‹ François BoucherChapitre 3 sur 283 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

joyeuses et de leurs formes arrangées en vue d’un divertissement sans fine

Une des belles amies du président Hénault, M" de Civrac, ayant été envoyée aux eaux — d’où elle ne devait revenir que mourante — Je président prit soin d’organiser une série de fêtes dans tous les lieux où elle s’arrêterait : à Bernis, un groupe de seigneurs costumés en anciens chevaliers français, accompagnés des meilleurs musiciens de la chapelle du Roi, lui chantent des couplets composés par le président; à Nemours, les mêmes vont l’attendre en habits de villageois et de villageoises ; ailleurs, en bourgeois... et la malade s’achemine ainsi vers la catastrophe finale, dans un décor renouvelé à chaque étape de pastorale et de féerie... Ce voyage d’une mourante au milieu de plaisirs artificiels et de jolis déguisements, c’est le symbole même de la société élégante du xvin siècle, s’amusant aux mythologies amoureuses et aux idylles factices de son peintre favori.

Mais cet amuseur était un peintre de race, merveilleusement doué pour son métier et pour son art, né, comme a dit Mariette, « le pinceau à la main. » Ces images, qui flottaient en quelque sorte dans l'air de son époque, il les a fixées sur la toile avec une aisance primesautière, une verve amoureuse et comme une joie communicative. L’élévation et l'intimité sont également absentes de son œuvre; il a survécu pourtant à la mode dont il fut le témoin et le représentant — dont il faillit devenir la victime

— parce qu'il a cru en somme à tous ces jolis mensonges et qu'il a su q

ainsi communiquer la vie aux formes conventionnelles d’une esthétique épuisée.

Tout, sans doute, n’est pas également bon dans son œuvre immense: le médiocre, le mauvais, l’ennuyeux même s’y rencontrent à côté de l’exquis. Mais la main et la flamme d’un véritable artiste y sont assez visibles pour que — sans parler des exigences de l’histoire — la place de Boucher doive être maintenue au livre d’or de l’art français, trop souvent lacéré par des mains françaises.

Nous avons vu la fin de la réaction violente où sa gloire semblait menacée de sombrer à jamais. Les amateurs ont été les premiers à revenir au maître délaissé, et le marteau des commissaires-priseurs, qui est un peu aujourd’hui comme un autre « sceptre de la critique, » a officielle

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