‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 10 sur 64 · Lecoy de La Marche, V Académie de France à Rome, p · texte numérisé non relu

Lecoy de La Marche, V Académie de France à Rome, p

CHARLES NATOIRE

avoir eu une inquiétude qui l'honore. Dans une lettre qu’il adresse le 22 février à Antoine Duchesne, il parle assez modestement de sa fresque, la Mort de saint Louis. « J’ay voulu, une fois avant mourir, tâter de cette sorte de peinture, que nous négligeons un peu trop en France. Si j’avois eu la pratique que ces sortes d'ouvrages demandent, j'aurois mieux réussi. » Mais qui donc peignait à fresque à cette époque? Ce grand art était oublié, et les Romains ne se montrèrent pas mécontents de la tentative de Natoire'.

Son succès fît cependant peu de bruit. A Paris, Natoire commençait à n’étre plus qu’un souvenir tous les jours plus lointain, car cest en 1757 quil exposa pour la dernière fois; mais à Rome il conservait une certaine attitude. L'Académie et son directeur gardaient encore du prestige. « Notre cour, écrivait M”® du Boccage en 17^8, a la gloire d’etre la seule qui renouvelle sans cesse ici douze élèves en peinture, architecture et sculpture. M. Natoire, estimé par ses talens et ses mœurs, en est actuellement le chef. Cet établissement nous a donné des Apelles, des Phidias et promet des Vitruves* » : Natoire ne collabora que d'une façon très légère à l’éclosion de tous ces génies : il vit se succéder à l’Académie plusieurs générations d’élèves, et parmi ceux-là un bon nombre des maîtres qui, vers la fin du règne de Louis X’V, inaugurèrent un art nouveau, ou du moins un art assagi et calmé. On reproche à Natoire de n'avoir pas eu un très grand souci du progrès intellectuel des pensionnaires. Ces jeunes gens, comme l’a plus tard raconté Lagrenée l’aîné, demandaient des livres « pour y chercher des sujets ». Il n’y avait pas un volume dans la maison. « J’en parlay à M. Natoire, qui ne m’écouta pasL » L’Académie possédait des moulages des bas-reliefs de la colonne Trajane; mais ces plâtres étaient inutilement conservés dans la villa de Natoire, et c’est là qu’on les retrouva après sa mort. Et le bon homme se faisait vieux, et déjà il travaillait d’une main moins active. On voit par une lettre écrite à Duchesne en 1760 quil avait pris des habitudes romaines et qu’il ne désirait point revenir à Paris; peu à peu ses correspondances devinrent plus rares, et sa vieillesse, somnolente et lassée, ne fut pas sans connaître quelques ennuis.

Nous avons vu jadis dans la collection de M. Duclos un tableau de Natoire qui, daté de 1767, dit assez bien les mélancolies du déclin. Il représente Angélique et Mddor^ et nous ne croyons pas qu’il ait été gravé. C’est la pein-

1. Ce travail valut à Natoire un émolument de mille scudi. L'ordre de paiement (4 septembre 1/55] a été publié par M. Eugène Müntz, Nouvelles Archives de l'art français, 1876, p. 377.

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