‹ François Bosquet, intendant de Guyenne et de Languedoc, évêque de Lodève et de MontpellierChapitre 32 sur 49 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Bosquet à Montpellier (suite). — Reprise des réformes universitaires. — Seconde et définitive institution du Séminaire, sous la direction des prêtres de TOratoire.

SOMMAIRE

L'har.nonie est troublée dans notre Université de médecine par les prétentions de deux professeurs. — Lettre de Bosquet à Séguier sur cette affaire. — La vénalité des chaires dans les Universités du royaume. — Michel Cliicoyneau, protégé de Valot, médecin du Roi, supplante Solignac dans l'enseignement de la botanique et dans les fonctions de chancelier. — Protestation de Bosquet contre la déloyauté de l'un et l'avarice de l'autre. — Elle reste sans effet. — Décision prise par Sa Majesté d'intervenir directement dans les nominations universitaires. — Bien-fondé de cette décision. — Triste état des études juridiques à Montpellier. — L'EvCque est chargé, en même temps que Tlntcndant de Bezons, de faire un rapport sur les améliorations à introduire dans le fonctionnement des diverses Facultés. — Centralisation de l'enseignement. — Bosquet négocie un accord avec les oratoriens de Frontignan, pour leur confier la direction de son séminaire. — Installation du séminaire dans l'île de la Sallcl'Evcque. — Les oratoriens quittent Frontignan et viennent s'établir à Montpellier, — Opposition faite par les consuls et les habitants de Frontignan à ce changement de résidence. — Force leur est de s'incliner devant la volonté de l'Evcque. — Résumé de l'histoire du séminaire après la mort de Bosquet. — Progrès de la maison. — Sa translation dans la rue Sainte-Foy. — Colbert, les oratoriens et le jansénisme. — Violente réaction sous l'épiscopat de Charancy et de Renaud de Villeneuve. — Le séminaire enlevé aux oratoriens et placé sous la direction de prêtres séculiers.

OSQUET n'en avait pas fini avec les réformes. Celles qui concernaient renseignement n'étaient encore qu'ébauchées. Le moment allait venir pour lui de s'en occuper très activement.

De toutes les Facultés, l'Ecole de médecine était celle qui avait le mieux répondu à sa sollicitude. Elle s'était relevée de son déclin.

Les circonstances ne lui avaient cependant pas toujours été bien favorables. A diverses reprises, des divisions s'étaient formées en son sein qui pouvaient être très préjudiciables aux études. Il n'avait fallu rien moins que la vigilance et l'énergie de Bosquet pour empêcher les intérêts des jeunes étudiants d'être compromis.

En 1658, notamment, l'Ecole de médecine avait été gravement troublée par les prétentions insolites de deux de ses maîtres. Ceux-ci, sur le point de marier leur fille, s'étaient mis en tête de disposer de leur chaire comme d'un patrimoine et de les céder à leur gendre en guise de dot.

Naturellement ce dessein avait soulevé, dans la Faculté, une opposition unanime. Nos deux professeurs n'étaient pas devenus pour cela plus raisonnables, et, passant outre à cette opposition, ils avaient intenté à leurs collègues un procès qui durait encore en 1660, lorsque Bosquet était parti pour Paris.

Condamnés à Montpellier et à Toulouse, ils avaient relevé appel de cette double sentence. Seulement, comme l'influence de l'Evêque à la Cour leur paraissait très redoutable, ils avaient attendu qu'il fût rentré dans son diocèse pour donner suite à leur résolution.

Alors, ils avaient demandé l'introduction de l'affaire au Conseil, auprès duquel des protecteurs influents s'étaient engagés à les appuyer, et obtenu qu'elle serait jugée sans retard.

Efl"ectivement, vers la fin de décembre 1661, ou dans les premiers jours de janvier 1662, les professeurs de notre Université de médecine avaient été mandés à Paris.

Les juges du Conseil choisissaient bien mal leur moment,

en vérité. Il allait falloir suspendre les cours, qu'on avait commencés depuis deux mois à peine dans l'Ecole. Pour les étudiants, ce serait peut-être une année perdue.

Bosquet s'émut à cette pensée. Etait-il donc si difficile de renvoyer le jugement à une époque où, la Faculté étant fermée et les étudiants étant en vacances, les professeurs auraient toute liberté de s'absenter longtemps au besoin, sans qu'il en résultât le moindre inconvénient pour les élèves ?

Notre Evèque n'hésita pas à faire part à Séguier de ses réflexions à ce sujet :

(( Monseigneur, je ne puis que recourir à vous dans les

» oppressions que je souffre, et il s'en présente une de

» laquelle j'espère que vostre bonté me délivrera. J'ay

» taché de mettre quelque ordre à l'Université de médecine

» de ceste ville que j'avois trouvée presque abandonnée à

» mon arrivée à l'Épiscopat, et, grâces à Dieu, j'y avois

» réussi, ayant pourveu dans les voyes ordinaires aux

» chaires qui estoient vacantes despuis longtemps, et, par

» ce moyen, les exercices des Echoles avoient esté réta-

» blis (i). Mais deux professeurs, qui prétendoient consti-

» tuer en dot à leurs filles ces chaires, n'ayant peu réussir

(i) Deux chaires étaient sans titulaires à l'arrivée de Bosquet à Montpellier. La première, vacante depuis 16^2 parla mort du docteur Duranc, qui l'occupait, n'avait été mise au concours qu'en 16^ t;. Le docteur Restauran, originaire du Pont-Saint-Esprit, et un Irlandais, nommé Morphée, entre autres candidats, avaient soutenu déjà leur triduanCy lorsque le fils du professeur Sanche, qui s'était mis également sur les rangs, les avait fait assigner au Conseil avec tous les autres prétendants, et, par ce moyen, avait interrompu le concours. A cette même époque, un autre professeur, Lazare Rivière, un des premiers médecins chimistes de ce temps, vint à mourir. Il ne devait être remplacé, ainsi que le docteur Duranc, que quatre ans plus tard. Le concours fut ouvert, pour les deux chaires, en 16^8, et, en septembre 16^9, on procéda à l'élection des deux candidats les plus capables. Les voix furent très

— GGO —

) en leur dessein, ils ont chicané par procez et au Conseil ) et au Parlement les autres professeurs depuis trois ans, ) et voyant que, pendant mon séjour à la Cour, j'avois ) poursuivi un arrest contradictoire qui retient la conois- ) sance au Conseil, et par un autre arrest, au rapport de ) M. Poncet, [que] l'affaire auroit estée jugée contre eux, 'ils ont attendu mon despart et aussitost après se sont pourvus au Conseil. Sur quoy. Monseigneur, je vous demande ) une grâce qui me semble estre fondée en justice. C'est ) que les lectures et exercices de l'Echoie se faisant conti- ) nuellement despuis la Saint-Luc jusques après Pasques et ) qu'en ce temps-là une grande multitude d'echoliers venant ) de toutes les provinces du royaume et des pays estrangers ) pour prendre les leçons et voir les anatomies et assister ) aux autres actes qui ne se font que durant ce temps-là, si ) les professeurs qui sont travaillés par ce procez estoient ) obligés de l'aller poursuivre au Conseil, ces actes ) cesseroient, et ceste fameuse Université, qui se remet ) en sa première splendeur, seroit tout à fait abandonnée. ) Ainsi, Monseigneur, je vous supplie d'accorder des lettres ) d' Estât à ces professeurs pour six mois, affin qu'ils puis- ) sent continuer leurs exercices et, après, s'en aller pour-

partagées, nous dit Delort. L'Evêque et les professeurs Richer de Belleval et Sanche donnèrent leurs suffrages aux docteurs Chicoyneau et Sanche, celui-ci fils du dernier, celui-là neveu de Belleval, tandis que les professeurs Courtaud et Solignac proposèrent les docteurs Scharpe et Benoît. Chicoyneau et Sanche, ayant la majorité des voix, furent donc appelés à succéder, le premier àDuranc et le second à Rivière. Cependant la légitimité de cette nomination fut contestée à cause des liens de parenté qui unissaient les élus à leurs électeurs. Il en résulta un procès qui dura assez longtemps ; mais, soit au Parlement, soit au Conseil, on fut d'avis qu'un père pouvait, dans des cas semblables, opiner pour son fils, à plus forte raison un oncle pour son neveu, et Chicoyneau et Sanche furent maintenus. (Voir les Mémoires lV André Dclorl, t. P"', p. i6't et 17^).

» suivre le jugement d'un procez, qui a este déjà terminé )) par plusieurs arrests et lettres patentes, en un temps » auquel leurs actes cesseront et les bacheliers et licentics » seront à la campagne pour s'exercer en la pratique durant )) Testé. Geste grâce n'est pas sans exemple ; car, par des » lettres patentes des Roys, il leur est ordonné de surseoir » ou de terminer à l'amiable par arbitre les procez qui nais- » tront parmi eux en ce temps-là de leurs exercices qu'ils » appellent grand ordinaire, affîn que le public ne souffre » pas de leur absence. Dans Testât où je suis et dans toutes » les circonstances de ceste affaire, il m'importe si fort » qu'elle prenne ce train que je ne puis que vous conjurer » d'accorder ceste grâce à celui qui est plus que tous les » hommes du monde, Monseigneur,

» Vostre très-humble, très obéissant » et très obligé serviteur,

» François, Evèque de Montpellier (i). »

La demande de Bosquet était trop juste pour n'être pas favorablement accueillie par le Chancelier. Le jugement de cette affaire fut donc remis au mois de septembre. Quant à la sentence des juges au Conseil, elle fut alors telle que le désirait notre Evèque. La Faculté gagna son procès.

Ce n'était pas qu'il y eut quelque chose d'absolument étrange dans le cas sur lequel on avait eu à se prononcer. A Paris notamment, et dans plusieurs villes de province, le trafic des chaires était pratiqué sans scrupule. Tel avait été

(i) Cette lettre, dont la signature seule est autographe, ne porte point de date ; mais sa teneur indique qu'elle fut écrite peu de temps après le voyage de Bosquet à Paris, par conséquent en 1661. (Bibliothèque nat. Mss. fr. 17396, fol. 88.)

nommé professeur à prix d'argent qui, s'il en trouvait l'occasion, cédait son titre pour une plus forte somme. Ces sortes de marchés, du reste, avaient été favorisés par Mazarin et ils n'étaient pas faits pour étonner la Cour. Grâce à la contagion de Texemple, et malgré la volonté de l'Evèque de maintenir intactes nos vieilles traditions universitaires, le temps n'était plus éloigné où la vénalité allait fleurir dans nos Facultés avec l'approbation du pouvoir central.

En 1664, la chaire de botanique et d'anatomie vint à vaquer à Montpellier, par suite de la mort de Richer de Belleval, son titulaire. Richer de Belleval était également chancelier de

l'Université de médecine (i). Une double succession était donc ouverte. D'après les règlements qui n'avaient jamais cessé d'être en vigueur, le droit d'y pourvoir n'appartenait qu'à l'Evèque et aux professeurs réunis en conseil. Ceux-ci s'assemblèrent et leur choix se porta, pour la chaire de botanique, sur le plus âgé d'entre eux, Louis de Solignac, qui enseignait depuis près de quarante ans avec beaucoup de distinction (2). La nomination du chancelier devait être renvoyée à une date ultérieure.

Malheureusement, quelque hâte qu'on eût mis à la faire, cette élection arrivait trop tard. Un jeune docteur de l'Université, Michel Chicoyneau, professeur d'assez fraîche date, et dont on n'avait pu encore apprécier le mérite, mais qui

(i) Le chancelier était, après l'Évêque et sous ses ordres, le chef de l'Université. C'était lui qui veillait à la conservation des registres^ à l'observation des statuts, qui signait les lettres de doctorat et les revêtait du sceau de la Faculté. Il était dans ses attributions de convoquer les assemblées, de nommer les chirurgiens et les apothicaires de la ville, d'inspecter l'exercice de ces professions. Il avait à connaître des différends relatifs à l'École. Les gradués et les étudiants prêtaient serment entre ses mains. Les sujets des disputes étaient indiqués par lui... etc.

(2) Cf. d'Aigrefeuille, t. L', p. 433.

avait Tavantagc d'être le neveu de Belleval, se trouvait déjà nanti d'un brevet du Roi, l'autorisant à prendre possession de la ehaire de botanique, des que celle-ci deviendrait vacante. Persuadé que ses collègues ne lui trouveraient pas des titres suffisants pour l'occuper, il avait pris ses précautions. Sans rien confier à personne de ses projets, ayant eu soin de se munir d'une lettre de recommandation de Bosquet auprès de Séguier, au cas où la protection du chancelier lui serait utile (i), il était parti pour Paris au mois de mars précédent, du vivant même de son oncle.

Là, il n'avait pas eu à intriguer longtemps pour arriver à ses fins. Des amis de ce dernier s'étaient montrés tout disposés à lui prêter leur concours. Parmi eux figuraient en première ligne deux docteurs de notre Université devenus célèbres dans la capitale, tous deux anciens élèves de Belleval : Pecquet et Valot ; Pecquet, qui venait de sanctionner avec éclat la découverte de Harvey relative à la circulation

(i) Voici le texte de cette lettre : « Monseigneur, le donneur de la » présente, le sieur Chicoineau, professeur en médecine et neveu du » sieur Belleval, qui a l'honneur d'estre connu de vous, allant vous » demander l'exécution d'une grâce que son oncle a receu de vostre » bonté, je n'ay pas voulu le laisser partir sans prendre l'occasion de » vous renouveler mes respects et vous assurer que je continuerai » d'estre toute ma vie,

» Monseigneur, vostre très humble, très » obéissant et très obligé serviteur,

» François, Ev. de Montpellier. »

De MontpeUicr, le 8 mars 1664.

(Biblioth. nat. Mss. fr., n° 17404, fol. 103).

La grâce que Chicoyneau se proposait de demander au chancelier, Bosquet ne s'en doutait pas, c'était évidemment le droit de succéder à son oncle. La lettre de notre Évêque est du 8 mars, et ce fut le 30 mars (Astruc, p. 261) que Chicoyneau reçut ses provisions pour la chaire de botanique. On le voit, le jeune professeur n'avait pas perdu son temps.

du sang (i) et à qui l'Académie des sciences allait ouvrir ses portes deux ans après ; et Valot, Valot surtout, que des circonstances heureuses, plus encore que sa valeur, avaient mis en vue, et qui, protégé par Mazarin, avait succédé en 1652 à Vautier dans la charge de premier médecin de Louis XIV, pour laquelle il convient d'ajouter qu'il avait versé 30000 écus entre les mains du Cardinal (2).

Valot n'avait pas demandé mieux que de mettre son influence au service du neveu de son ancien maître ; mais, aussi peu désintéressé que son protecteur, il avait su faire comprendre à son client que si

L'argent seul au palais peut faire un magistrat,

il n'était rien de tel encore que l'argent pour faire un professeur de botanique.

( I ) On était resté fidèle jusque-là aux théories de Galien, qui plaçait au foie l'origine des veines et y faisait aboutir aussi les vaisseaux chylifères. Harvey enseigna que le sang nourricier de l'organisme part du cœur et y revient pour se répandre encore dans les organes. Ce fut une véritable révolution que cette découverte. Lorsque Pecquet, un des premiers à adopter le système de Harvey, vint démontrer, en 1649, devant notre Université de médecine, que la terminaison des chylifères n'est pas au foie, mais au réservoir qui depuis a gardé son nom, on raconte qu'un de nos docteurs, résumant la pensée de tous, s'écria douloureusement : Quid de noslrà fiel medicmâ) Néanmoins, à Montpellier, on n'hésita pas à rompre avec des traditions dont on ne pouvait plus méconnaître la fausseté. Il en fut de même à Paris, d'ailleurs. Le foie cependant y trouva des défenseurs tels que Riolan et Guy Papin, qui, jouant sur le mot circulalores, traitèrent de charlatans les partisans de la nouvelle doctrine. Mohère, par la bouche de Dïafoirus, et Boileau, dans son Arrêt burlesque, se sont beaucoup amusés des controverses qui s'agitèrent sur cette question, et où l'on mit presque autant d'animosité de part et d'autre que dans les fameuses luttes engagées à cette même époque entre les médecins admirateurs de la saignée et ceux qui préconisaient les mérites de l'antimoine. — (Cf. Les médecins au lemps de Molière, par Maurice Raynaud. Paris, 1863. Ed. Didier).

(2) Environ 300000 fr. de notre monnaie.

On était donc convenu du prix, et Chicoyneau, qui était en mesure de reconnaître en bonnes espèces sonnantes l'appui de Valot, avait été pourvu aussitôt de son brevet (i).

Du reste, le premier médecin de Sa Majesté n'avait pas eu beaucoup de peine à le faire signer par Louis XIV.

C'était un très puissant personnage que Valot. Classé à la Cour parmi les grands officiers de la maison royale, honoré des mêmes privilèges que le grand chambellan, anobli par sa charge, qui lui donnait le droit de porter le titre de comte et de le transmettre à sa descendance, membre du Conseil d'Etat, nul ne pouvait se flatter de pénétrer plus que lui dans l'intimité du prince et d'en obtenir plus de faveurs; On a dit souvent qu'il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre. Quelle grandeur peut résister aux indiscrétions forcées d'un apothicaire ? Louis XIV, si fier d'allures envers tout le monde, montrait une docilité d'enfant à l'endroit de son médecin, qui le droguait, le saignait et le purgeait à plaisir (2).

Toutefois, en accordant à celui-ci ce qu'il lui demandait, il n'avait entendu rien faire d'injuste. Valot avait appuyé sa demande de prétextes spécieux, qui pouvaient passer à ses yeux pour d'excellentes raisons. La charge de premier médecin à la Cour conférait à celui qui l'occupait une juridiction véritable et très étendue sur l'exercice de la médecine

(i) Cf. Mém. de Delort, t. L^ p. 196.

(2) La valeur scientifique de Valot est restée très contestée. C'est lui que Molière a mis en scène dans ï Amour médecin^ sous le personnage de Tomes, avec des Fougerais {Desfonaiidrès), Brayer (Bahis) et Guénaut [Macroion). Cf. Les médecins du temps de Molière, par Maurice Raynaud. — Guy Papin ne l'a pas épargné non plus dans ses lettres. Jalousie de confrère, peut-être. Voici ce qu'écrit Guy Papin, à propos de la consultation qui eut lieu lors de la dernière maladie de Mazarin, et pour laquelle Valot avait été appelé : « Hier, à 2 heures, dans le bois » de Vincennes, quatre de ses médecins (du cardinal), savoir : Guénaut,

dans tout le royaume. Cette juridiction, l'Université de Montpellier ne la respectait peut-être pas suffisamment. L'occasion se présentait aujourd'hui de lui rappeler qu'elle n'était pas un vain mot : pourquoi ne s'empresserait-on pas de la saisir ?

Il s'agissait d'ailleurs, dans l'espèce, de nommer un professeur de botanique destiné à devenir, en verlu même de ses fonctions, gardien et directeur du Jardin des plantes. Or, n'était-il pas, lui Valot, surintendant des jardins du Roi } A ce titre, cette nomination l'intéressait, et il lui semblait que, à Montpellier, on aurait dû tout au moins le consulter.

On ne l'avait pas fait. On s'était conformé aux statuts antiques de l'École; mais ces statuts, allait-on les considérer toujours comme l'arche sainte ? Et l'autorité royale était-elle donc si impuissante qu'elle ne put modifier à son profit les vieux règlements universitaires ? Le moment paraissait venu, somme toute, après qu'on avait centralisé tant de choses, de centraliser aussi l'enseignement. Et n'était-ce pas s'acheminer vers ce but que de désigner un professeur avant même que l'Université l'eût choisi ?

Des considérations de ce genre n'avaient point manqué d'impressionner vivement Louis XIV. Le prince les avait trouvées de son goût, et la nomination de Chicoyneau avait été enlevée sans difficulté.

)) Valot, Brayer et Béda des Fougerais alterquoient ensemble et ne » s'accordoient pas de l'espèce de la maladie dont le malade mouroit. » Brayer dit que la rate est gastée, Guénaut dit que c'est le foie, Valot » dit que c'est le poumon et qu'il y a de l'eau dans la poitrine ; des )) Fougerais dit que c'est un abcès du mésentère... Ne voilà-t-il pas » d'habiles gens ! Ce sont les fourberies ordinaires des empiriques et des » médecins de Cour qu'on fait suppléer à l'ignorance. Cependant, voilà » où sont réduits la plupart des princes. Sic merito plecluntur. » — (Cf. Le malade imaginaire^ acte III, se. x). Valot mourut en 1671, à l'époque de la guerre de Flandre. Il avait voulu suivre le Roi dans cette campagne et ne put en supporter les fatigues.

On comprend quelle dut être Tindignation de nos professeurs lorsque celui-ci vint, en montrant son brevet, faire opposition à Télection de Solignac. Bosquet, plus que tout autre, ressentit l'injure. Le mépris qu'on avait affecte en haut lieu des prérogatives 62 sa crosse, le marché odieux dont avait été l'objet le changement de situation de Chicoyneau, la fourberie de ce dernier, qui n'avait pas craint d'abuser de la confiance de son Evéque, en produisant une recommandation qui ne lui avait pas été délivrée pour faciliter sa nomination de professeur de botanique, tout l'engageait à protester, et il s'empressa de le faire.

Mais toutes ces protestations de Bosquet étaient inutiles* Elles avaient été prévues et, d'avance, on s'était armé pour y répondre.

Outre les raisons que nous connaissons, et dont Valot s'était servi pour obtenir le brevet de Chicoyneau, il existait des précédents dont on pouvait invoquer l'autorité. On citait notamment l'exemple de Pierre Richer de Belleval qui, en 1604 (9 août), avait eu du roi Henri IV des lettres patentes lui conférant le droit de se choisir un successeur. C'était en vertu de ces lettres patentes, et non à la suite d'un vote régulier de la Faculté, que Martin Richer de Belleval, son neveu, avait été mis en possession de la chaire de botanique, en 1623. On n'avait pas eu à se plaindre d'avoir rompu dans cette circonstance avec les voies ordinaires. Le Jardin des plantes de Montpellier devait beaucoup à la direction intelligente des deux Belleval. Il était permis d'espérer qu'ils se survivraient encore dans Chicoyneau. En confiant cette direction à leur neveu, le Roi ne se proposait pas seulement de récompenser par là leurs longs services : il appelait à les remplacer celui de tous les professeurs qui lui semblait le mieux préparé, par son éducation et ses souvenirs de famille, à continuer leurs traditions.

Chicoyneau resta donc bel et bien professeur de botanique.

Les intrigues de Valot allaient lui ménager bientôt une autre fortune. Le procès engagé pour le maintien de l'élection de Solignac avait empêché la Faculté de s'occuper de la nomination de son Chancelier ; mais Valot y songeait pour elle. Résolu à installer dans cette charge un homme souple et de caractère malléable, qui fût à la dévotion du Pouvoir pour favoriser la centralisation qu'on projetait et assez riche, d'autre part, pour que celui qui négocierait son élévation pût espérer d'être largement rétribué de ses démarches, il s'adressa à Chicoyneau.

Le neveu de Belleval, il faut le dire, était loin de s'attendre à une pareille offre. Son premier mouvement fut de la décliner. Il était encore trop jeune. Que ne choisissait-on, parmi ses collègues, un autre candidat ayant plus que lui de la réputation et du crédit, une grande expérience des hommes et des choses, et qui ferait meilleure figure que lui sous l'hermine ? S'il acceptait, on ne manquerait pas de lui reprocher sa présomption, et il soulèverait pour sûr dans l'Ecole une vraie tempête.

Mais de tels scrupules'contrariaient trop les plans de Valot, pour qu'il n'employât point toute son éloquence à les combattre. Chicoyneau n'avait vraiment pas assez d'audace. Sa nomination était certaine. Il n'avait qu'à la vouloir pour l'obtenir. Au reste, il ne s'agissait pour lui que d'y mettre le prix. Quant aux difficultés, elles comptaient peu. La volonté du Roi s'imposerait.

Les propositions de Valot étaient bien tentantes et la délicatesse de Chicoyneau peu scrupuleuse. Celui-ci, naturellement, se laissa faire.

Cependant, ces pourparlers n'avaient pas été tenus tellement secrets qu'il n'en eût transpiré quelque chose dans notre École. Aussitôt, les professeurs s'assemblent. Il faut

empêcher par un vote, disent-ils, cette nouvelle violation des statuts que l'on médite, et ils décident de procéder à l'élection du chancelier dans un délai de deux ou trois jours.

Cette élection eut lieu effectivement le jour indiqué, et, comme pour la chaire de botanique, ce fut le nom de Solignac, le plus sympathique des professeurs, qui sortit de l'urne.

Mais, cette fois encore, il était trop tard. Chicoyneau avait déjà entre les mains le brevet royal qui lui confiait la direction de l'Université de médecine.

Les protestations, comme bien Ton pense, furent des plus ardentes. L'Evèque surtout ne se résigna pas à cet effacement d'un trait de plume de ses plus essentiels privilèges. Il adressa ses plaintes à Séguier, dans une lettre où la conduite de Valot était sévèremenl appréciée.

(( Monseigneur, écrivait Bosquet, je ne vous serois pas » importun si l'obligation que j'ay de défendre les droits » de mon Eglise ne me pressoit. La charge de chancelier de » la Faculté de médecine de cette ville ayant vacqué, je l'ay » donnée en la forme ordinaire au plus ancien et plus habile » professeur ; au préjudice de quoi, le S. Chicoineau en a » eu un brevet du Roy. et depuis des provisions, pour de » l'argent que le dit Chicoineau dit avoir baillé à celuy qui )) les luy a procurez auprès du Roy. Cette charge par son » establissement dépend entièrement de l'Évesque de Mont- » pellier, qui commet cet officier pour les mesmes affaires de » l'Échoie, dont l'entière direction appartient à l'Évesque qui » seul donne les licences et réforme ce qui a esté mal fait » par le Chancelier, qui est comme son lieutenant et luy » preste serment de fidélité. Les bulles des Papes, les let- » très patentes ces Roys, les arrests du Parlement de Tolose » ont toujours confirmé ce droit épiscopal durant le cours » de cinq siècles et jusques à présent sans interruption. De

') sorte que je ne puis souffrir en conscience qu'un droit si ') bien establi soit enlevé à mon Eglise par une surprise mani- 0 leste qu'on a fait à l'autorité absolue de Sa Majesté. Je ) prens la liberté de m'en plaindre à Elle avec tout le respect ) que je dois, et j'espère qu'EUe considérera la justice de ma cause.

» Je n'ay pas voulu découvrir au Roy les voyes sales qu'on a tenu pour surprendre Sa Majesté ; mais, si les plaintes que je fais ne sont pas écoutées, il faudra par nécessité que je fasse voir au public que le seul intérest a fait agir M. Valot, son premier médecin, et non le désir, comme il dit, de restablir cette Université, laquelle, grâces à Dieu, j'avois remis dans sa première splendeur et qu'il jette dans le désordre par sa cupidité. Je scay bien qu'un homme de cette profession a l'oreille du Roy pour lui faire entendre ce qu'il voudra ; mais je suis aussi asseuré que le Roy est juste, et de plus que Dieu, qui prend sous sa protection particulière les Evesques qui défendent les droits légitimes de son Eglise, tient les cœurs des Roys en sa main et les tourne où il veut.

» J'espère encore. Monseigneur, que vostre justice ne me manquera pas en une rencontre si importante, et que, si vous ne trouvez pas à propos de trancher le neud en ma faveur, comme je vous en supplie, vous me ferez la grâce de me renvoier à mon juge naturel qui est le Parlement de Toiose, où toujours ces matières ont été traitées. » Il devroit suffire au dit sieur Valot du profit qu'il tire du jardin du Roy de cette ville, sans vouloir usurper encore les droits épiscopaux, lesquels s'il ne relâche. Dieu, qui estle défenseur de son Eglise, sera certainement le vengeur de l'injure qu'il lui fait... (i

(i) De Montpellier, 2^ sept. 1664. Autog. (Biblioth. nat., Mss. fr. n'' 1740:;, t. XXXIX, p. m8.)

— GT! —

Nous n'insisterons pas sur la suite de ces démêlés. Le Roi ne devait pas revenir sur sa signature.

En vain, les professeurs Solignac et Sanche se rendirentils à Paris, députés par leurs collègues, pour y défendre les droits de l'Université de médecine ; en vain Bosquet, dans une nouvelle lettre à Séguier, insista-t-il pour que celui-ci mît au service de leur cause le crédit dont il jouissait auprès du Roi (i) : rinfluence de Valot l'emporta sur toutes les bonnes raisons des deux députés et sur les instances de l'Evoque, Gagné par les promesses de ce dernier ou peut-être effrayé par ses menaces, Sanche se désista de son mandat (2). Ne se voyant plus soutenu, Solignac n'osa plus poursuivre, et

(i) u Monseigneur, écrivait Bosquet à la date du 27 novembre 1664, » je vous ay rendu compte plus au long des désordres causés dans la » Faculté de médecine de l'Université de Montpellier par la surprise d'un » jeune professeur qui, abusant de ma bonté et de l'affection que j'avois » pour feu son oncle, le sieur de Belleval, a obtenu du Roy des lettres de » professeur de botanique et de chancelier, quoique cette dernière » charge ait esté toujours en la disposition de l'Evesque, avec l'advis des » professeurs, selon sa fondation, qui a esté inviolablement exécutée » depuis plus de 400 ans jusques à présent, et que la chaire de botanique » soit, par sa fondation, de l'élection de l'Evesque avec les professeurs. » Je ne vous escris pas aussi, Monseigneur, cette lettre pour vous » importuner derechef d'un long récit, mais pour vous suplier très hum- » blement de vouloir protéger Messieurs Solignac, chancelier, et Sanche, » professeur, en la défense qu'ils vont poursuivre de leurs droits et des » privilèges de leur Université, lesquels, faisant une partie de ceux de » ma crosse, je suis aussi obligé de défendre en conscience et j'espère » que vous me ferez la grâce de considérer en justice les intérests de celuy ') qui est avec tout respect. Monseigneur, etc.. {a), »

(2) Sanche, « qui a toujours passé pour un fourbe, ainsi qu'il l'estoit en » effet, au lieu de soutenir le sieur Soliniac et l'Université, les trompoit » tous en ne faisant que ce que le sieur Valot vouloit, de quoy, le sieur » Soliniac s'estant aperceu, il se détermina par accepter les offres que le » sieur Valot lui falsoit. » {Mém. de DelorL t. I"", p. 198.)

(i7) De Gigcan, 27 novembre 1664. Autour. (Bibliolh. nat. Mss. fr.. N. 17405, t. XXXlX.fol. 128;)

il finit par accepter un accommodement dont Valot se chargea de faire confirmer toutes les clauses par un brevet particulier de Sa Majesté. Aux termes de cet accommodement, Solignac devait conserver ses prérogatives de conseiller du Roi et de doyen, avoir même la préséance sur le chancelier dans toutes les cérémonies où la masse ne paraîtrait pas. On lui accordait en outre la faculté de prendre un coadjuteur et de disposer d'une agrégation en ce moment vacante (i). Fâcheuses conces- . sions qui entraînaient la ruine des principes dont jusque-là notre Université avait vécu ! La vénalité allait pouvoir s'y donner désormais libre carrière. Quant à Chicoyneau, muni des provisions pour la chancellerie dès le 3 juillet i66|, il avait obtenu le 9 août d'abord, puis le 3 janvier 1665, deux arrêts du Conseil qui cassaient l'élection de Solignac et l'autorisaient à prendre sa place (2).

Force fut donc à l'Evêque de se soumettre. Séguier Ty avait engagé dans sa réponse.

La nomination de Chicoyneau était incontestablement entachée des pires abus. On pouvait discuter sa loyauté. Valot, par son âpreté au gain, ne s'était pas beaucoup honoré non plus dans cette affaire ; mais, ici, les personnalités ne comptaient pas. Ce qui s'imposait, c'était la décision prise par Sa Majesté d'intervenir directement, quand elle le jugerait à propos, dans les nominations universitaires. Le vieil ordre de choses avait fait son temps, et l'enseignement ne perdrait rien désormais à relever plus immédiatement de la Couronne.

Or, Bosquet était bien obligé de convenir, à part lui, que sur ce point le Chancelier avait raison.

( I ) Solignac vendit cette agrégation à un sieur Brunel pour 2000 livres. 11 reçut du coadjuteur qu'il se choisit — le sieur Durand — 400 livres d'or. De tous les avantages qu'on lui fît, il devait retirer, nous dit Delort {loc. cit.), plus de 14,000 livres en douze ans.

(2) Cf. Astruc. Hist. de rUnipcrsilS de médecine, p. 2G1.

Si l'Université de médecine avait repris un peu de vie à Montpellier, il n'en allait pas de môme des autres Ecoles. Tous nos collèges de fondation antique étaient déserts, et la Faculté de droit, quelque impulsion que Bosquet eût essayé de lui donner, continuait à ne plus faire que très rarement de nouveaux docteurs.

Les études juridiques périclitaient. Les étudiants se contentaient, pour la plupart, des premiers grades du baccalauréat ou de la licence, qu'ils obtenaient d'ailleurs sans travail, au moyen de manoeuvres frauduleuses, que l'incurie ou la connivence même des professeurs rendaient faciles. Pour mettre fin à ces abus, Bosquet avait bien exigé que toutes les lettres, soit de baccalauréat, soit d'autres grades, fussent transcrites sur un registre spécial où signeraient «le recteur, le professeur qui les aurait délivrées, et l'impétrant, assisté dé deux témoins connus et irréprochables» ; mais ces ordres de l'Evêque avaient soulevé, parmi la jeunesse paresseuse et frivole qui fréquentait l'Ecole de droit, un mécontentement unanime, et les professeurs, n'osant pas se rendre impopulaires, s'étaient abstenus de les appliquer.

Il n'y avait donc que la volonté royale pour imposer l'obéissance aux récalcitrants. Bosquet n'hésita point à y faire appel.

Ce fut alors que parut (octobre 1667) un arrêt de Louis XIV, défendant aux Universités du royaume de nommer a aucuns professeurs et agrégés jusqu'à nouvel ordre», et, en ce qui concernait nos Ecoles montpelliéraines, enjoignant à l'Evêque et à l'intendant de Bezons «de donner conjointement leur avis sur les abus universitaires de leur ressort et les moyens les plus propres à y remédier(i)».

(() Cf. Élude historique sur U École de droit de Montpellier, par M. Germain. (Mém. de V Académie des sciences et des lettres de Montpellier.)

Le rapport d'ensemble, dressé par Bosquet et M. de Bezons,ne fut prêt qu'au bout de dix-huit mois.

L'état du personnel et du matériel occupait la première place dans ce rapport. Comme l'Université de médecine^ la Faculté de droit avait à sa tète un chancelier, subordonné de l'Évèque, qui était le vrai chef de nos Ecoles et le conservateur de leurs privilèges. Venaient ensuite le recteur, le prieur, les professeurs, au nombre de quatre seulement, chargés de l'enseignement soit du droit civil, soit du droit canonique. La Faculté se composait, en outre, de tous les docteurs disséminés dans les divers corps judiciaires ou ecclésiastiques de la ville. Elle comptait dans ses rangs des présidents, des consuls, des trésoriers de France et de la Bourse, des chanoines, etc. On avait divisé tous ces docteurs en quatre classes, dont chacune assistait à tour de rôle aux examens. Quant aux locaux où avaient lieu les exercices, ils ne convenaient plus à leur destination. Le collège Sainte- Anne, ou collège des Lois, menaçait ruine, et le collège du Vergier, ou de la Chapelle-Neuve, d'ailleurs insuffisant, était dans un état de délabrement à peu près aussi misérable.

Restaient les projets de réforme. Bosquet formulait le vœu que deux ans d'études fussent exigibles de tout aspirant au baccalauréat, et qu'on ne reçut, aux épreuves de la licence et du doctorat, que ceux qui pourraient justifier de leur assistance régulière aux cours pendant la troisième année. Il appartiendrait à l'Évèque de choisir les textes des examens. Il continuerait aies présider en personne. Les professeurs ne seraient payés que sur son visa. Les chaires ne devaient plus être attribuées qu'au mérite et on n'y nommerait jamais un titulaire qu'après concours.

En attendant que ses vues eussent été sanctionnées par Sa Majesté, Bosquet publia, en mai 1669, une ordonnance où il attaquait vigoureusement d'autres abus.

L'épreuve publique était toujours précédée d'un examen priraUim, pour lequel un petit nombre de juges — trois seulement, le prieur et deux professeurs — était requis. Or, peu à peu l'usage avait prévalu d'y appeler tous les docteurs disponibles, et l'on en avait vu jusqu'à trente faire ainsi partie du jury. Cela n'allait pas sans occasionner aux candidats de fortes dépenses. La coutume voulait, en effet, qu'ils offrissent à chacun des membres de la commission d'examen un petit cadeau. C'était ou une boîte de dragées ou une paire de gants, quand ce n'était pas l'un et l'autre à la fois. Bosquet décida que, à l'avenir, les professeurs ne pourraient jamais s'adjoindre plus de trois docteurs dans ces sortes d'exercices. Il apura, en outre, la liste des docteurs où les noms des absents et même des morts avaient été maintenus, sans doute pour augmenter les petits bénéfices des vivants. Il fit mieux encore, il modéra de 104 livres 15 sols à 80 livres Fancienne consignation des écoliers.

Ces mesures étaient sages, elles étaient justes; mais les docteurs dont elles lésaient les intérêts protestèrent contre elles, et ils montèrent une cabale pour en empêcher l'application. Ce fut pour Bosquet une nouvelle épreuve. Elle ne contribua pas peu à modifier ses idées sur la centralisation qu'on méditait à Paris et à laquelle il s'était opposé dans le principe. Désormais l'expérience était faite. On ne pouvait plus compter que sur l'intervention du Roi pour rétablir Tesprit de discipline qui s'était perdu, et sauver du même coup une Faculté qui, par tous les abus auxquels elle se montrait si fort attachée, courait à sa ruine.

Le gouvernement, à dater de ce jour, ne devait pas avoir de meilleur auxiliaire que Bosquet dans cette question. Celui-ci s'attacha seulement à conserver aux Evêques leur prééminence dans les Écoles. S'ils ne pouvaient plus en être, comme par le passé, les chefs indépendants, il convenait

qu'ils y parussent comme les premiers représentants du pouvons royal.

Telle fut l'origine de la réforme universitaire que Louis XIV devait inaugurer dix ans après, dans un système beaucoup plus conforme aux besoins de Tépoque et à la préparation duquel nous sommes heureux de constater, avec M. Germain (i), que c'est l'honneur de Bosquet d'avoir contribué pour une large part.

Cette sollicitude de notre Evéque pour l'enseignement l'avait amené à reprendre son projet de création d'un séminaire, projet abandonné dans les circonstances que nous savons. Depuis ses tentatives infructueuses, il n'avait jamais cessé d'y songer. Il s'était ménagé peu à peu quelques ressources. L'opinion dominante dans le clergé était pour lui. La question lui sembla donc mûre, et il entreprit de la résoudre, avec la certitude que, cette fois, le séminaire pourrait vivre.

Il y avait à Frontignan des prêtres de l'Oratoire, dont il avait beaucoup apprécié, au cours de ses visites, la grande

(i) Cf. op. cil. (Mcm. de V Académie des sciences et des lettres de Montpellier.) — On sait que ce fut au mois d'avril 1679 que parut l'édit en 20 articles qui réglementait renseignement du droit dans le royaume. D'après cet édit, l'étude du droit français devait marcher de pair avec celle du droit civil et du droit canonique. Huit docteurs-abrégés furent adjoints aux titulaires des chaires. Ces agrégés, choisis d'abord par les professeurs, furent soumis eux aussi au concours à partir de 1700. Les nouveaux règlements portèrent aussitôt leurs fruits dans notre Ecole. Il y eut 2^ docteurs reçus en 1679, 17 de plus qu'en 1675 , la plus favorisée des dix années précédentes. Le chiffre des docteurs reçus durant cette période varie, en effet, de 2 à 8. La différence était donc devenue tout de suite très sensible. Mentionnons, en terminant, le transfert de notre École de droit du collège Sainte-Anne au collège du Vergier. Ce transfert devait avoir heu en 1683.

— hl i —

science et les édifiantes vertus (i). II pensa que, avec de telles garanties, ils pourraient lui être des aides précieux pour la réalisation de ses desseins, et comme, d'autre part, ils étaient établis depuis le commencement du siècle dans son diocèse, qu'il devait leur donner la préférence (2). Ce fut donc à eux qu'il s'adressa pour les associer à son œuvre et leur confier la direction des jeunes clercs.

En conséquence, le 24 avril 1665, des engagements furent pris entre lui et le Père Bouchard, délégué du Supérieur général, et consignés dans un contrat qu'on nous permettra de reproduire ici textuellement, d'après le document original qui est conservé dans nos archives.

(i) Le visiteur des oratoriens, de passage à Frontignan en i6'^9, avait constaté une estime générale de l Oratoire dans U esprit du peuple. Très orthodoxes, du reste, et au-dessus de tout soupçon de jansénisme, bien que le jansénisme dût trouver dans leur congrégation, quelques années plus tard, ses plus chauds appuis, ils avaient adhéré très fermement en 16)8 à la Constitution d'Innocent X et à la Bulle d'Alexandre VII, son successeur. Voici le texte du formulaire auquel ils avaient souscrit : « Nous soubsignés, prestres de l'Oratoire composant la maison » de Frontignan, déclarons et protestons que nous avons receu et » recevons avec tout respect et obéissance la Constitution du Pape Inno- » cent X, d'heureuse mémoire, en datte du 31 may i6=i3, comme aussy » la Bulle d'Alexandre VII, à présent séant au Saint-Siège apostolique, » du 16 octobre 16^6, et que nous nous y soumettons dépure et sincère » volonté. Fait à nostre dicte maison de Frontignan, le quatrième jour » du mois de mars mil six cents cinquante-huit. Signés : M. Laurens, » supérieur, Roumé , J. Dufornel, Laurens, Barzème, Bouchard.» (Arch. dép. Fonds de l'Oratoire).

(2) La maison de l'Oratoire de Frontignan datait de 1603. Elle avait été fondée par des prêtres de la congrégation de Saint-Philippe-de-Néri, dits prêtres réformés de la doctrine chrétienne, envoyés d'Aix où ils avaient un établissement très important. Le Cardinal de Bérulle, encouragé par saint François de Sales et le vénérable César de Bus, ayant institué en 161 1 l'Oratoire de France, toutes les maisons de l'Oratoire de Provence, dont celle de Frontignan dépendait, furent rattachées, huit ans plus tard (161 9), à la nouvelle institution du Cardinal.

(( Il a esté accordé et convenu entre Monseigneur l'Iir" » et R'"' François Bosquet, Evesque de Montpellier, et le » R. P. Hugues Bouchard, prestre de la Congrégation de » rOratoire, aiant pouvoir du R. Père général :

» i' Que mon dit Seigneur commet la direction de son » séminaire dans la ville de Montpellier aux dits Pères de » l'Oratoire.

» 2° Pour la direction duquel séminaire et instruction » des ecclésiastiques qui y seront receus, les dits Pères » seront au nombre de trois prestres pour le moins, lesquels » prendront le soin d'élever et instruire les dits ecclésias- » tiques — tant ceux qui demeureront en pension dans le » dit séminaire que ceux qui viendront de dehors, tant de » la ville que diocèze de Montpellier — dans la piété et » l'esprit ecclésiastique, selon le règlement fait par le dit » seigneur Evesque pour la conduite du dit Séminaire.

)) 3° Davantage feront les dits Pères : i. Une ou deux » fois la semaine, à heure certaine et réglée, des entretiens » et conférences sur les matières ecclésiastiques, qui regar- » dent tant la piété et honnesteté des mœurs, que la disci- » pline et l'ordre de l'Église. 2. Enseigneront deux ou trois » fois la semaine, aux jours et heures destinés, la théologie » morale, et principalement celle qui regarde la matière des )) sacrements. 3. Dirigeront dans les exercices spirituels tant » ceux qui se prépareront à recevoir les ordres que les » ecclésiastiques qui auront la dévotion d'y faire quelque » retraitte.

» 4"" Et afin que les dits Pères ne travaillent pas à leurs » propres dépens, le dit seigneur Evesque promet de leur » faire donner pour leur subsistance la somme de mille livres » par an, paiable par quartiers par avance; scavoir : deux cent » cinquante livres chaque trois mois, dont les premiers » commenceront le premier jour du mois de may prochain.

— GTO —

Et en outre leur baille tous les meubles et ustancilles qui sont à présent dans le dit séminaire et qui luy appartiennent, dont il sera fait inventaire en les leur délivrant. » 5"* Et moiennant la ditte somme de mille livres, les dits Pères de l'Oratoire ne pourront demander autre chose au dit seigneur Evesque, ni à son clergé, soit pour leur entretien ou louage de la maison servant au séminaire, soit pour meubles ou ustancilles, encore que le nombre des dits Pères fut à l'avenir plus grand, soit en prestres, ou confrères, ou domestiques et serviteurs.

» 6" Ne pourront néanmoins les dits Pères de l'Oratoire diminuer jamais le nombre susdit de trois prestres, lesquels devront estre toujours capables de faire les susdites fonctions et exercices au gré du dit seigneur Evesque, auquel ils seront présentés et de lui aprouvés avant qu'ils entreprennent les dits exercices. Et seront changés lorsque, pour des raisons importantes, le dit seigneur Evesque le jugera à propos, après en avoir consulté le supérieur et directeur principal du dit séminaire ou le R. P. supérieur-général.

» 7° Ne seront tenus les dits Pères de l'Oratoire de nourrir les ecclésiastiques qui désireront demeurer dans le dit séminaire pour y estre instruits, ou faire des retraittes pour Tordination ou autre raison spirituelle. Mais les dits ecclésiastiques leur paieront une pension raisonnable et modérée dont ils conviendront avec les dits Pères. » 8" Les dits trois prestres et autres, soit prestres ou confrères ou domestiques de la même congrégation, seront sous la jurisdiction ordinaire et obéissance du dit seigneur Evesque.

» 9° En cas qu'à l'avenir les dits prestres de la congrégation puissent trouver un fond suffisant pour fonder une maison et s'establir dans la dite ville de Montpellier pour

» y faire leurs exercices conformément à leur institut, le dit

» seigneur Evesque leur en donnera la permission nécessaire,

» à condition que si tel est le bon plaisir du dit seigneur,

» les dits Pères continuent à prendre la conduitte du dit

» séminaire en la forme et condition qu'il sera convenu entre

» eux dans ce cas.

» Fait à Montpellier, le vingt quatriesme jour d'avril mil six cent )) soixante-cinq.

» François, Evesque de Montpellier.

» Bouchard, prestre de l'Oratoire, signés (i).

L'Évêque, on le voit, avait pris toutes ses précautions pour le fonctionnement régulier et normal du nouvel institut. Il s'était réservé le droit de révoquer les directeurs dès qu'ils cesseraient d'administrer ou d'enseigner selon ses idées. Exercé par un Pontife jaloux de maintenir les saines doctrines, ce droit-là était précieux. Par ce temps d'ardentes luttes théologiques où les corporations religieuses elles-mêmes avaient fourni tant d'adhérents au jansénisme, il était sage de se prémunir contre le cas où les prêtres de l'Oratoire feraient défection à l'orthodoxie. Bosquet pensait sauvegarder suffisamment ainsi les intérêts catholiques dans son diocèse. 11 ne pouvait pas prévoir que le trône épiscopal de Montpellier serait occupé, après son successeur immédiat, par un Colbert.

Aux termes du contrat qu'on vient de lire, Tinternat restait facultatif pour les élèves. Il n'était pas encore entré dans les mœurs. Cela ne devait pas empêcher les externes d'être surveillés de très près. Le temps était passé où ils pouvaient

(i) Arch. départ. Fonds de l'Oratoire.

se mêler aux divertissements plus ou moins bruyants de leurs camarades des autres Facultés montpelliéraines. On exigeait d'eux plus de tenue, une manière de vivre plus ecclésiastique, une régularité absolue aux leçons de leurs maîtres et aux exercices spirituels de la maison. Ce n'était pas la perfection, sans doute; mais il y avait pour le moment, dans ce système, des garanties vraiment sérieuses, et notre clergé diocésain ne devait pas tarder à s'en ressentir.

Au reste, il n'y avait pas que l'opposition des mœurs et des habitudes pour rendre actuellement impraticable l'obligation de l'internat. La question du local y était certainement pour quelque chose ; et cette question-là, en vérité, il n'était pas aisé de la résoudre.

Le séminaire n'avait pas encore de logement. On aurait pu lui attribuer, à la rigueur, l'ancien collège du Vergier, situé à la Chapelle-Neuve, et qui était depuis longtemps dépourvu d'élèves ; mais, outre qu'il eût fallu y dépenser en grosses réparations une très forte somme, la seule partie qui en fût habitable était occupée par le prieur. Or, ce prieur, Etienne Gras, membre du chapitre cathédral, était déjà avancé en âge, et TEvêque, par un sentiment de délicatesse qui l'honorait, répugnait à troubler les derniers jours de ce vieillard en le dépossédant d'un bénéfice dont il était cependant avéré qu'il n'avait plus aucun droit de jouir. Etienne Gras, malgré ses années, devait avoir encore la vie longue, et le collège du Vergier était réservé à d'autres destinées (i).

Jean de Sartre, ce même conseiller à la Cour des comptes que nous avons vu abandonner si généreusement aux récollets les terrains du tènement de Villefranche pour la construction de leur couvent, voulut être pour la seconde fois, dans ces

(i) Il était appelé à devenir, en 1683, le siège de notre Faculté de droit.

circonstances difficiles, l'auxiliaire de la Providence. Il fit don aux Pères de l'Oratoire d'un immeuble qu'il possédait rue de la Vieille-Aiguillerie et qui confrontait par-derrière la rue de la Salle-l'Evèque et le jardin des Pères jésuites ; mais l'espace occupé par cet immeuble était bien restreint, et professeurs et élèves, encore qu'on ne comptât pas avoir beaucoup de pensionnaires au début, y eussent été trop à l'étroit.

M. de Sartre, sur la demande qui lui en fut faite par les oratoriens, n'hésita pas à leur louer une maison voisine où il habitait et qui était également sa propriété. Il ne s'en tint pas là. Pour compenser le prix de la location, il leur remit une somme de looo livres, dont une partie devait être employée, par eux, aux réparations les plus urgentes, et l'autre, servir à la fondation d'une retraite spirituelle de dix jours pour trois ecclésiastiques de Montpellier.

Le séminaire fut donc installé dans ce local, sous la direction du Père Pierre Pons, assisté de deux de ses confrères, les Pères Vincent Allard et Pierre Fille. Dès le principe, ces trois prêtres surent prendre sur les élèves une influence décisive. Par leur piété aimable, par leur bonté et leur douceur, ils achevèrent de les gagner à l'oeuvre nouvelle, et, sous ce rapport, toutes les espérances que Bosquet avait pu concevoir furent dépassées. Il y avait à peine deux ans que le séminaire était établi à la Salle-l'Évêque que les locaux dont on y pouvait disposer étaient devenus trop petits : il fallut songer à l'agrandir (i). Les directeurs, de leur côté, ne se trouvaient plus assez nombreux pour suffire à leur tâche ; on dut leur adjoindre de nouveaux collègues.

(i) Les oratoriens acquirent alors, au prix de 21^0 livres, des sieurs Castaing, Bardy et Jourdan, une maison attenant au levant et au nord avec leur propre maison. (Voir Thomas, Le Séminaire de Montpellier,

Ce fut alors que les oratoriens, qui avaient conservé leur établissement de Frontignan^ demandèrent, en exécution d'une des clauses du traité passé entre l'Evoque et eux, l'autorisation de transférer au chef-lieu leur domicile.

Cette translation ne s'effectua pas sans entraves. Pour mille bonnes raisons, les habitants de Frontignan ne pouvaient la voir de bon œil. Ils avaient fait beaucoup de sacrifices pour l'Oratoire. C'était avec les ressources de la ville et les aumônes des fidèles que l'église, le couvent et ses annexes^ la maison d'école et l'hospice avaient été construits et pourvus ensuite d'un mobilier convenable. Les Pères, sans doute, s'en étaient montrés reconnaissants en ne m.archandant jamais leurs services. Ils avaient été très utiles à la population frontignanaise ; mais cette raison précisément n'était pas faite^ on le comprend bien^ pour atténuer les regrets qu'occasionnait leur départ.

Les consuls protestèrent au nom de la ville. Les habitants pétitionnèrent. L'Evêque n'en tint aucun compte. Le 4 avril 1674, il publia une ordonnance qui sanctionnait l'établissement définitif des prêtres de l'Oratoire à Montpellier, et dans laquelle il exposait très nettement aussi les graves motifs qui lui avaient dicté sa résolution. L'intérêt particulier d'une communauté ne pouvait l'emporter sur l'intérêt général du diocèse.

Mais les consuls de Frontignan n'étaient pas d'humeur à s'incliner devant des considérations de cette nature. En vain le Roi lui-même avait-il, par lettres patentes datées du camp devant Dole, au mois de juin 1674, approuvé l'ordonnance épiscopale du 4 avril, ils ne se découragèrent pas dans leur résistance. Ils en appelèrent comme d'abus au Parlement de Toulouse. Malheureusement, pour eux, l'affaire ne put être introduite au Parlement. Bosquet, en homme avisé, l'avait fait porter aussitôt au Conseil d'État, et celui-ci, par

un arrêt du 3 janvier 1675, confirma purement et simplement toutes les mesures que l'Evêque avait prises. Il ne restait plus aux consuls que de recourir directement à Sa Majesté. C'était leur dernière et suprême ressource : ils l'employèrent, toutefois, sans réussir davantage. Un nouvel arrêt, en date du 20 décembre 1675, les débouta de leur appel et donna définitivement gain de cause à l'Evêque de Montpellier.

Bosquet ne devait pas jouir longtemps de son œuvre. Six mois plus tard il descendait dans la tombe. Mais le séminaire était créé, et, bien qu'il ne disposât encore que de revenus insuffisants, vu l'augmentation progressive de ses charges, on n'avait plus à s'inquiéter de son avenir (i). Pradel et Colbert devaient en faire l'objet principal de leur sollicitude. Il n'y avait pas dans les diocèses environnants et bien loin à la ronde d'institut ecclésiastique plus florissant, lorsque le jansénisme vint y semer sa mauvaise ivraie. Les oratoriens de

(i) Le séminaire fut maintenu dans les immeubles de Tîle de la SallerÉvêque jusqu'en 1689. A cette époque, les oratoriens vinrent s'établir tout à côté de l'ancienne église de Sainte-Foy, devenue la chapelle des Pénitents-Blancs, dans une vaste maison sur l'emplacement de laquelle s'élève aujourd'hui la maison Alicot;, et qu'ils avaient payée 1 3 .000 livres à son propriétaire, Michel Jacquet, conseiller du Roi et juge de la ville et viguerie d'Aigues-Mortes. En 1703- 1704, ils obtinrent l'annexion à la mense du séminaire du prieuré de Montaubérou, qui appartenait à l'ordre de Grandmont et de ses dépendances, le prieuré de Montesargues au diocèse d'Avignon et le moulin du Roc au pont de Castelnau. Un peu plus tard (1707), Colbert, en les chargeant du service paroissial dans la nouvelle église de Saint-Denis, stipula que les revenus de cette église seraient employés en grande partie à l'entretien de l'institut. Il eut même la pensée de transférer le séminaire dans la maison curiale qu'il fit bâtir à côté de l'église; mais ce projet n'aboutit pas. Le local de la rue Sainte-Foy ne devait être abandonné que sous l'épiscopat de Renaud de Villeneuve, et quand celui-ci eut rompu avec l'Oratoire. Toutefois, ce ne fut pas près de Saint-Denis, mais près de Saint-Pierre, dans un immeuble de la rue des Carmes, que le séminaire fut alors installé.

Montpellier avaient adopte les doctrines du P. Quesnel. Colbert, devenu l'un des plus ardents protestataires contre la bulle U/n'gcniliis et Tun des champions les plus hardis et les plus violents de l'hérésie renouvelée, les couvrait de son autorité et rendait obligatoire aux jeunes clercs l'assistance à leurs leçons, et cela, malgré les attaques des PP. Jésuites, malgré les ordonnances de Louis XV, malgré l'opposition du Chapitre et du clergé des campagnes, dont ce fut l'honneur, dans ces circonstances délicates, de rester fidèles à l'enseignement traditionnel. Notre séminaire fut transformé ainsi en une pépinière d'hérétiques. Les mécontents, appelants et réappelants des autres diocèses, vinrent y chercher un refuge, et Montpellier, grâce au concours de tous ces éléments, put passer pour être un des boulevards les moins faciles à réduire du jansénisme. Les oratoriens et l'Evèque y avaient fait de nombreux adeptes. Les curés de la ville, presque tous les monastères de femmes, quantité de personnes dans les divers ordres de la magistrature et la classe lettrée, étaient pour eux. Le mal, dans ces conditions, devait encore persister longtemps. Le successeur immédiat de Colbert, Charancy, employa les dix années de son épiscopat à le combattre (1638-1648). Il ferma provisoirement le séminaire, envoya les clercs qui le fréquentaient étudier à Agde, à Avignon et à Nimes, et ne rouvrit la maison que sur l'assurance qui lui fut donnée par le Supérieur général de l'Oratoire que les professeurs nouvellement nommés seraient d'une irréprochable orthodoxie. Cette promesse ne fut tenue qu'en partie. Deux professeurs sur cinq, quelque soin qu'ils prissent de dissimuler leurs sentiments, ne tardèrent pas à être convaincus de quesnellisme. La lutte recommença donc et eut pour conséquence, cette fois, de déterminer Charancy à faire choix d'ecclésiastiques séculiers pour desservir la paroisse de Saint-Denis, que Colbert avait, depuis sa fondation, confiée

aux prêtres de l'Oratoire et annexée au séminaire. Celui-ci n'en était pas moins resté sous la direction des oratoriens, lorsque l'Evèque Charancy vint à mourir. François Renaud de Villeneuve (i), qui fut appelé à lui succéder, réduisit bientôt cette direction à n'être plus qu'un vain titre (2). Les séminaristes reçurent de lui ordre de se rendre au séminaire sulpicien de Viviers pour s'y préparer aux saints ordres. Cet état de choses dura jusqu'en 1762, époque à laquelle, après bien des luttes, et moyennant une indemnité de 33.000 livres, que Renaud de Villeneuve leur paya comptant, les oratoriens se retirèrent pour céder la place à des prêtres du diocèse. L'administration du séminaire était entre les mains de ces derniers quand éclata la Révolution.

(i) François Renaud de Villeneuve était Evêque de Viviers. Un de nos savants confrères et collègues à la Société d'archéologie, M. l'abbé Saurel, achève en ce moment la vie de ce Pontife, dont une partie a paru déjà dans les Mémoires de V Académie des sciences et des lellres de Montpellier.

(2) Tiiulus sine re. (Nouvelles ecclés., 1760.) Cf. pour plus de détails l'intéressante monographie de M. Eugène Thomas: le Séminaire de Montpellier.

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