondrin (2), elle décida qu'on écrirait à M. de Choiseul

(i) Procès-Verbaux, t. IV, p. 197.

[2) Rétractation bien peu sincère, semble-t-il. L'Archevêque de Sens ne devait pas se croire engagé par elle, et nous le verrons défendre encore les jansénistes, qui avaient largement payé, dit-on, ses complaisances.

pour le prier d'en faire une autre de son côté dans le même sens et de Tenvoyer aux agents généraux du clergé avant un mois.

Ainsi se dénoua, dans les journées des i'"", 2 et 4 septembre 1656, cet épisode de l'histoire du jansénisme.

Restait la question des réguliers.

Sur cette question, il n'existait pas le moindre dissentiment dans l'assemblée. Les Évêques plaignants, et parmi eux le plus autorisé peut-être à se plaindre, M. de Gondrin, étaient certains d'avance des décisions favorables de leurs collègues. Le droit ecclésiastique français, conforme d'ailleurs aux prescriptions des Conciles, était pour eux ; et l'autorité de ce droit se trouvait appuyée dans les diocèses sur des coutumes qu'on n'était point décidé à laisser infirmer par des exemptions abusives.

D'autre part, l'Archevêque de Sens, en écartant les obstacles qui s'opposaient à son entière réconciliation avec Rome, venait de se donner, aux yeux des religieux opposants de son diocèse, une force devant laquelle ils ne pouvaient tarder beaucoup à s'incliner.

Et de fait, au mois de novembre de cette même année, les capucins de Sens lui envoyaient, avec une lettre d'excuse fort humble, fort contrite, leur soumission (i).

Ils s'engageaient à ne point confesser durant la quinzaine de Pâques, sans une autorisation spéciale.

Ils reconnaissaient à l'Evêque le droit de limiter à la fois le caractère et la durée de ses approbations.

En ce qui les concernait, ils acceptaient pour l'avenir d'en demander le renouvellement, le temps expiré, qu'il s'agît soit du ministère de la parole, soit de l'administration du sacre-

(i) T. IV des procès-verbaux, p. 217.

ment de pénitence, soit encore de l'absolution des cas réservés à rÉvèque.

Soumission très-complète, comme on le voit, et tout à fait dans les termes des résolutions que le clergé de France avait adoptées à plusieurs reprises.

Les jésuites, eux, ne mirent pas autant d'empressement à se rendre. Le procès qu'ils avaient engagé contre leur Archevêque pour le maintien de leurs privilèges était toujours pendant à Rome. M. de Gondrin, de son côté, en attendant une décision, les tenait rigoureusement en interdit. Ils ne remplissaient plus aucune fonction dans son diocèse. Il ne leur était même point permis de prêcher dans leur oratoire.

Ces mesures sévères reçurent pourtant l'entière approbation de l'assemblée. Elle les trouva fort sages, loua beaucoup l'Archevêque d'avoir déployé tant de fermeté à soutenir les droits épiscopaux et finalement, à l'unanimité de ses membres, elle résolut d'embrasser sa cause et de l'assister de tout son pouvoir (i).

De ces déclarations énergiques, que résulta-t-il ? Nous ne savons. L'effet dut s'en perdre dans le bruit des disputes dont le jansénisme remplit encore l'Eglise de France, et auxquelles le versatile Archevêque eut le tort de prendre une part trop active, toujours, bien entendu, dans les rangs de l'opposition. Au moment où sa situation s'arrangeait à Rome, et alors que le nouveau Pape se disposait à lui tenir compte de son retour à une franche orthodoxie, il ne sut point résister à certaines influences de Port-Royal, ni se garder assez d'entralncments dont la première et infaillible conséquence devait être d'amener la Cour pontificale à remettre en doute sa sincérité.

Aussitôt la question jansénienne réglée par l'Assemblée

(i) T. IV des procès-verbaux, p. 220.

générale, les Evêques avaient écrit à Alexandre VII pour l'informer de ce qu'ils avaient fait.

Le successeur d'Innocent X y répondit par la bulle Ad Sacram, datée du i6 octobre 1656. Il y confirmait celle de 1 6 5 3 , et appelait perturbateurs du repos public et enfants d'iniquité ceux qui soutenaient, au grand scandale des fidèles, que les cinq propositions ne se trouvent point dans le livre de Jansénius, ou qu'elles n'ont point été condamnées au sens de cet auteur. Il y assurait, en outre, comme témoin de tout ce qui s'était passé, que le fait de Jansénius avait été examiné^ du temps de son prédécesseur, avec une exactitude telle qu'on nen pouvoit désirer davantage.

Cette bulle, rendue au Roi par le nonce, le 12 mars 1657 seulement, fut reçue par l'assemblée le 17 de ce même mois.

L'assemblée en recommanda l'exécution dans tous les diocèses, et décréta que les Evêques souscriraient et feraient souscrire dans l'espace d'un mois un formulaire, par lequel on promettait soumission aux deux constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VIL

Ce fut après s'être associé à cette mesure que Bosquet, nommé depuis deux ans déjà, comme nous l'avons vu, à l'évèché de Montpellier, quitta la capitale pour aller prendre possession de son siège.

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