‹ François BoucherChapitre 2 sur 283 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

tombés dans le galetas de la brocante. » En 1806, à la vente du marchand Lebrun, une Vénus sur les eaux, contenant onze figures grandeur nature, était retirée des enchères sans trouver acquéreur à 180 francs; en 1822, à la vente Saint-Victor, un paysage de Boucher était adjugé à 22 fr.; un Berger apprenant à jouer de la flûte à sa bergère, à 41 francs. À l'apparition d’un tableau d’un autre peintre des Grâces, mais des Grâces mélancoliques et voilées, la Vénus et Adonis de Prud’hon, le critique du Journal de l'Empire* dénonçait avec indignation ce retour inquiétant d’un idéal proscrit et, menaçant le coupable de lopprobre suprême « de Boucher de ridicule mémoire, de Boucher maudit, » lui donnait le conseil impérieux

de « quitter ce genre, sous peine de devenir dangereux pour l'Ecole. »

Il n’est pas jusqu'à Viardot, habituellement moins féroce, qui ne refuse « de s'arrêter » devant les dessins de Boucher, « faux, fades, licencieux et ennuyeux comme ses dessus de porte; » il proteste contre ce nom usurpé de peintre des Grâces, et s’écrie : « Comment les Grecs eussent-ils reconnu là leurs divines Charites l° »

C’est qu’en effet les Grecs et les divines Charites n'ont rien à faire ici. Nous sommes en France, au xvi siècle, et Boucher nous intéresse justement parce qu'il appartient corps et âme à la France et au xvi° siècle. Ce serait sans doute une exagération singulière de résumer en lui tout l’art de son époque; il n’en représente qu'un côté; il n'égale ni Watteau, ni Chardin; il est exclusivement mais il est par excellence le peintre de Louis XV et de la Pompadour.

Il n'appartient pas à la race des précurseurs solitaires; il n’a rien apporté à son temps qui ne fût attendu et immédiatement compris; il ne lui a montré en somme que sa propre image dans un miroir enguirlandé de roses. Doué d’un esprit aimable et moyen, il reflète fidèlement — j'allais dire naïvement — l'idéal du monde qui l'entoure, le rêve d’une société folle de plaisirs, lancée dans un carnaval perpétuel, ne demandant à la nature et à la vie que le spectacle de leurs apparences

1. Gault de Saint-Germain, Les Trois siècles de la peinture en France ou Galerie des peintres français depuis François I‘ jusqu'au règne de Napoléon, empereur et roi. (Paris, 1808, in-8°, p. 224, 226, 227 passim.)

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