‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 19 sur 64 · LE MATIN · texte numérisé non relu

LE MATIN

du xviii* siècle. Cette ardeur au plaisir, cette recherche des joies défendues, elles sont constatées partout, et nous n’entendons point les nier. Boucher n’était pas

BOUCHER A L'ACADÉMIE

certaine assiduité auprès de Marie-Jeanne Buzeau n'avait rien d’amer. Bientôt Boucher vit sourire et gambader autour de lui trois enfants qui, vaguement idéalises, allaient devenir dans ses tableaux de petits amours ou des anges. Il eut d'abord une fille, Jeanne- Élisabeth -Victoire (24 mars 17^5), puis un garçon, baptisé le 4 mai de l’année suivante sous les prénoms de Juste-Nathan; enfin, après un assez long entracte, une seconde fille, Marie-Émilie, vint, le 27 avril 1740, égayer encore la maison.

Nous retrouverons plus tard les trois enfants de Boucher. Qu'il suffise de dire quant à présent que, dans la pensée de ce voluptueux, une fiimille agrandie impliquait un accroissement de travail. Il fiillait faire vivre tout ce petit monde. Boucher n’était pas paresseux : il dessina, il peignit, il reprit ses outils de graveur à l’eau-forte. C’est vraisemblablement vers cette époque — je n'ai pu découvrir la date précise — que le marchand d'estampes Odieuvre publia le Livre d'cliidc d’après les desseins de Blomart, gravé par François Boucher, peintre de l’Académie royale. On se rappelle ce recueil, oii l’inexactitude de l’interprétation est rachetée par l'esprit, où Blomaert, devenu méconnaissable, est si pittoresquement déguisé à la dernière mode.

La librairie religieuse l’occupa ensuite. Boucher donna les images d’un bréviaire, le Bréviaire de Paris, dont les planches, exécutées par Petit en 1736, représentent dans le ciel une Vertu, et, plus bas, une vue pittoresque d’une perspective parisienne. Et, ainsi que le racontent les auteurs de l'Art du xv!!!*^ siècle^ ce paroissien, assez inoffensif d'ailleurs, eut un succès inattendu : il fît sourire. En vovant comment Boucher avait, le plus innocemment du monde, rapproché les Vertus des principaux monuments de Paris, on disait : la Foi et les Invalides, l’Espérance et le Louvre, la Religion et Notre-Dame, la Charité et le Pont-Neuf. L'ironie, en ce temps-là, savait se satisfaire à bon marché.

Boucher était alors lié avec Huquier : il travailla beaucoup pour lui et avec lui. Les quatre recueils de pastorales, qui comprennent six planches chacun, doivent appartenir à cette époque et être contemporains du Bréviaire. Quant au livre intitulé Diverses Fontaines, également publié chez Huquier, aucun doute n’est possible, car le Mercure en parle en avril 1736. Nous donnons ici le frontispice de l'album et l'une des estampes. Si le lecteur ne les trouve pas caractéristiques, il sera vraiment bien difficile. Le style rocaille est là avec l'impréMT de sa fantaisie. Les corps des enfants se terminent en queues écaillées qui sont, je suppose, suffisamment frétillantes; les coquillages et les coraux jouent sincèrement leur rôle et découpent comme il convient leurs silhouettes singu-

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