Édition Tourneux, t. X, p
lui retracer l’idée de ses grâces fugitives, il sut, comme ce grand homme, en faire le plus heureux usage pour son art. »
On trouve une confirmation de cet indiscret renseignement dans une note curieuse, à plus d’un titre, tirée des papiers de Bachaumont. Boucher, ayant à fournir une série de tableaux empruntés à la fable de Psyché, avait prié son ami de lui indiquer les sujets à choisir. Bachaumont lui répondit : « Pour l'amour de vous, j'ai relu la Psyché de La Fontaine... non seulement il y a dans cette histoire de quoi faire plusieurs tableaux, mais une galerie entière, quelque longue qu’elle fût. Vous la peindriez, si j'étais Louis XV. Vous auriez pour cela plus d'avantages qu'aucun autre, indépendamment de vos talents; heureux Apelle, qui avez une Psyché vivante chez vous, de laquelle vous pourrez faire une Vénus, quand il vous plaira... ; » et après une longue description des scènes choisies par lui, il ajoutait comme dernier conseil : « Je vous exhorte à lire Psyché, opéra de Quinault, et Psyché, comédie de Molière : cela donne toujours des idées..….; l'esprit remué échauffe la tête et anime la main, et cela ne peut que bien faire. On peut voir aussi par curiosité la Psyché de Raphaël, gravée par Marc Antoine, à ce que je crois ; elle est chez M. Crozat et chez M. Mariette. Mais ce qu'ilya de mieux à faire, c'est de lire et relire la Psyché de La Fontaine, et surtout de bien regarder M" Boucher. »
S'il faut en croire les révélations posthumes des bibliothèques, Boucher ne fut pas longtemps seul à regarder sa femme, et, s'il la négligea souvent, elle sut se consoler quelquefois. On lit en effet, dans un exemplaire de Faunillane ou l'Infante jaune (1741, in-4° avec l'adresse : À Baninopolis), cette note manuscrite d’un bibliothécaire de M. Paulmy : «Ce roman est du comte de Tessin, ambassadeur de
‘Suède en France, qui, amoureux de M* Boucher, fit, pour avoir
occasion de la voir souvent, faire les dessins des estampes par son mari, Boucher, le peintre. Il en distribua très peu d'exemplaires et en fit même tirer une très petite quantité... Sur le point de retourner en Suède, il fit présent de ces planches à Duclos, aujourd’hui (1767) secrétaire perpétuel de l’Académie française, lequel a composé, pour en tirer
1. Recueil manuscrit de l'Arsenal (327, H. F.), publié dans la Revue universelle des Anis ARE ED 4000)