PLANCHE VIU. — SUJET PASTORAL
(Musée du Louvre)
Boucher affectionnait les pastorales et il contribua à répandre le goût des peintures bocagères, qui fut en si grand honneur en ce xvi 1 1« siècle, le moins pastoral des siècles. Aussi l'artiste avait-il soin de ne peindre que des bergers et des bergères de convention, qvii ressemblent plus à des petits mai très qu'à de vrais paysans. Mais il n'y faut voir que ce que Boucher y a voulu mettre, et alors on admire sans restrictions ces compositions lumineuses et charmantes.
le pas sur les plantureuses déités féminines de Rubens.
Dans l'importante série mythologique des œuvres de Boucher, trop longue à dénombrer, nous ne citerons que quelques toiles, les plus célèbres, comme Vénus désarmant l'Amour, la Toilette de Vénus, Vénus s' appuyant sur Cupi don pour entrer au bain, les trois Grâces enchaînant l'Amour, la fameuse Naissance et Triomphe de Vénus, qui figura au salon de 1740 et que le comte du Tessin paya 160O livres.
En 1742, Boucher expose son chef-d'œuvre, la Diane sortant du bain avec une de ses compagnesy que nous reproduisons dans ce volume et qui est un des plus beaux joyaux du Louvre. La déesse, qu'une de ses nymphes vient de déchausser, se prépare à entrer dans l'eau. Elle est nue, de cette nudité argentée des déesses virginales. Penchée en avant, elle incline un peu sa charmante tête vue de profil, aux
cheveux retroussés, entremêlés de perles et où brille un petit croissant. Le col, les épaules, le torse, baignés d'ombres légères et transparentes, ont une souplesse, une fraîcheur et une grâce extrêmes. La nymphe aussi est charmante et ces jeunes corps, facilement plies en des poses coquettes, se détachent d'un fond de paysage fait de roseaux, de broussailles, d'arbres aux racines tordues s'accrochant à la déchirure d'un ravin, d'un courant d'eau où boivent les chiens, tout cela enlevé avec une sûreté et une prestesse de touche admirables. A ce moment de son existence. Boucher est à l'apogée de son talent et de sa réputation. Il a la faveur de la Cour et il a trouvé une puissante protectrice en M"' de Pompadour, souveraine incontestée de Versailles. Grâceà elle, les commandes officielles lui arrivent nombreuses. Il émarge à la cassette royale pour une somme de 400 livres qui, deux ans après, sera portée à 600.
Le peintre de la Cour témoigne sa reconnaissance à la favorite en faisant d'elle de nombreux portraits. On en compte sept, tous très beaux, mais dont deux sont d'incontestables chefs-d'œuvre. Le portrait au pastel de Mme (Je Pompadour est un morceau de premier ordre qui surpasse en beauté celui de Quentin La Tour.
Boucher a tous les bonheurs : sa femme, qu'il aime profondément, est demeurée très belle. Elle lui a donné deux filles également jolies, dont l'une est mariée à Baudouin, l'auteur de si charmantes estampes galantes, et l'autre à Deshays, jeune peintre d'histoire dont la mort prématurée interrompit une carrière qui s'annonçait brillante. Son fils est moins bien doué, mais il fait comme architecte une figure très honorable.
Boucher travaille pour le roi, pour M^^^ de Pompadour, pour la Cour, pour la ville et il
accepte encore des commandes officielles, comme la décoration du palais de Fontainebleau qui marque l'apogée de son talent. C'est la flamme la plus haute de son art. Et il exécute cet énorme travail en quelques mois. C'est à cette époque que lui est décerné par la critique le titre d'Anacréon de la peinture.