MÈRE
iColleaion de M. Mèlot.
V . Marie-Jeanne Buzeau n'avait rien d'amer. Bientôt ^.jmhader autour de lui trois enfants qui, vaguement ‘ wtcfiiT daos.*cî tubUaux de petits amours ou dc' anges. U ■ -i Jrmnc -kkmbcih- Victoire (24 mars 17J5), pui» un
rvsr.iT ':e 4 m.i î suivante sous les prénoms de Juste-Nathan;
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BOUCHER A L’ACADÉMIE
lières: lès têtes des dauphins ont toute l’absurdité voulue, et les nymphes qui rêvent auprès de leur urne penchée ont des allongements de membres, des caprices de coiffure dont la coquetterie n’est pas sans charme.
Ce style, pour lequel l'Académie était pleine d’indulgence et qui plaisait étrangement aux gens de goût, nous savons d’où il venait. Boucher nen est point l'inventeur. 11 l’avait vu naître ou du moins grandir sous le crayon d'un ami, et, habile à comprendre les modes nouvelles, il s'était approprié la poésie fantasque du rocher où l’eau pleure sur les mousses, du monstre chimérique dont la tête ressemble à un visage humain et du coquillage qui multiplie ses rugosités et scs volutes. Cet ami, c'était le décorateur Juste-Aurèle Meissonnier, celui-là même que les anciens textes qualifient de dessinateur du roi pour les pompes funèbres et galantes et qui , donnant à ces deux mots une signification pareille, introduisit de l’agrément dans le deuil et sut être pathétique avec gaieté.
Meissonnier et Boucher paraissent avoir été fort bons camarades. Lorsque le fils du peintre fut baptisé le 4 mai 1756, Meissonnier lui servit de parrain. Le personnage était considérable. Il commençait à remplacer Oppenord dans l’estime des connaisseurs, il allait presque le reléguer parmi les classiques, et il fut un instant le rival heureux d'un maître applaudi, Thomas Germain. Dépourvu de toute sobriété, naïvement artificiel, inépuisable en inventions singulières, qui quelques années après furent jugées baroques, il donnait des modèles aux sculpteurs, aux ébénistes, aux orfèvres, à tous les ouvriers du métal. La haine de la ligne droite lui fut une constante inspiration, et bien que l'abbé de Fontenav ait osé dire que le goût de Meissonnier s’était « formé sur la noble simplicité de l'antique », personne ne l’a jamais voulu croire. L’artiste piémontais est resté célèbre par le zèle qu’il a mis à remuer les contours et à faire flamboyer les silhouettes. Tout ce qui s'agite lui semblait fort, et, dans les complications de son caprice, il croyait que la bizarrerie est une muse.
Boucher, à qui le titre de naturaliste peut avec justice être contesté et qui n’eut jamais pour l’art antique qu'un culte très incertain, prit un plaisir extrême à voir travailler Meissonnier. Dans l’ornement, il se déclara son élève. Le recueil des Diverses Fontaines, la forme des cadres et le style des bronzes dans l'appartement où les Précieuses reçoivent le marquis de Mascarille, disent bien que son admiration fut sans réserve. Encore une fois, c’était la mode et Boucher, esprit aventureux, ne se laissait devancer par personne quand il cherchait à plaire, quand il devinait que le goût allait changer. Dix ans après.
BOUCHER A L'ACADÉMIE
il devint plus sage, il essaya de modérer la violence de ses courbes, il eut parfois fair de croire que son ami Meissonnier avait été excessif, il sembla vouloir écouter Cocliin qui prêchait spirituellement la réforme. II répondit ainsi à l'idéal de M'"'' de Pompadour. Et cependant, malgré son désir de paraître raisonnable. Boucher resta toujours fidèle aux souvenirs de sa jeunesse, il conserva la religion de l'arabesque, et il n'éprouva pas une médiocre surprise lorsqu’il vit succéder au délire de l'ornementation à la mode de iyj6 la sérénité et le repos d'un art à moitié calmé.
PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER
E Sillon de 17J7, on l'a déjà dit, fut une sorte de consolation offerte par la jeune école aux amateurs qu’avait attristés la mort tragique de François Lcmoyne. La nouveauté y apparut triomphante. Comme Natoire, comme Carie Vanloo, qui exposait la Halte de chasse du musée du Louvre , Boucher se trouva pour la première fois en contact avec le grand public, car l Exposition de la place Dauphine en 17- ) pouvait guère compter et le concours organisé en 17M qu une fête intime,
une fête aux portes fermées. Au moment oii s ouvrit le Salon, Boucher venait d'obtenir un nouveau grade académique : il prenait rang parmi les professeurs. On voyait en même temps, aux boutiques des marchands d estampes , plusieurs ouvrages où se montrait la variété de son invention et de son esprit.
C’est en edet au printemps de 1737 que Lebas et Ravenet firent mettre en vente les douze planches dont la série est connue sous le titre des Cris de Paris. Descendant de son Olympe pour se mêler au prosaïsme de la rue, Boucher s était amusé à crayonner, d un trait sommaire mais juste, 1 attitude et le cos-
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tume des plus humbles négociants du carrefour, la laitière, le marchand de talmouses, le débitant de vinaigre. Chacun pouvait reconnaître ces industriels ambulants et redire leur cri rythmé comme une chanson. On savait gré à Boucher d'avoir pour un instant abandonné ses nymphes et ses déesses pour s intéresser au petit monde anonyme dont la voix était la musique et la gaieté du quartier. A la même époque, en avril, Aveline venait de graver une composition mouvementée, où reprenant, après Charles Coypel, un des épisodes du loman de Cervantès, Boucher avait représenté Sanclio poursuivi par les inarmitons. Enfin Paris apprenait, peu après, que Boucher était une charmante femme et cest un témoin véridique, La Tour lui-même, qui en fournissait la preuve dans un pastel envoyé au Salon. Toutes ces choses faisaient un certain bruit. Boucher, souriant et plein d'espérance, avait bien la mine heureuse d'un homme dont le règne va commencer.
Dans ses Vers sur les tableaux exposés à l'Académie royale, Gresset mentionne en passant les deux patriarches du portrait, Largillière et Rigaud, qui vivaient encoie; il salue Jean François de Troy et Charles Coypel, dont il connaissait sans doute les velléités littéraires, il célèbre Nattier (et il a véritablement bien raison), il glorifie Carie Vanloo, qu'il appelle d'une fiiçon très singulière « le fils de la gaieté » ; mais il n a pas 1 air de s apercevoir le moins du monde que Boucher débute au Salon et quil arrive les mains toutes chargées des fleurs d’un art nou\eau. Les poètes ne sont pas des critiques. Gresset considéra peut-être l'e.vposition de Bouchei comme trop modeste pour quil fût nécessaire de lui consacrer quelques limes. Il eut tort. La poésie est infidèle à son rôle quand elle ne devine pas les aurores.
Boucher exposait quatre tableaux cintrés représentant « divers sujets champêtres w et deux petits ovales, les Qiiatre Saisons. L'artiste a traité si souvent des motifs de ce genre quil nous est difficile aujourd’hui de dire quelles sont, parmi ses innombrables pastorales, celles qui figurèrent au Salon de 1737. Mais par les œuvres quil peignait à cette époque nous savons que la rusticité de Boucher était alors une chose nouvelle et qu’il avait trouvé une fiiçon inédite de poétiser le paysan et la campagne. Si Gresset, qui n’était pas du métier, ne comprit point que cette manière, plus ou moins orthodoxe d'ailleurs, pouvait fournir des éléments précieux pour la décoration pittoresque de la maison ou du chateau, les architectes, et aussi quelques grands seigneurs, s’en aperçu: ent : ils sentirent que le nouveau venu était une puissance. L'année suivante. Boucher travaillait pour l'hôtel Soubise.
PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER
Il n'arriviiit pas le premier dans le palais, si cher aux historiens, qui est devenu le dépôt des Archives nationales. Restout et Trémollières y montraient déjà leur beau zèle et Natoire avait commencé dans le salon ovale les compartiments, ou les « panaches » , du roman de Psyché. Boffrand confia à Boucher l’exécution de quatre dessus de porte. Trois de ces peintures furent exposées en 17)8 ; la quatrième parut au Salon de i7}9-
Les trois premiers des tableaux dont nous voulons parler — Venus descendant de son char pour entrer au bain; les Grâces enchaînant lAinour; l’Éducation de l'Amour par Mercure — nous mettent en présence d'une singularité qui s'est renouvelée quelquefois dans la vie de Boucher et dont le curieux doit prendre note. Les peintures ont figuré au même Salon; à quelques jours près, elles sont de la meme date, et elles ne se ressemblent pas. 11 en est une qui ne fait guère honneur à Boucher : c’est l'Education de l' Amour. Un grand Mercure, nu et faiblement doué de la flamme intellectuelle, est couché plutôt qu'assis sur un nuage, et il essaye nonchalamment d'apprendre à lire à un petit Cupidon beaucoup plus éveillé que lui. Ce professeur, d'une divinité suspecte et vague, est une froide académie : le dessin est vulgaire, les carnations sont blanchissantes et délavées. Oublions cette triste figure. Dans un des salons voisins, Boucher a retrouvé la chaleur de son pinceau pour peindre les Grâces enchaînant l'Amour. Ici il y a, avec de la verve, une certaine volupté dans les corps assouplis des jeunes compagnes de Vénus; il y a de la vigueur dans ces tonalités où des roses jouent avec des bruns. Et là encore il reste quelque chose de la manière de Lemoyne.
La personnalité de Boucher se révèle pour la première fois, et d'une façon presque complète, dans le troisième tableau, la Venus. Au milieu d’un paysage décoratif un peu lâché et déjà bleuâtre, — marque de fabrique dont il faut se souvenir, — la déesse descend de son char traîné par des colombes. Guidée par l’Amour, elle va entrer au bain. Elle est, comme il convient, d'une nudité très savoureuse. L'œuvre est importante. Ici, en effet, commence le Boucher clair, le Boucher lumineux, qui mêle aux chairs féminines des tons nacrés, des tons d’argent, des transparences et je ne sais quoi qui reluit. L’école française ne connaissait pas cette manière originale, contestable peut-être, de transformer l’épiderme en foyer de lumière ou du moins d'en Dire une surface polie et brillantée qui, comme certaines étoffes, reçoit le rayon et le retient. Cet art, extrêmement nouveau en 17^8, Boucher ne l’avait pas appris chez Lemoyne. Corrège lui -même, à la fois plus doré, plus mat, plus résistant surtout,
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ne fournissait pas de modèle analogue, et cependant il a la clarté suprême. On est bien forcé de croire que, dès cette époque, Boucher avait interrogé Rubens.
Le quatrième dessus de porte du palais des Archives, l'Aurore et Céphale, n'a peut-être pas la même valeur typique. Il présente néanmoins de l'intérêt. C'est le tableau qui fut exposé en 17J9. Au fond, un char, des chevaux, des Amours et Céphale, qui tient son arc à la main et dont le sourire est un peu fade. Mais l'Aurore est une charmante femme nue; son attitude est agréablement tourmentée; son corps abonde en blancheurs délicates'. Je ne sais si les contemporains ont su mesurer les mérites et marquer exactement les différences ; mais ne semble-t-il pas que, dans la décoration de 1 hôtel Soubise, où il avait été associé à Carie Vanloo, à Trémollières, à Restout, à Natoire, Boucher lait emporté sur tous ses rivaux?
La lecture du catalogue du Salon de 1/19 instructives. On y
apprend que Boucher, qui devait avec les années réunir une précieuse collection d'œuvres d'art, prenait rang parmi les amateurs de peintures. Il possédait un des tableaux exposés au Louvre, celui que le livret désigne par les mots : « Un rond à fond blanc. » Il n'y avait pas beaucoup de choses sur la toile : une perdrix seulement et un lapin, mais au-dessous de ces animaux on lisait la signature d'Oudry. C'est en effet vers cette époque que les deux artistes, après s'être rencontrés à l'Académie, commencèrent à lier des relations plus étroites. Leur amitié fut féconde; sans parler des satisfactions morales quelle dut procurer à l'un et à l'autre, elle profita à l'art du xvin" siècle.
Oudry avait alors largement dépassé la cinquantaine, et Boucher était encore un jeune homme. Ils se comprirent cependant, et, bien que leur idéal ne fut pas tout à fait le même, ils mirent en commun leur talent. Des lettres patentes du 2j mars 1754 avaient accordé à Oudry et à son associé Besnier le privilège ou le bail de la manufacture de tapisseries de Beauvais, alors fort déchue. Oudry donna une vie nouvelle il 1 établissement en péril. 11 inventa des modèles, et comme, dans sa modestie exagérée, il ne se prenait que pour un peintre d'animaux et de paysages, il appela Boucher, qui composait mieux que lui, et il lui demanda des motifs ou des scènes a personnages, des inventions dans le goût romanesque. Pendant plusieuis années,
1. Malgré l'inépuisable imagînalion dont il était doué. Boucher a dû répéter plusieurs fois les memes motifs. Le musée de Nancy possède une variante de l’Aurore et Céphale. Nous donnons la gravure de ce inblüau qui, lors du Congrès de i8oi, décorait les salons de Lunéville.