CHAPITRE XVlll
Bosquet à Moiilpellier. — Première visite pastorale, — Conférences ecclésiastiques. — Construction de FEvêclié.
Le cardinal Renaud d'Est, évêque de Reggio, nommé à l'Évcché de MontpeUier, après la mort de Fenouillet, ne se décide qu'au bout de deux ans à rester à Reggio. — Bosquet est appelé à le remplacer. — Entrée solennelle de celui-ci dans sa ville épiscopale, le 24 juin 1657. — Il prête serment au Chapitre. — Messieurs les Chanoines. — Physionomie de Montpellier. — Splendeurs et misères. — Ruines accumulées par la domination protestante. — Lettre pastorale de Bosquet à l'occasion de sa première visite à ses diocésains. — Triste état des paroisses; délabrement des églises et du mobilier du lieu-saint.
— A qui la faute ? — Ordonnance de Bosquet à cet égard, — Il prêche d'exemple.
— Une mission et un jubilé à Montpellier, en 1658. — Réunion d'un synode. — Règlements imposés par TEvêque aux ecclésiastiques. — Dignité de la tenue; le travail; organisation des conférences. — Construction de l'ancien évêché sur l'emplacement de l'ancien monastère de Saint-Germain.
'évêché de Montpellier était vacant depuis la
mort de Fenouillet (24 nov. 1653) (i). Louis XIV
I y avait bien appelé, peu de temps après, le car-
I dinal Renaud d'Est, de la maison de Modène,
(i) Pierre de FenouiHet était Savoisien. Il était né à Annecy. Il avait occupé le siège de Montpellier pendant quarante-cinq ans. Voici le portrait que trace de lui André Delort dans ses Mémoires (t. II, p. 181) : « C'estoit un homme de petite taille, mais d'un grand sçavoir, à qui
évèque de Reggio depuis plus de deux ans, et protecteur des affaires de France à la cour de Rome (i). Mais celui-ci, tout en acceptant les offres du Roi, ne s'était pas démis de son évèché. Il avait demandé seulement à réfléchir, et, nanti du brevet royal qui le nommait à Montpellier, il avait délégué un de ses amis, Hercule de Mansières, abbé et comte d'Aurillac, pour prendre officiellement possession de ce nouveau siège et en percevoir d'ores et déjà en son nom les revenus.
Cette nomination-avait été favorablement accueillie, d'ailleurs, par le clergé et les fidèles de notre ville. Ils n'avaient pas vu, sans une très-grande satisfaction d'amourpropre, un Cardinal préposé au gouvernement de leur Eglise. Malheureusement, trop d'intérêts attachaient Renaud d'Est à Reggio pour qu'il put vouloir s'en séparer. Il s'y trouvait dans ses terres, à peu près au milieu des siens, outre que la proximité relative de Rome lui permettait de séjourner à la cour pontificale sans que son diocèse, qui était fort petit, eût le moins du monde à en souffrir. En regard de ces avantages, Montpellier avait tout juste la valeur d'un bon bénéfice : hor-
Henry IV avoit donné Tévesché à cause de son mérite et de son éloquence, ce qui obligea ce grand Prince à tenir quelquefois ce langage en sa faveur et en celle du Père Cotton, jésuite, son contemporain: qu'il falloit avoir le coton à l'oreille et le fenouil à la bouche. C'estoit à la vérité un fort agréable parleur, d'un bel esprit, vif et fort bien tourné ; il estoit judicieux, hardy et entreprenant, fort élégant et propre à persuader... Homme de grand cœur... extrêmement généreux^ bon amy, récompensant libéralement ceux qui s'attachoient à lui et à son service ; mais Lussy^ pour ne rien desguiser, il estoit prompt et colère, et il ne faisoit pas bon estre son ennemy. » P. de Fenouillet fut enterré à Paris, dans l'église Saint-Eustache, théâtre de ses plus grands succès oratoires ; mais son cœur fut porté à Montpellier, dans la chapelle de la Visitation, où fut gravée, par les soins de ses neveux, une inscription que d'Aigrefeuille a reproduite.
(i)Il était le septième fils d'Alphonse III, duc de Modèneetde Reggio, et d'Isabelle de Savoie. Fait cardinal-diacre par Urbain VIII, en 1641,
mis cela, c'était une résidence bien lointaine et absolument dépourvue de charme pour un Romain. Le Cardinal ne s'était donc pas pressé de faire connaître sa décision, et, au mois de juin 1655, plus de deux ans après sa nomination à Montpellier par Louis XIV, ilétaitencore titulaire de deux évêchés.
Il y avait là une situation très anormale, contre laquelle la population montpeiliéraine, bien revenue de son enthousiasme des premiers jours, commençait à protester vivement. L'administration du diocèse, confiée à des vicaires généraux, laissait à désirer sur beaucoup de points. Ces vicaires généraux ne pouvaient avoir l'autorité suffisante pour imposer à tout un clergé, d'humeur difficile, disait-on, le respect de la discipline ecclésiastique. Un Evêque était vraiment nécessaire, mais un Evêque qui voulut l'être sérieusement, et qui, s'il revendiquait les avantages de sa charge, s'il en percevait les rentes et les fruits décimaux, ne négligeât pas au moins d'en remplir les devoirs.
Innocent X, son attention une fois appelée sur cet état de choses, n'hésita pas à le faire cesser. Il mit Renaud d'Est en demeure de choisir. Naturellement, le Cardinal opta pour Reggio. C'est alors que l'Evèquede Lodève avait été désigné pour le remplacer à Montpellier.
Nommé à ce siège par brevet royal du 10 juillet 1655, Bosquet fut préconisé par Alexandre VII, le 31 janvier de l'année suivante. Mais l'assemblée générale du clergé, où il comptait, nous l'avons vu, parmi les députés les plus écoutés et les plus actifs, était loin d'avoir fini ses travaux. Elle devait le retenir près d'un an et demi encore à Paris. Ce ne fut que
à vingt-trois ans, il avait été nommé evêque de Reggio neuf ans plus tard (sept. 16^0) et élevé à l'ordre des cardinaux-prêtres, avec le titre de sainte Pudentienne. Il mourut à Rome, evêque de Palestrine, le 30 septembre 1672. (V. sa biographie dans la France Pontificale).
le 24 juin 1657, en la fête de Saint-Jean-Baptiste, qu'il put faire son entrée dans notre ville (i).
Quelques jours auparavant, le chapitre de Saint-Pierre, sur la proposition de son syndic, M. Hondrac, et conformément au cérémonial établi de tout temps pour la réception des Évêques, avait délégué quatre de ses membres pour aller à la rencontre du prélat, dont l'arrivée à Nimes était annoncée. C'étaient: MM. de Boulhaco, archidiacre de Valence; du Bousquet, abbé de Franqueveaux et ouvrier du chapitre; Gariel et Rey, simples chanoines (2).
Le conseil de ville avait pris, de son côté, une délibération analogue. Messire Jacques de Baudas, chevalier, conseiller du Roi, trésorier-général de France, premier consul et viguier ; les sieurs Claude Sigalon et Pierre Blanc, troisième et quatrième consuls; Etienne Maryé, notaire royal et greffier consulaire ; Pierre Sanche, conseiller du Roi et professeur en l'université de médecine, et un bourgeois, Anne Bardel, furent chargés de féliciter le nouvel Évéque au nom des habitants et de lui transmettre en particulier l'assurance du respect et du dévouement de l'administration communale. A cette délégation du conseil vinrent se joindre diverses députations: une des bourgeois et des marchands, composée de six membres, dont trois catholiques et trois réformés, une autre de la collégiale du Saint-Sauveur, une troisième de la confrérie des pénitents blancs, et un grand nombre d'autres personnes, disent nos registres.
Cependant Bosquet, qui n'avait voulu séjourner à Nimes que le temps nécessaire pour se reposer des fatigues du voyage, s'était avancé jusqu'à une hôtellerie, sise sur la
(i) F ïsquet. Frcince Pontificale. — Vie inédite, publiée par M. Gertnain. — Reg. des délibérations du chap. de Saint-Pierre. (Arch. départ.) {2) Reg. des délib., fol. 646.
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grand'roLite, près du pont de Lunel, à quatre lieues environ de Montpellier. C'est là que tous ces différents groupes le rencontrèrent. Il répondit d'une façon fort aimable aux compliments de chacun. Après quoi, entouré de cette escorte, il se dirigea vers la métairie de S. Vizille, oii des appartements avaient été préparés pour le recevoir et où les fonctionnaires des divers ordres vinrent lui présenter leurs hommages. Cette métairie était située à peu de distance de la route de Grabels. On suivit, pour y arriver, un chemin de traverse qui contournait la ville en deçà du Lez et passait derrière les faubourgs. Le 24, après avoir déjeuné en compagnie de quelques notabilités montpelliéraines chez un des trésoriers de France, M. de Gréfeuille, dont la propriété s'étendait au nord-est du Peyrou, qu'on n'avait pas transformé encore en promenade publique. Bosquet se rendit au jardin d'une veuve Pruel, situé, selon toute apparence, dans l'espace de terrain compris entre le plan Cabane et l'église actuelle de Saint-Denis. La veille, il avait pris possession de son évèché, par l'entremise de Messire François Barrai, prieur de Saint-Frichoux, au diocèse de Lodève, auquel il avait remis à cet effet sa procuration (i). Il ne lui restait plus maintenant qu'à se laisser introniser avec les honneurs dus à sa dii^nité et à son rani^.
C'est du jardin Pruel que le cortège officiel devait partir. Plusieurs salves de mousqueterie donnèrent le signal. « L'Évoque alors, écrit André Delort dans ses Mcinoircs ('2), monta
(i) Arch. dép. des délibérations du chapitre. Séance du 2] juin, folio 648. Bosquet avait envoyé avec sa procuration la bulle de provision d'Alexandre VII. Lecture fut faite de cette bulle au chapitre, qui ordonna qu'elle fût insérée « mot à mot n dans ses registres, à la suite du compterendu des délibérations dudit jour.
(2) T. II, p. 168. Nous avons tiré aussi la plupart de ces détails d'un procès-verbal inséré dans un de nos registres consulaires. — Voir le Talainus historique de 1^98 à 1662, p. 76 et suiv. f Arch. munie.)
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sur un fort petit cheval, au défaut d'une mule qu'on ne trouva point, et qui estoit enharnaché de satin blanc, et dans cet estât, il vint jusques au premier corps de garde de l'entrée de la ville, près de la porte de la Saunerie, où il fut complimenté par le prévôt du chapitre. Là il déposa les ornements violets dont 1*1 estoit revêtu, prit une chappe blanche, se couvrit de sa mitre, se plaça sous un dais dont chaque bras estoit tenu par un consul, et le cortège reprit sa marche dans l'ordre suivant : en première ligne, des gentilshommes et la bourgeoisie à cheval ; puis toutes les confréries et corporations de la ville, leurs croix ou bannières en tète ; les délégations d'étudiants et les professeurs de l'Université, revêtus de leurs toges ; les consuls en robe rouge ; enfin le chapitre en habits de chœur, conduit par son prévôt M. de Brignon (i). Les sixains, au nombre de quatorze à quinze cents hommes, étaient rangés sous les armes et formaient la haie.
Le peuple ne se souvenait pas d'avoir jamais assisté à pareille fête. L'entrée de Fenouillet n'avait pu, vu les difficultés des temps, être entourée d'autant de pompe, et il y avait de cela déjà un demi-siècle. Aussi, la joie était-elle grande dans la ville. Nobles, roturiers et vilains, confondant leurs rangs, s'étaient portés en masse dans tous les quartiers que devait traverser le nouveau pontife. Aux fenêtres des maisons placées sur le parcours, quantité de tètes se mouvaient, ofiVant le spectacle gracieux et animé de guirlandes vivantes. Au reste, l'itinéraire tracé par le chapitre et les consuls était conçu de telle manière qu'il put donner satisfaction à la curiosité de tous. Il comprenait les rues de la Saunerie et de
(i) Charles Raymond de Brignon exerçait cette charge de prévôt depuis le 4 août 16^ i. Il en avait été pourvu en cour de Rome après la résignation de Messire Claude de Saint-Bonnet de Toiras, ancien évoque de Nimes et prévôt du chapitre de Saint-Pierre depuis Tannée
la Peyre, la Grand'Ruc, les rues de la Loge, de l'Aiguillerie, de la Chapelle-Neuve et de la Blanquerie, celle-ci remontée jusqu'à la hauteur de la rue du Saint- Sacrement, par où le cortège déboucha sur la place de la cathédrale. Sur le seuil de Saint-Pierre, le grand archidiacre du diocèse, M. de Beauxhostes de Roanel (i), adressa à TEvôque une seconde harangue. Alors, tandis que les orgues éclataient en sons brillants et joyeux sous les grandes voûtes, le prélat entra dans l'église. Après avoir adoré un instant le Très-Saint- Sacrement déposé pour lors dans la chapelle de Saint-Roch, il s'avança par le milieu de la nef, bénissant la foule rangée à genoux sur son passage, jusqu'au sanctuaire, où la cérémonie de l'intronisation s'acheva avec les cérémonies accoutumées. Le lendemain, devant tous les chanoines assemblés, il prêta le serment que le Chapitre, depuis sa sécularisation, et pour la sauvegarde de ses statuts, avait requis de tous les Evêques : « Moi François, par la miséricorde de Dieu Evè- » que de Montpellier, je jure devant le Dieu suprême et ses )) anges, et à vous, mes très chers frères, chanoines et » chapitre de cette église cathédrale, je promets d'obser- » ver les statuts de cette même église, d'en conserver les » biens, de ne rien faire ni décréter ayant trait à son gouverne- » ment qu'après en avoir conféré avec vous ; j'approuve les » règlements établis concernant le tour de cheville, etgéné- » ralement tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour par votre » chapitre ; en quoi je prie Dieu de me venir en aide. » (2).
(i) François de Beauxhostes de Roanel était d'une ancienne famille de Montpellier qui a donné des premiers présidents à la Cour des comptes et à la Cour des aides. Il devait succéder à M. de Brignon dans la charge de prévôt (1660]. Il la résigna plus tard (1667) en faveur de son frère Antoine de Beauxhostes de Sainte-Colombe.
(2) (( Assemblés capitulairement au lieu accoustumé par convoquation faicte par le bedeau litératoirement :
Ainsi les chanoines de ce temps n'étaient point décidés à laisser amoindrir leurs prérogatives. Conseils-nés de TEvèque, ils entendaient que ce ne fût pas pour eux un vain titre. L'Evêque, de son côté, devait être retenu sur la pente de la fantaisie et de l'arbitraire par leur contrôle, et, sous ce rapport, les engagements qu'on lui faisait prendre avaient du bon. Le malheur était que, dans une assemblée de plus de vingt membres, composée d'hommes quelquefois étrangers au diocèse, et nommés à un canonicat par des influences
» Révérend Père en Dieu, Messire François de Bosquet, Evesque, et vénérables personnes, MM. de Beauxhostes, sieur de Roanel, grand archidiacre ; de Boulhaco, archidiacre de Valence ; de Guillermin, abbé du Mas-Granier, archidiacre de Castries ; Gras, chantre ; de Fenolliet, aumosnier ; du Bousquet, abbé de Franqueveaux, ouvrier ; Gariel, Laurier, Rey, Brenard, Cazalèdes, Salliens, Trial, Hondrac, syndic du chapitre, la Serre, Ranchin, Barthélémy, David, Roselli, de Pélet et Portessan, tous chanoines... M. de Roanel, grand archidiacre, a exposé au chapitre la grâce que Dieu a communiquée au dit chapitre, par l'heureux évcsnement du dit Seigneur Evesque à son évesché. De quoy le chapitre doibt rendre actions de grâces à Dieu... et d'autant que à la réception de tous les seigneurs Evesques on a accoustumé leur faire jurer et promettre garder les statuts du chapitre, le sieur grand archidiacre a supplié très humblement le dit seigneur Evesque, suivant ceste bonne et louable coustume, vouloir prester le serment requis, et, ce faisant, jurer les dits statuts du chapitre, conformément à la bulle de sécularisation d'iceluy au dit seigneur Evesque très notoire : ce que le dit seigneur Evesque a offert de faire... » Suit la formule du serment :
(c Ep"o Franciscus, Dei misericordia Monspeliensis episcopus, juro » coram summo Deo et Angelis ejus, et promitto vobis, charissimis » fratribus canonicis et capitulo dictae cathedralis ecclesiae, me statuta » ecclesiœ obscrvaturum, bona ejusdem ecclesise conservaturum, nec » aliquid quod ad dictam ecclesiam seu ejus regimen pertineat, » sine concilio vestro acturum seu gesturum, turnum quem cavilliam » vocant et quœ a dicto capitulo in hune usque diem acta sunt, appro- » bans : sic Deus me adjuvet. » (Arch dép., reg. desdélib., fol. 6^0.) — Le prévôt Charles Raymond de Brignon, indisposé, ne put ce jour-lâ assister au chapitre.
toutes mondaines, il n y avait pas place exclusivement que pour des sages. Plusieurs, parmi les jeunes surtout, s'exagéraient leur importance, et se targuaient d'une indépendance qui n'était assurément pas selon TEvangile. Cantonnés dans leur situation inamovible, ils en prenaient à leur aise souvent avec les obligations de leur état ; prêtres frondeurs à l'excès, du reste, très disposés à faire litière de l'autorité épiscopale, ils s'efforçaient, dans le chapitre, de faire prévaloir cette maxime, que TEvèque préside et ne gouverne pas. Selon cette maxime, ils prétendaient exiger de celui-ci non plus seulement qu'il consultât Messieurs les chanoines, ce à quoi il était uniquement tenu, en vertu de ses promesses, mais encore qu'il ne prît aucune mesure administrative que la majorité des suffrages ne l'eût approuvée. De là, des tiraillements fâcheux sans cesse renaissants et qui dégénéraient bien vite en hostilité plus ou moins ouverte. Pierre de Fenouillet en avait su quelque chose durant son épiscopat de trente-cinq ans. Bosquet, avec sa longue pratique des hommes et des affaires, avec sa prudence et son tact, ne devait pas connaître sur ce terrain de trop grandes luttes. Il nen allait pas moins souffrir beaucoup des petites passions de son entourage, et nous le verrons un jour se plaindre à Séguier des difficultés créées à son administration par l'opposition de quelques chanoines.
Pour le moment, il était sans appréhension. Quelques obstacles que l'on rencontre dans son désir de faire le bien, ces obstacles ne comptent pas pour qui sait rester supérieur aux événements par son courage. Pour obtenir le succès, il ne faut souvent que le vouloir, et c'est pourquoi, fort de sa volonté et de ses intentions droites, plein d'espoir d'ailleurs en laide de Dieu, Bosquet envisageait l'avenir avec confiance.
Montpellier occupait déjà, à cette époque, un rang distingué
parmi les villes de province. C'était le chef-lieu d'une sénéchaussée. On en avait fait le siège d'une intendance générale et d'un gouvernement militaire du Bas-Languedoc. Les charges et les offices de la Chambre des comptes et de la Cour des aides, dont l'Etat avait récemment accru le nombre pour les besoins du Trésor, y avaient multiplié les magistratures héréditaires : ville de très bon ton assurément, en dépit de l'exubérance méridionale, où la noblesse d'épée et la noblesse de robe faisaient assaut de belles manières, où l'on s'entretenait dans les salons des nouvelles de la Cour et des succès d'un certain garçon de talent^ nommé Molière (i), que beaucoup, sans doute, avaient eu l'occasion d'applaudir à Montpellier, depuis onze ans déjà qu'il parc ourait la province avec sa troupe, et dont quelques-uns même — des privilégiés qui avaient fait partie des Etats — connaissaient la dernière pièce, le Dépit amoureux y jouée pour la première fois à Béziers l'année précédente (2); ville lettrée, aristocratique et élégante, comme on le voit, et de structure assez coquette, malgré ses rues étroites, mal pavées et montantes, le long desquelles s'alignaient de riches et spacieux hôtels, le dos dédaigneusement tourné à la voie publique, pour regarder sur des jardins ; très appréciée surtout des étrangers, qui
(i) Tallemant des Réaux.
(2) On sait que Molière joua la comédie en province, de 1646 à 163B, époque à laquelle il se fixa définitivement à Paris. Dans l'intervalle de ces douze années, il se produisit de préférence dans les pays d'Etats. La tenue de ces assemblées provinciales donnait lieu à de grandes fêtes, et attirait dans les villes où elles siégeaient tour à tour la meilleure société des environs. C'est ainsi qu'on vit Molière : à Pézenas, où le grand comique devait prendre plus d'un modèle ; à Béziers, qui eut, en 1656, les prémices du Dépit amoureux, et très certainement avant cette date, à Montpellier, où les découvertes récentes de M. de la Pijardière, notre éminent archiviste, et du sympathique bibliothécaire de la ville, M. Gaudin, ne permettent plus de douter qu'il soit venu.
venaient de tous les points de l'Europe demander le rétablissement de leur santé à la doueeur de son climat et à la pureté de son ciel, non moins qu'à la science de ses professeurs de la Faculté de médecine. Notre cité, grâce à la diversité de ses ressources, avait donc acquis une réputation considérable. Elle marchait de pair avec Toulouse, l'antique capitale du Languedoc, et lui abandonnait volontiers la prérogative d'être le siège du Parlement, assemblée ombrageuse et remuante, dont les capitouls et le peuple avaient maudit plus d'une fois le voisinage. Peut-être eût-elle ambitionné un Archevêque; mais ses pontifes avaient été dédommagés de leur infériorité relative dans la hiérarchie. De riches seigneuries avaient été annexées à leur mense, et, princes de l'Eglise par leur consécration, ils figuraient aux premiers rangs parmi la noblesse de la province, avec les titres de comtes de Melgueil et de Montferrand et de marquis de la Marquerose (i).
Sans dédaigner aucun de ces titres qui, s'ils n'ajoutaient rien à la dignité épiscopale, témoignaient du moins en quelle considération on s'était plu jusque-là à la tenir, Bosquet avait pour se faire valoir des qualités plus personnelles. Il avait laissé de son passage aux affaires dans le pays, comme intendant, des souvenirs que beaucoup se plaisaient à rappeler en faisant l'éloge de son intelligence et de sa capacité administratives. Quant à l'Université, dont il allait devenir le chef, elle s'estimait heureuse d'être placée sous la direction d'un homme considéré depuis longtemps en France pour son érudition et de qui la compétence lui permettait d'espérer qu'il donnerait aux études une impulsion plus vigoureuse et raffermirait la réputation de ses écoles.
( I ) Bosquet devait y rattacher plus tard la baronnie de Sauve, ancienne propriété de ses prédécesseurs, qui appartenait actuellement à la duchesse d'Angoulème.
Sous ces dehors brillants, Montpellier ne laissait pas pourtant d'avoir ses misères. Le temps n'était pas loin encore, les hommes d'âge mûr s'en souvenaient, où cette ville avait été le théâtre de terribles et sanglantes luttes. Opprimée alors par la domination protestante, elle avait vu les réformés s'acharner à proscrire le culte catholique, établir des chefs de bande qui, sous le nom àe chasse-messes ei m mé'^ de bâtons, avaient pour mission d'empêcher les fidèles d'assister aux divins offices ; puis, poussant l'intolérance jusqu'au vandalisme, piller, brûler et démolir ses églises. Il y avait 3 5 ans que s'étaient passées ces choses : Montpellier n'avait pas réparé encore toutes ses ruines. L'église Saint-Pierre, dont Richelieu, pour des raisons que nous ne comprenons pas très bien, avait empêché le transfert, en voie d'exécution, sur la place de la Canourgue, portait, dans ses restaurations de fraîche date, lamarque des violences qu'elle avait subies. L'Eglise de Notre- Dame-des-Tables, dont les travaux de reconstruction s'achevaient à peine, n'était livrée au culte que depuis deux ans. Des antiques chapelles que la piété des fidèles s'était plu à multiplier dans la ville, deux ou trois seulement restaient debout. Les communautés religieuses, obligées de fuir la persécution, avaient retrouvé en rentrant leurs couvents entièrement rasés et vivaient maintenant comme elles pouvaient, dans le provisoire. La maison épiscopale elle-même, aussi bien que la maison claustrale du chapitre, à la Canourgue, avaient disparu dans la tourmente, et Bosquet en était réduit, comme ses prédécesseurs depuis près d'un siècle, à élire domicile chez un particulier en qualité de locataire (1).
Louis XIII, après la reddition de Montpellier, en 1622,
(i) La destruction de l'évêché remontait aux premières luttes religieuses (i';62 et 1^68). L'emplaceme.it du palais épiscopai avait été cédé par Fenouillet aux jésuites en 16]].
s'était montre bon prince ; et, non content de faire grâce aux séditieux, il leur avait attribué dans le conseil de la ville autant de sièges qu'aux catholiques. Les intérêts de ceux-ci n'avaient pas été sans souffrir beaucoup de cet état de choses ; car la morgue des protestants n'était point tombée avec leur fortune, et, s'ils avaient dû abandonner la direction des affaires, ils n'avaient point laissé d'en entraver souvent la marche au gré de leurs caprices, par l'influence de leurs consuls. Les catholiques avaient, à mainte reprise, envoyé leurs protestations à la Cour. L'année précédente enfin, Bosquet se faisant volontiers d'ailleurs leur interprète, ils avaient obtenu ce qu'ils désiraient : un décret royalinterdisant l'accès du consulat aux huguenots.
L'Évêque allait donc pouvoir être maître chez lui, et jamais l'absence de toute entrave n'avait été plus nécessaire qu'en ce moment. Les ruines matérielles, encore qu'elles fussent considérables, non-seulement au chef-lieu, mais un peu partout dans le diocèse, n'étaient pas les seules à réparer: il y en avait de morales autrement profondes. L episcopat agité de Fenouillet avait vu dépérir peu à peu la discipline ecclésiastique et s'affaisser les mœurs publiques. C'était bien pis encore depuis cinq ans qu'il n'y avait plus d'évêque à Montpellier. Prêtres et laïques avaient maintenant besoin qu'on les rappelât à leurs devoirs.
Mais, quelque impatient qu'il fut de réagir, Bosquet comprenait qu'il ne pouvait rien faire d'utile que lorsqu'il se serait rendu compte par lui-même de l'étendue du mal qu'il voulait combattre. Malheureusement l'état de sa santé ne lui permettait pas de se mettre en route avant l'automne. Il ne put commencer ses visites que le 26 septembre ( i). Ce fut la paroisse
(i) Voici exactement l'ordre suivi par Bosquet dans ses visites: le 26 septembre, à Grabels ; le 27, à Combaillaux ; le 28, à Saint-Gély-du-
de Grabels qui en eut les prémices. Le 1 2 de ce même mois, il avait publié la lettre pastorale suivante, que nous croyons devoir reproduire ici in exienso.
François, par la miséricorde de Dieu, evesqae de Monlpelier, Conseiller ordinaire du Roy en tous ses Conseils, Comte de Melgueil et de Monfferrand, Marquis de la Marquerôse,
A tous les Fidel les de nostre Diocèse, Salut et bénédiction en celuy qui est le salut de tout le monde.
Tandis que le Souverain Evesque de nos âmes conuersait par my les hommes, et trauaillait à Fouurage de leur salut, pour lequel son Père Fanait enuoyé sur la terre : il ne cessait de parcourir les pilles et les lieux du païs qu'il avait honoré de sa naissance, pour éclairer les pécheurs de sa lumière, et pour guérir les infirmes de l'esprit et du corps. Par cette conduite diuine, il a laissé aux Evesques vn exemple de l'ordre qu'ils doiuent tenir pour distribuer les grâces de leurs fonctions^ aux âmes qui sont commises à leurs soins. Car ils doiuent aller par tous les lieux
Fesc ; le 29, aux Matelles ; le 30, à Saint-Jean-de-Cuculles et au Triadou ; le i'"' octobre, à Tréviès ; le 2, à Casevielle, dit le Causse ; le 3, à Viols ; le 4, au château de la Roquette et à Saint-Martin-de-Londres ; le 6, à Notre-Dame-de-Londres, à Saint-Etienne-du-Rouet et à Gabriac; le 7 et le 8, à Saint-Bauzille-du-Putois ; le 9, à la Roque ; le 10, à Ganges et à Cazillac ; le 1 1, à Agonnez et à Gourniez ; le 12, à Brissac ; le 13, à Saint-Etienne-d'Yssensac ; le 14 et le i ^ , à Saint-André-de-Buèges et à Saint-Jean-de-Buèges ; le 16, à Pégayrolles ; le 17, au Causse-de-la- Selle et à Frouzet, qu'il érigea en paroisse ; le 18, à Valflaunès ; le 19, à Lauret et à Alairac. Retour à Montpellier, où l'évêque officie pontificalement, en la fête anniversaire de la délivrance de la ville et assiste à la procession de ce jour, portant lui-même le Très-Saint-Sacrement (21 octobre). Reprise des visites: le 26, à Sainte-Croix ; le 27, à Fontanès ; le même jour et le 28, à Saint-Bauzille-de-Montmel ; le 29, à Montaud et à Montlaur ; le 30 à Buzignargues ; le 3 1 , à Garrigues et à Campagnes ; le 1'" novembre, à Galargues-le-Petit ; le 2, à Saint-Hilaire ; le 3, à Beaulieu ; le 4, à Saint-Drézéry ; le t;, à Saint-Jean-de-Gorniès ; le
tic leurs Diocèses^ ils doiuciil courir après les brebis éo-arées dans les iieserls, a fin qu'elles enlendenl leurs voix, el qu'ils connoissenl leurs iHsages ; afin qu'elles recoiueiil de leur propre el véritable Pasieur la pasiure diuine de la Parole^ des Sacremens, el des aulres grâces nécessaires à leur salut. C'est le dessein de l'Eglise^ lorsqu'elle ordonne par ses Canons aux Evesques de visiter leurs Diocèses ; auxquels Canons désirant obéir ^ Nous déclarons que nous commencerons nostre visite, avec l'aide de Dieu, dans le présent mois de Septembre, et nous rendrons dans chacune de nos Paroisses à certains iours, dont nous donnerons auis huict iours auparavant. Mais afin que toutes choses se fassent dans l'ordre et dans la décence, et que vous receviez de nostre travail le fruict que la sainte Eglise prétend que vous en relirie^,
I . Nous ordonnons à fous Cure^, Vicaires, et autres Prestres avans la charo-e des âmes dans les Paroisses de nostre Diocèse, de se rendre dans les dites Paroisses pour nous y receuoir selon le Rituel, avec deffences de s en départir sans nostre congé par écrit, à peine de suspension de leurs ordres, et autres de droict.
G, à Saussines ; le 7, à Bouysseron ; le 8, à Restinclières ; le 9, à Sussargues ; le 10, à Lunel ; le 1 3, à Lunel-Viel ; le 14, à Saint-Just ; le i^, à Saint-Nazaire ; le 16, à Saint-Seriez ; le 17, à Saturargues ; le 18, à Sainte-Colombe ; le 19, à Saint-Christol ; le 20, à Vérargues ; le 21, à Saint-Brès et à l'abbaye bénédictine de Saint-Geniez ; le 22, à Castries; le 2 3 , à Baillargues ; le 24, à Lansargues ; le 26, à Valergues et au prieuré de Montels; le 27, à Candillargues; le 28, à Mudaison ; le 29, à Melgueil (Mauguio) ; le 30, à Saint-Martin-de-Cavayrac ; le i'^'" décembre, à Auroux et à Saint-Antoine-de-Cadoule ; le 2, à Saint-Marcel et à Mezouls ; le 3, à Vendargues et à Mairargues ; le 4, au Crès et à Salaisons ; le ^ , à Jacou et à Teyran ; le 6, à Guzargues ; le 7, à Assas ; le 8, à Saint-Vincent-de-Barbeyrargues; le 9, à Prades et à Saint-Sauveur; le 10, à Baillarguet ; le 1 1, à Montférier ; le 12, à Saint-Clément ; le 13, à Clapiers; le 14, à Castelnau et à l'hôpital de Saint-Lazare; retour à Montpellier. L'Évêque ne devait reprendre ses visites, pour les églises et chapelles de la ville épiscopale, que le 1 3 mars 16^ 3.
H. Lesdits Curei liront nostre présente Lettre Pastorale au peuple pendant le Prosne du Dimanche immédiatement suiuant la réception de ladite lettre^ et Faduertiront du iour de nostre arriuée^ de la cause et de la fin de nostre visite^ qui sont : Finstruction du peuple^ la réformation des meurs, le restablissement de la discipline Ecclésiastique et du Seruice diuin, et la confirmation des Fidèles. En outre, ils célébreront une Messe du S.-Esprit pour llieureux succe^ de cette action si importante au salut des âmes.
III. Exhorteront leurs Paroissiens de purger leurs âmes de toutes sortes de peche^, par me viue douleur d'auoir offensé Dieu, auec la confession de leurs fautes dans le Sacrement de Pénitence.
IV. Instruiront ceux qui ne sont pas encore confirmés de r obligation qu'ils ont de receuoir le Sacrement de confirmation, et leur feront entendre : Que par Vonction du saint Cresme, par r imposition de nos mains, et par les prières que nous ferons sur les Baptise:^, le S. -Esprit leur sera donné, auec la force et la vigueur nécessaire pour conseruer leur Foy, et pour la faire edater dauantage dans les tentations et dans les persécutions . Que par le Baptesme l'homme deuenant vne nouvelle créature, reçoit ta vie spirituelle, et par la confirmation il reçoit le juste accroissement de cette vie, et la grâce de faire les œuures parfaites d'vn Chrestien. C'est ainsi que les apôtres donnaient aux Baptise; le S. Esprit, comme il se lit dans leurs actes, et que les Euesques qui sont les Successeurs de leur Ordre et de leur puissance, l'ont toujours pratiqué lusquW présent auec quelques saintes cérémonies que l'Eglise, inspirée de Dieu, r a ajoutées. Et afin que le S. Esprit descendant dans les âmes des Fidèles, trouue vne demeure digne de lur, autant que l'infrmité humaine le peut souffrir, les Cure; aduertiront ceux qui doiuent être confirme;,
de ncloycr leur cœur de loule impureté par la Confession Sacramentale, el d'cslre à jeun, lorsqu'ils receuroni le Sacrement de Confirmation : Car nous déclarons que nous n'administrerons point ce Sacrement quà ceux qui seront conJe\ et à jeun, qui auront passé l'âge de sept ans, et qui scauront r Oraison Dominicale, le Symbole des Apostres , les commandemens de Dieu et de rEglise, et la Salutation Angélique. Auquel effet ils porteront vn billet contenant leur nom et surnom, V approbation de ceux qui les auront examine^ par nôtre ordre^ et les noms de leurs Parrains et Marraines, qu'ils choisiront pour répondre de leur Foy, lesquels Parrains et Marraines ne pourront estre admis, s'ils ne sont auparauani confirme^, s'ils ne scavent pareillement l'Oraison Dominicale et les autres choses cy-dessus écrites, et ne pourront seruir en mesme temps qu'à deux ou trois de ceux qui deuront être confirme^.
V. Lesdits Cure^exorteront leurs Paroissiens de se disposera receuoir de nos mains l'adorable Sacrement de l'Eucharistie pour s'vnir à Nôtre Seigneur Iesvs-Christ, qui est présent réellement dans ce précieux Sacrement. Et comme ce Sacrement est le centre de la Communion Chrestienne, et que l'Euesque est le Chef visible de la Communion visible en chaque Eglise ; ils ne scauroient plus saintement, ny plus visiblement concourir à cette vnion et communion visible, qu'en receuant des mains de leur Pasteur, celuy qui est le véritable, quoy qu'inuisible Chef de celte communion. Ils ne scauroient mieux s'unir à leurs frères qu'en mangeant et se nourrissant tous ensemble de ce mesme pain divin, qui les confirmera en l'Estre surnaturel qui leur a esté donné par le Baptesme, d'estre concorporels à Iesvs-Christ, comme parle l'Apostre, les os de ses os, la chair de sa chair, les membres et la plénitude de son corps. Mais afin qu'ils fassent le juste discernement du réel et véritable corps de Iesvs-Christ contenu dans ce Sacrement, d'auec les espèces du pain qui le
coiturenf, ils s'éprouueront auparavant par l'humble et sincère confession de leurs péche^, accompagnée de douleur el de larmes^ laquelle nous offrons d'entendre nous mesme de ceux qui le désireront^ tant pour les fautes ordinaires^ que pour les cas à nous réserve^, ou les faire oïiyr par les Prestres qui nous accompagneront.
VI. Les Cure^ et autres Prestres des Parroisses nous exhiberont dans racle de nôtre visite les lettres de leurs Ordres^ les titres de leurs Bénéfices^ la commission et permission pour faire leurs fonctions^ les actes des fondations et patronats^ qui sont dans leurs paroisses^ les registres des Baptesmes^ des Mariages et des Morts y comme aussi les or ne mens des églises^ les Calices^ les Vases^ les Livres^ les Missels^ Rituels^ Antiphonaires et autres seruans à V Office divin ^ restai des legs pies paye^ et non paye^, des biens Ecclésiastiques aliène^ ou vsurpe^, des revenus et des charges de leurs Bénéfices et tous les titres et documens concernans les biens de leur Eglise,
VIL Nous représenteront encore lesdits Ciire^ V estât de ceux qui auront manqué à faire leur communion au temps de Pasque, de ceux qui seront excommunier^ des enfans qui n'auront pas été baptise\y des concubinaires^ et vsuriers publics et notoires^ et de ceux qui meinent vne vie scandaleuse.
VIII. Ordonnons à tous Prestres^ et autres Clercs qui sont pourueus de quelque Chapellenie^ Obit, ou autres Bénéfices simples dans les Paroisses de nôtre Diocèse, de se présenter deuant nous en habit clérical au iour de nôtre visite de la Parroisse, et de nous exhiber les fondations, titres et prouisions qu'ils ont desdites Chapellenies et Bénéfices.
IX. Enioi gnons aux Marguilliers, Ouvriers, Recteurs et Directeurs des Fabriques, Hospilaux el Ma ladreries, de se
présenlcr dcuant nous au ioiir de la visite de leur Parroisse, avec les fondations, titres et Documens desdites Fabriques^ Hospitaux et Maladreries, les Inuenlaires des biens qui leur appartiennent^ et les comptes de leur administration, pour estre veus et examine:^, clos et arreste^ par nous ; ce que feront pareillement les Supérieurs des Conoregations séculières^ Confrairies et autres lieux pieux de l'un et l'autre sexe qui seront dans les Parroisses. Finalement nous vous exhortons par les entrailles de la miséricorde de Nôtre Seigneur Iesvs-Christ de vous disposer à notre visite par les œuures de charité et de pénitence, par prières, par pleurs et par gémissemens^ pour attirer les grâces du S. Esprit sur nôtre conduite, pour obtenir la miséricorde de Dieu sur vous et sur nous et la préparation de vos cœurs pour le recevoir. Dépouillez-vous de la malice du viel homme, de toute auarice, vanité, impureté, inimitié, et enuie des vns enuers les autres. Renouuelle^ votre esprit par les saintes affections de vostre ame. Reveste^ vous du nouuel homme par r imitation de ses vertus. Ainsi marchans dignement douant Dieu, vous te receure^ dans ta demeure agréable de vos cœurs, lorsqu'il vous visitera par nostre Ministère. Nous nous prosternons humilie^ devant le trône de Sa Majesté et le prions par Nôtre Seigneur Iesvs-Christ nôtre Souverain Pasteur, qu il éclaire nôtre ame de ses lumières, et brûle noire cœur du feu de son amour ; afn que nous puissions remplir dignement cette fonction, et rebâtir la lerusalem spirituelle qui est si désolée dans notre Diocèse, et qui tomberoit dans une entière ruine, comme fit la lerusalem terrestre, si elle ne connoissoit point le iour de sa visita tion. Nous la souhaitons plus heureuse pour vous et pour nous, et attendons d'estre consoley de votre veiïe nous vous donnons nôtre paternelle Bénédiction, au nom du Père, du Fils et du S. Esprit. Ainsi-soil-il.
Fait à Montpelier le douzième Septembre mil six cens cinquante-sept.
François, Evesque de Montpelier.
Du Mandement de mon dit Seigneur l'Evesque : Verduron.
Toutes les particularités de cette première tournée pastorale de Bosquet ont été conservées dans nos archives. Elles y sont consignées en un registre, où l'un des secrétaires de l'Évèque a écrit au jour le jour le compte-rendu minutieux de chaque visite. Rien n'est navrant comme la lecture de ces rapports. La misère de nos paroisses s'y étale à chaque page, tant la désorganisation du diocèse est complète !
AGrabels, « l'église n'est qu'unegrange couverte de roseaux et appartenant au sieur Durand, auquel messieurs les syndics de Saint-Pierre payent annuellement pour le louage d'icelle la somme de quarante livres » (i) ; del'ancienneégliseparoissiale, ruinée lors des guerres de religion, il ne reste plus que les deux murs latéraux. A Combaillaux, même pauvreté : le curé n'a pas de logement ; il est contraint a de coucher dans un petit taudis sur la terre » (2). A Saint-Gély-du-Fesc, point de sacristie. L'église a subi de telles dégradations que des réparations immédiates s'imposent. Aux Matelles, les protestants ont laissé plus qu'ailleurs des traces de leurs violences ; on y parle encore avec terreur des excès auxquels ils se sont livrés, trente-cinq ans en deçà, lorsque, commandés par Rohan, ils s'emparèrent de la ville. A Tréviers, «l'église ne vaut rien », écrit énergiquement le secrétaire ; elle n'est pas du tout pavée et il faut « huit à neuf cents tuiles pour la recouvrir. » Au reste, les ruines abondent en ce pays-là. Une chapelle sise près de la métairie de Cécélez, « aussi grande que celle de la paroisse », est « sans couverture. » Une autre chapelle, « sous le vocable de Saint-Aunès, et située au bas du château de Montferrand », est détruite, « à la réserve des quatre murailles. » Il en est de même du petit sanctuaire de Saint-Raphaël, au lieu dit de Saint-Mathieu. A Casillac, à
(i) Fol. 6.
(2) Fol. 8.
Gourniez, à Ganges, le spectacle est tout ce qu'on peut imaginer de plus attristant. Dans cette dernière localité, il n'y a plus d'église ; les offices se font dans la salle basse d'une maison privée, et l'Evèque, pour être entendu de tout le peuple, est obligé de prêcher sur la place publique.
Nous ne pousserons pas plus loin cette nomenclature. Aussi bien, nous tomberions dans des redites. La guerre civile et, là où les haines religieuses ne se sont point fait sentir, le temps, cet autre destructeur, ont promené partout leurs ravages. Les églises restées debout sont loin d'être intactes pour la plupart : ici ce sont les vitres qui font défaut ; là, c'est la porte qui est absente ; très-peu ont encore leurs cloches. On en compte à peine quelques-unes qui soient bien tenues, comme à Saint-Martin-de-Londres, à la Roque et à Brissac ; encore faut-il que la pensée des misères voisines intervienne pour qu'on ne soit pas fâcheusement impressionné à leur aspect. Le Causse-de-la-Selle est à peu près la seule paroisse qui ait convenablement réparé ses ruines en construisant une église neuve.
Que si nous considérons maintenant le mobilier du lieu-saint, il est généralement très misérable. C'est un délabrement, une vétusté, souventune malpropreté qui écœurent. Les ornements sont usés, faits quelquefois de diverses étoffes cousues en un bizarre assemblage. Un paysan n'en eût pas voulu pour se vêtir. Tels qu'ils sont, et faute d'autres, les prêtres sont bien obligés de s'en servir pour la célébration des divins mystères.
Et cependant ici et là les revenus du prieuré ou du bénéfice sont relativement assez importants. On pourrait, en prélevant chaque année une somme sur ces revenus, sinon introduire le luxe dans les églises, du moins y faire régner cette élégance de l'ordre que n'exclut pas la pauvreté. Mais les bénéficiers d'abord ne résident pas ; puis ils ont d'une façon immodérée l'amour du lucre. Nous avons constaté celadéjà dans le diocèse
de Lociève. Dans le diocèse de Montpellier, le mal est aussi profond. Tel prieur n'a jamais ou presque jamais mis les pieds dans sa cure. On l'y a vu peut-être de loin en loin, aux grandes époques, lorsqu'il s'agissait de percevoir les dîmes ou le prix des fermages. Si elle manque de tout, ce n'est pas son affaire : il n'est prieur que pour le temporel. 11 croit s'être débarrassé de toutes les charges spirituelles de son bénéfice, parce qu'il paie annuellement un prêtre, curé ou vicaire amovible, pour tenir sa place. Il est vrai que le traitement qu'il sert à ce prêtre est dérisoire, trois ou quatre cents livres tout au plus. Nimporte! c'estàce dernier à pourvoir aux besoins du culte, comme il pourra et comme il l'entendra. En réalité, le curé ou vicaire amovible ne pourvoit à rien, ayant à peine de quoi vivre. Il ne peut que gémir sur sa misère et appeler des plus ardents de ses vœux un Evêque dont l'autorité soit assez respectée et assez puissante pour obliger ceux que l'Eglise enrichit de ses biens, à employer au service de l'Eglise au moins une partie des revenus qu'elle leur donne.
C'était bien là la pensée de Bosquet. Chez lui, l'amour de la justice était trop grand, trop vif aussi le sentiment des devoirs de sa charge pour qu'il ne voulût pas être cet Evêque. Malheureusement la réforme de ce côté n'était pas sans péril : Fenouillet s'y était brisé. Trop ardent, trop violent, ne sachant pas être ferme avec douceur, Fenouillet avait fait appréhender manu militari deux chanoines, les chanoines Trial et Cazalèdes, qui refusaient de se soumettre à ses ordonnances, et les avait envoyés sous bonne escorte à Montferrand. L'extrême rigueur de cette mesure n'avait fait que les aigrir. Le chapitre avait protesté, et finalement, vaincu par une opposition que la brutalité de ses procédés n'avait rendu cette fois que trop légitime, l'Evêque avait dû laisser les choses dans le statu quo.
11 était naturel que Bosquet, grâce à son tact exercé,
réussît davantage. Il n'en devait pas moins perdre avant peu de temps beaucoup de ses illusionsetconstater que rien n'est difficile à faire en ce monde comme le bien, môme pour un Evoque.
Les commencements, toutefois, furent assez heureux.
Et, en effet, il lui suffit souvent de parler pour être obéi. Au cours de chaque visite, il indique ce qu'il croit devoir être fait de plus urgent, et les bénéficiers, dont il a exigé partout la présence, voulant absolument être reçu par eux, promettent d'exécuter, dans le plus bref délai, tout ce qu'il désire. Peut-être bien, un jour, les chanoines essaieront-ils d'éluder les obligations que FEvêque leur a imposées dans chacune des paroisses dépendant de la mense capitulaire ; mais cette opposition-là sera sans portée (i). Il a jugé nécessaire d'établir un service dans la paroisse de Saint-Etiennede-Rouet, où l'église était abandonnée, et dont les habitants étaient forcés d'aller entendre la messe à Notre-Dame-de- Londres (2). A Notre-Dame-de-Gorniès, il ordonne que Messieurs du Chapitre fassent des réparations à l'église qu'ils ont laissée à demi découverte, et entretiennent un prêtre pour la desservir. Il décrète qu a Saint-Jean-de-Buèges, au
(i) Voici ce que nous lisons dans le Registre des délibérations, séance du 19 mai 16^9 : « Sur la proposition faite par M. Brenard que Msf de Montpellier, pendant la visite des églises du diocèse, a donné diverses ordonnances concernant les bénéfices de la compagnie et qu'il est très nécessaire d'avoir advis et conseil sur icelles pour scavoir ce que le Chapitre sera obligé de faire en justice, le Chapitre a délibéré que coppies des dites ordonnances seront envoyées à Toloze pour avoir advis et conseil et se pourvoir contre icelles en cas où le Conseil le jugera à propos. » — Le Chapitre avait vraiment tort de se montrer récalcitrant. Il jouissait de revenus considérables, ainsi qu'on en pourra juger par le tableau que nous en donnons, à la fin de ce volume, d'après les procès-verbaux des visites. (V. les Pièces jusiificalives, n'' i.)
(2) Saint-Etienne-de-Rouet ne fut de nouveau érigé en paroisse que vers la fin de 16^8, les habitants ayant dû employer ce temps à la construction d'une maison claustrale qui était à leur charge.
lieu de deux prêtres qui sont insuffisants, vu l'importance de la paroisse, il y en aura trois désormais, dont l'un spécialement chargé de faire les offices et d'administrer les sacrements à PégayroUes. Et les chanoines s'inclineront, malgré qu'ils en aient, parce que l'Evèque veut bien ce qu'il veut, sans passion d'ailleurs ni colère, et qu'il ne veut rien que de très juste. Notez aussi qu'il ne recule pas devant la nécessité de donner l'exemple. Les bénéfices attachés à sa mense, qui n'ont pu se relever qu'à grand'peine pendant l'épiscopat agité de Fenouillet, et qui, durant les cinq années de la vacance du siège, ont à peu près manqué de tout, vont immédiatement ressentir les effets de sa visite. Restauration des immeubles, renouvellement du mobilier, obligation de la résidence pour les curés ou vicaires, augmentation du personnel partout où les besoins du service l'exigent, rien de ce qui doit être fait n'est négligé. Le moyen pour les bénéficiers ordinaires de ne pas entrer aussi dans le mouvement ! Sans doute, une réforme aussi générale nécessitera beaucoup de temps. Bien des choses laisseront à désirer encore, lorsque Bosquet fera, quelques années plus tard, une seconde tournée officielle dans son diocèse. Du moins, il n'aura plus I3 spectacle écœurant d'églises en ruines, comme aujourd'hui. La vie paroissiale aura repris partout une nouvelle vigueur, et il emportera la consolante impression des bénédictions de Dieu visiblement répandues sur son épiscopat. Bosquet rentra à Montpellier dans les derniers jours de décembre 1657. Il avait pourvu aux besoins matériels les plus pressants ; il lui fallait maintenant s'occuper des âmes. Les circonstances étaienton ne peut plus favorables, d'ailleurs : un jubilé allait s'ouvrir (i). Pour en mieux assurer les résultats,
( I ) « Pendant le temps du jubilé qui commença à Montpellier le 27' de janvier, et finit à pareil jour du if de février de l'année 1658, sous le
il voulut qu'il fut accompagné, à Montpellier du moins, d'une mission.
L'œuvre des missions, disons-le en passant, sera toujours particulièrement chère au cœur de Bosquet. Il demandera aux diverses congrégations établies sur son territoire de lui fournir le plus possible des apôtres qu'il enverra régulièrement chaque année évangéliser quelques paroisses de son diocèse. Lui-même, autant que sasanté pourra le lui permettre, il prendra sa part souvent d'un ministère si pénible : il se fera missionnaire à son tour. Or, on ne dépense jamais tant de zèle en pure perte. Il opère personnellement bien des conversions, conversions de pécheurs endurcis, conversions d'hérétiques surtout, et quand la mort viendra le frapper sur
même consulat (consulat du trésorier Boudon), Më^ TEvesque nous fit venir une mission composée de prestres séculiers et de quelques uns de l'Oratoire ; c'estoient Messieurs le prevostde Tlsle, le pénitencier d'Avignon, l'abbé de Sainct-Laurent, le Père Barthélémy et le Père Bouchard, tous fort habiles gens ; elle se fit dans l'Eglise paroissiale Nostre- Dame-des-Tables, y ayant eu tous les jours deux prédications, l'une à cinq heures du matin, par M. l'abbé de Sainct-Laurent, dans la chapelle des Pénitens ; et la deuxième à midy, par le Père Bouchard, dans la grande salle de l'Hostel-de-Ville. Pendant tout le jubilé, tous les ordres religieux vinrent processionnellement à six heures du matin, à jours différents, dans la paroisse susnommée, faire leurs prières devant le Sainct-Sacrement, qui pendant la mission y fut toujours exposé ; la compagnie des Pénitents y feut à son tour le samedy 23^ de février, qui eurent l'honneur d'ouïr la messe de Monseigneur nostre Evesque, et de recevoir la communion de ses mains ; et le dimanche, 24"" du mesme mois, on fit la closture de toute ceste cérémonie par une procession générale, à la suite de laquelle il y avoit plus de six mille personnes. Elle partit de l'Eglise Sainct-Pierre pour s'en aller à celle de Nostre-Dame, où nostre Prélat nous donna une prédication fort édifiante, en suite de laquelle il donna la bénédiction du Très-Sainct-Sacrement à tout le peuple, qui y feut en si grand nombre, que l'Eglize ne le peut contenir ; après quoy l'on s'en retourna à Sainct-Pierre dans le même ordre qu'on estoit venu, et chascun se retira.» {Mémoires d'André Delorl, t. V% P- 173-174-)
la brèche, il laissera un peuple affermi dans sa foi, et en possession de meilleures moeurs. Peut-on rien dire de plus
glorieux pour un Évêque ?
La mission prèchée à Montpellier (février 1658) attira une nombreuse affluence dans les églises. Elle donna les fruits les plus consolants, et le pieux Prélat put s'en convaincre au spectacle de plus de 6000 personnes qui tinrent à honneur de marcher à la suite du clergé et des congrégations religieuses à la procession générale du jour de clôture.
Ces fruits, il s'agissait maintenant d'en conserver au peuple chrétien les avantages par l'action d'un clergé vraiment pénétré de la sublimité de son rôle, et sérieusement attaché à tous ses devoirs. A cet effet, l'Evêque rassembla un synode aux délibérations duquel tous les ecclésiastiques du diocèse, convoqués par groupes, reçurent l'ordre de se rendre.
Edifier les fidèles et les hérétiques par la correction de leur tenue et la régularité de leur conduite, telle est la grande et essentielle obligation qui incombe aux prêtres, et dont l'Evêque se montre surtout préoccupé dans ses allocutions au synode et ses ordonnances. Pour exercer avec efficacité leur saint ministère et ramener au giron de l'Eglise ceux que l'erreur en tient écartés, les pasteurs doivent se bien persuader qu'ils n'ont pas d'arme plus puissante que le bon exemple. Le synode a décidé que des religieux seront envoyés comme missionnaires dans les diverses communautés du diocèse. Mais le bien que ces prédicateurs ne manqueront pas de réaliser ne sera durable que si les ecclésiastiques ayant charge d'àmes s'imposent par la dignité de leur vie à l'estime des populations confiées à leur garde.
L'Evêque ne pouvait assurément s'inspirer de pensées plus hautes. Les règlements portés par lui en vue d'astreindre ses clercs au respect d'eux-mêmes sont sévères. Il leur défend « de se trouver aux festes des patrons de paroisses », à moins
d'y ctrc conviés par le curé. Celui-ci n'en peut appeler « plus de trois. » Ils doivent a passer la dite feste en prières et non en festins et en jeux. » Que si quelqu'un contrevient à cette ordonnance, l'Evèque demande d'en être aussitôt averti (i). Une amende d'abord, puis, en cas de récidive, la suspense et la prison sont infligés à tout prêtre qui négligerait de porter l'habit clérical ou de résider dans sa paroisse (2). Nul n'est autorisé à s'absenter plus d'un jour s'il n'en a obtenu la permission.
Le travail est un des gardiens les plus sûrs des bonnes mœurs. Il est de rigueur pour des hommes que leur minis tère appelle à être les apôtres de la vérité et ses défenseurs contre toutes les attaques de l'hérésie ou des passions. Bosquet profita de cette assemblée synodale pour exciter chez son clergé une sainte émulation pour l'étude. Il institua à cet effet des conférences mensuelles dont le siège fut établi dans diverses communautés du diocèse, placées au centre de circonscriptions qu'il détermina. Il se tint de ces conférences à Assas, à Viols, à Fontanès, aux Matelles, à Bris ■ sac, àSaint-Brès, à Saint-Just, àSaint-Seriez, à Frontignan, à Cournonterral, à Montarnaud, à Saint-Hilaire, etc. Seules, des raisons graves, dont les membres de chaque conférence auraient à examiner la valeur, pouvaient légitimer une absence. Motivée ou non, d'ailleurs , toute absence devait être consignée dans le compte-rendu de chaque séance adressé à rÉvêque.
S'il est permis de juger des travaux de ces réunions par les quelques feuilles conservées dans nos archives qui les mentionnent, il semblerait que la meilleure part y ait été faite aux
(i) Bosquet ne fit en cela, du reste, que rééditer une ordonnance de son prédécesseur Fenouillet.
(2) Reg. des ordonnances, fonds de l'Evêché. (Arch. départ.)
questions pratiques. On y rencontre rarement du dogme. La liturgie, l'exégèse, l'explication des Pères y tiennent plus de place. La préférence est pour les sujets de morale ou de discipline et la solution des cas de conscience. Ces sujets, pour la plupart indiqués d'avance, mais dont quelques-uns aussi étaient fournis par les difficultés d'administration ou de direction auxquelles tel ou tel membre s'était heurté dans sa paroisse, faisaient l'objet d'un rapport où la manière de voir, les appréciations, les idées de chacun, étaient fidèlement relatées. On envoyait ce rapporta une commission présidée par l'Évèque, et qui était composée de trois chanoines, du procureur fiscal ou de son substitut, du P. Barrème, supérieur de la Maison de l'Oratoire de Frontignan, du recteur des Jésuites et d'un autre Père de la Compagnie.
Tout entier aux œuvres de zèle. Bosquet n'en donnait pas moins, à cette même époque, une solution heureuse à une affaire d'un tout autre ordre et dont il s'était préoccupé beaucoup, antérieurement même à la prise de possession de son siège : nous voulons parler de la reconstruction du palais épiscopal.
Tandis qu'il était retenu encore à Paris par les travaux de l'assemblée générale, il lui avait fallu , aussitôt ses bulles reçues, s'occuper de la question de son domicile, et ce n'avait pas été sans beaucoup d'ennuis. Il s'était plaint au Chancelier, à Mazarin et au Roi de la situation singulière dont il était menacé dans sa nouvelle résidence. Il estimait, en effet, inadmissible que, dans une ville comme Montpellier, on n'eût point songé à remplacer l'ancienne maison épiscopale incendiée et détruite par les huguenots. Et, en vérité, cela ne se voyait nulle part ailleurs. Partout, les diocèses fournissaient un logement confortable et spécial à leurs pontifes.
Louis XIV, ayant trouvé fort justes ses réclamations, lui avait promis d'intervenir par lettres patentes, pour obliger le
diocèse de Montpellier à rentrer, sous ce rapport, dans le droit commun.
Tout à côté de la cathédrale était un vaste terrain occupé jadis par le célèbre monastère de Saint-Germain, et maintenant encombré par quelques masures et des murs en ruines. Une partie du vieux cloître avait été conservée pourtant, restaurée tant bien que mal par les chanoines, auxquels elle servait de promenoir, avant et après les offices. Au-delà s'étendait, envahi par les ronces et les herbes des champs, le cimetière, où reposaient les cendres des premiers habitants de Tabbaye.
De tous les emplacements disponibles, celui-ci était incontestablement le plus convenable ; Bosquet l'avait choisi dès son arrivée à Montpellier. Les lettres patentes lui étant parvenues avant la fin de juillet, datées du 6, il avait sondé officieusement MM. les Chanoines, autant que lui propriétaires du sol, et il avait eu la satisfaction de les voir entièrement acquis à son dessein.
Ge ne fut, toutefois, qu'au mois de janvier 1658, que la question fut officiellement discutée, en séance plénière du Ghapitre. Ge dernier céda alors à l'Évêque toute la partie de l'enclos de l'ancien monastère, comprise entre le grand clocher de Téglise Saint-Pierre et la muraille de la ville, faisant face au collège Saint-Ruf, et l'autorisa à se servir de tous les matériaux qui y étaient entassés.
D'autre part, le diocèse, dans sa dernière assiette, s'était imposé à cet effet, et avec le consentement des États, pour une somme de 20,000 livres.
Les travaux, dirigés par l'architecte Bonnacier, commencèrent aussitôt (avril 1658); ils furent poussés activement ( i ) et terminés au mois de novembre ou décembre de l'année
(i) Delort. Méin,, t. L"", p. 174.
suivante. Construit dans des proportions assez vastes, le nouveau palais devait être ensuite agrandi et embelli parles successeurs de Bosquet. Ce fut son neveu, François de Pradel, qui en établit la porte d'entrée principale, au niveau de la rue Saint-Ruf, en reliant celle-là à celle-ci par un pont. H| On sait que, devenue propriété de l'Etat, par suite de la laïcisation des biens du clergé, la Maison épiscopale est restée attribuée, depuis le commencement de ce siècle, à notre Faculté de Médecine.