PLANCHE VII, — DIANE AU BAIN
(Musée du Louvre)
Les adversaires les plus passionnés de Boucher n'ont pu trouver de critiques à formuler contre cette œuvre, l'une des plus populaires de la peinture universelle parce qu'elle est l'une des plus belles. Jamais aucun peintre, depuis Corrège, n'avait su revêtir la beauté féminine de formes aussi pures et d'un charme aussi absolu. Le paysage n'est d'ail leurs pas moins beau que les jolies baigneuses.
qui marque la période la plus brillante et la plus spirituelle de notre histoire. Ces goûts, qui ne sont plus les nôtres, n'en conservent pas moins une saveur piquante, que nous aimons à retrouver, et dont peut-être, au fond de nousmêmes, nous regrettons la disparition.
A l'époque où Boucherpeint ses Pastorales^ il est en pleine possession de son talent. Travailleur infatigable et d'une fécondité extraordinaire, il suffit à peine aux innombrables commandes qui lui arrivent de toutes parts. La Cour, la ville se le disputent : il décore les palais, les salons, les boudoirs, les cabinets, les petites maisons. Sa production est innombrable. Dans cette courte étude, il serait impossible de citer toutes les œuvres dans ce genre. Voici pourtant les principales : Les Amants surpris, V Agréable leçon, l'Amusement de laber gère, les Amusements de la campagne, les Amusements de l'Hiver, les Charmes du Printemps, les Plaisirs de l'Eté, les
Délices de l'Automne (les quatre derniers tableaux furent peints pour M"' de Pompadour) ; la Baigneuse surprise, le Berger récompensé, les Confidences pastorales, les Deux confidentes, les Charmes de la vie champêtre, la Cornemuse, la Belle Dormeuse, les Douceurs de l'été, l'École de l'amitié, l'Enfant berger, l'Enfant bergère. Elle mord à la grappe, la Fontaine d'amour, le Goûter de l'automne, le Colin-Maillard, la Fille à l'oiseau, le Joueur de musette, Ma houlette est pour Colin, Mon moineau est pour Colette, le Messager discret, l'Obéissance récompensée, le Panier mystérieux, la Porte secrète des amoureux^ le Cadeau du berger, l'Heureux Pécheur, le Bonheur au village, le Goûter sur l'herbe, la Danse sur l'herbe, Silvie délivrée par Aminthe,etc.j etc., et une foule de tableaux champêtres simplement intitulés : Sujet pastoral.
" La pastorale de Boucher, écrit Gustave Kahn, c'est une fusion du tableau de genre et
du tableau mythologique". Il peint des bergers et des bergères, mais très souvent la mythologie y apparaît sous la forme de nymphes séduisantes ou d'amours qui viennent assister au doux colloque des amoureux ou tresser des guirlandes à leurs pieds. Pour ses pastorales, pour sa mythologie, le faire de Boucher est éblouissant. Il a un souci suprême, primordial : l'arrangement. Il le veut plein, ordonné, compliqué, amusant; il ne recherche point les grandes lignes nobles; il veut donner de l'imprévu, de la surprise, du détail ingénieux, encore du détail spirituel, et qu'après avoir longtemps regardé son tableau, l'amateur y retrouve encore en quelque coin une piquante nouveauté, une beauté qu'on n'a pas encore entrevue. C'est pourquoi il détaille la nature de ses pastorales, c'est pourquoi, comme disent les Concourt, " il fait monter la mousse aux congélations des marbres ruinés : il cache
l'herbe sous le bouillon blanc, il entrelace les saxifrages, il noue la vigne folle en rideaux, il encadre les paysages et les nymphes dans des tentures de sapin aux grands bras qui penchent et balancent leurs longs effilés verts sur le corps des baigneuses ".
Que les pastorales manquent de simplicité champêtre, cela n'est pas douteux et nous l'avons déjà signalé. Boucher, en attifant ainsi ses personnages et ses paysages, ne fait que se conformer au goût de son époque et ceci explique pourquoi le goût de l'époque suivante ayant changé, son art tomba subitement dans le plus complet discrédit.
Ses allégories n'eurent pas un meilleur sort. Mais la postérité, qui voit plus juste parce qu'elle voit de plus haut et de plus loin, a restitué à Boucher l'éminente place qu'il mérite d'occuper dans l'histoire de l'art français.
Décoratives avant tout, les scènes allégo-
riques de Boucher sont admirablement adaptées à l'usage auxquelles elles étaient destinées. Vues comme aujourd'hui en dehors de leur cadre, elles perdent une bonne part de leur valeur meublante, sinon de leur qualité intrinsèque. Il faudrait leur restituer le décor qu'elles ornaient : panneaux sculptés où courent des guirlandes, trumeaux ouvragés et précieux, tympans dorés et festonnés d'arabesques. Dépouillées de ce soutien nécessaire, les toiles de Boucher ressemblent à des diamants qu'on aurait desserties de leur alvéole d'orfèvrerie. Et, malgré cela, quelle étrange fascination provoquent ces compositions brillantes où flamboient, au milieu de l'azur et des roses, les chairs savoureuses et veloutées des nymphes et des amours ! Pas un de ces tableaux qui ne soit l'exaltation de la beauté féminine, l'apothéose de Vénus, mère des Grâces et reine de l'Amour.
" Ce motif principal, la gloire de Vénus, il le varie, il le reflète dans une foule de tableaux qui offrent comme l'histoire de la déesse, les actes de sa puissance, les fastes de l'amour, ses victoires sur les dieux, les déesses ou les mortelles. " (G. Kahn.)
Ses Vénus ne s'apparentent d'aucune façon à celles que peignirent les maîtres de la peinture universelle. Elles sont bien à lui, ou pour mieux dire, elles sont bien du siècle où vécut l'artiste. Aussi parfaites de formes, aussi pures de lignes que celles du Corrège ou du Titien, elles possèdent un charme délicat, une gracilité charmante, une finesse spirituelle dont Boucher puisait les modèles autour de lui, parmi l'essaim des mignonnes et affriolantes marquises de Versailles. Ses Vénus sont d'aristocratiques personnes vivant dans une cour plus raffinée que celle de l'Olympe. Et c'est pourquoi elles nous plaisent tant, pourquoi aussi nous leur donnons