Desboulmiers, Mercure de France, septembre
2. Le Palais-Royal ou Mémoires secreis de la duchesse d'Orléans, cité par de Goncourt, donne Boucher comme premier amant à la duchesse d'Orléans. Le livre est sans valeur et l’anecdote est contée de façon à perdre toute vraisemblance. Il ne reste à garder, comme indication très générale, que cette phrase : « Boucher était jeune, beau, aimait les belles femmes comme les beaux tableaux, les statues antiques, et généralement tout ce qui était rare, et jamais un joli modèle ne sortit de son atelier sans qu'il eut obtenu d'elle les dernières faveurs. »
« Il n'avait pas vu les Grâces en bon lieu, » devait écrire Marmontel qui le rencontra par la suite, avec La Tour, Carle Vanloo, Lemoine le sculpteur, Vernet, Soufflot, d’autres encore, aux lundis artistiques de M" Geoffrin'.
Il trouva pourtant, au milieu d’une existence à la fois si laborieuse et si dissipée, le temps de se marier, — ce qui n’est pas, après tout, le fait d’un grand corrompu. Cette formalité, il est vrai, n’engageait pas alors à grand'chose, et Boucher lui-même ne se piqua jamais d’une fidélité farouche. Il est du moins équitable de penser qu'il fut d’abord sincèrement épris de sa femme et qu’il l’'épousa par amour sur sa jolie mine. Elle s'appelait Marie-Jeanne Buseaux, était née à Paris le 8 janvier 1716°, et avait par conséquent dix-sept ans et trois mois le jour de son mariage, célébré le 21 avril 1733, à l’église Saint-Roch, d’après l’acte publié par M. de Goncourt.
On a conservé dans une collection privée de Bordeaux le portrait de M*° Boucher, exposé par La Tour au Salon de 1737. « Le pastelliste, écrit M. de Goncourt, nous la montre blonde avec des yeux bleus d’une infinie douceur, et le sourire le plus malin. Elle est représentée dans une robe de satin blanc, décolletée en carré et garnie d'une ruche, le cou légèrement voilé par la dentelle d’une écharpe et tourmentant un éventail fermé de ses jolies mains gantées de mitaines blanches sans doigts et doublées de rose. » En 1761, Roslin exposait un autre portrait de M" Boucher, « qui est toujours belle, » disait Diderot”, et le Nécrologe de 1771, faisant allusion à cette beauté célèbre : « Nous ne pouvons laisser ignorer qu'ayant eu,
comme l’Albane, le bonheur de choisir une compagne qui püût sans cesse
1. « Boucher avait du feu dans l'imagination, mais peu de vérité, et encore moins de noblesse; il n'avait pas vu les Grâces en bon lieu; il peignait Vénus et la Vierge d’après les nymphes des coulisses; et son langage se ressentait ainsi que ses tableaux des mœurs de ses modèles et du ton de son atelier. » Mémoires de Marmontel, t. I, p. 1209. Édition de 1804, in-8°.
2. Extrait des registres de bapléme de la paroisse Suint-Nicolas-des-Champs. « Le neuf janvier mil sept cent seize a été baptisée par nous prêtre soussigné, Marie-Jeanne, fille de Jean-Baptiste Buseaux, bourgeois de Paris, et de Marie-Anne Sédeville, sa femme, demeurant rue du Temple. Le parrain, Antoine Foule, suisse de cette paroisse; la marraine, Marguerite Bulet, femme d’Antoine Pingnet, demeurant rue du Temple. Le père absent. » (Arch. nat. O!, 660.)