I. Clément de Ris, les Musées de province, 1872, p. p
FRANÇOIS LEMOYNE
Et c’est en effet en ce point que Lemoyne représente dans l’école une force nouvelle et qu’il allait devenir un initiateur. Lorsqu’il songeait à suspendre aux soffites des palais de souriantes mythologies, à égrener des figures aériennes dans un ciel fluide, il n’avait pas encore vu l’Italie. Il put cependant, avant de quitter Paris, apprendre quelque chose de l’art léger auquel les laveurs de la mode étaient promises, et il s'éprit de ces tons frais, de ces tons d'éventail que la France ignorait encore. Watteau, qu'il faut toujours citer le premier parmi les inventeurs, avait trouvé dans le satin de ses robes aux reflets changeants, et aussi dans ses perspectives chimériques, des bleus argentés, des gris adorables; mais, pour les carnations, il cherchait volontiers la note chaleureuse et ambrée à la Giorgione. On pouvait peut-être peindre plus clair. Lemoyne y pensait, lorsque l'Italie de la décadence vint au-devant de lui.
C’est le 30 juillet 1718, nous l’avons dit, qu'il avait été reçu membre de l'Académie royale. Deux mois avant, la compagnie, qui n’était point hostile aux novateurs et qui se plaisait à faire bon visage aux étrangers, s’était adjoint un peintre de quelque importance, Sébastiano Ricci. On oublie trop aujourd’hui que ce maniériste a vécu dans un rayon de gloire. Mariette lui-même le considère comme « un fort beau génie. » Né aux environs de Bellune et très voyageur de sa nature, Ricci commença par travailler dans toutes les capitales italiennes. Plus tard, la reine Anne l'appela en Angleterre : il peignit un tableau d'autel pour la chapelle de Chelsea; il décora la grande salle de Burlington-House. C’est sans doute en revenant de Londres qu'il traversa Paris; mais il ne s’y arrêta guère, car à la fin de 1718 Mariette le retrouva à Venise. Néanmoins de pareils météores laissent toujours dans le ciel une trace d'un moment. L'Académie fut très flattée de s'associer Sébastiano Ricci. Pour son morceau de réception, il envoya, comme on l'aurait pu prévoir, une allégorie assez fade : la France, sous les traits de Minerve, foule aux pieds ï Ignorance et couronne la Vertu militaire. Le tableau est au Louvre : il ne passera jamais pour un chef-d’œuvre. On avait pris goût cependant aux peintures de Ricci; on remarquait à peine les indigences de son dessin, pour s’extasier devant ses concetli et aussi devant les gaietés de sa couleur claire. Aux yeux de bien des juges, il passait pour un sectateur attardé de Véronèse ’.
I. Fuut-il rappeler l’anecdote qui a été racontée par le comte de Caylus dans la Fie de Pierre Mignard et qui semble prouver que les pastiches de Ricci étaient pris au sérieux par les connaisseurs du temps? « Sébastien Ricci faisoit venir des Paul Véronèse de sa façon avec lesquels il trompoit si bien toute l’Angleterre, qu'il fit donner La Fosse lui-méme dans le piège. Celui-ci lui répondit, quand il fut convaincu : « Croyez-moi, « monsieur, faites toujours des Paul Véronèse et jamais des Ricci. » Vies des premiers peintres, I, p. iSa.
FRANÇOIS LEMOYNE
Sébastiano Ricci s'est caractérisé lui-même par un aveu dont il n’a sans doute pas compris toute la sublimité. « J’ai entendu dire à son ami Zanetti écrit Mariette, que lorsque Ricci fut venu à Rome et qu'il eut commencé à étudier d’après les fresques de Raphaël, il souhaita de retourner promptement à 'Venise, disant que la manière de ce grand homme étoit capable de corrompre la sienne ! » Un pareil mot mériterait d’être éternel. Fuir Raphaël comme un danger, tout le .wiii" siècle est là.
Avec les tons brillants de sa palette en belle humeur, avec sa rapidité d’exécution, — car ce n’est pas inexactement que Lanzi a dit de l'artiste de Bellune qu il était bravo neî maneggio deî pennello, — Ricci n’avait rien qui pût déplaire à son jeune collègue de l’Académie. Lemoyne se sentait déjà fortement troublé, lorsqu’il vit arriver à Paris, en 1720, un autre décorateur moins sérieux encore, le 'Vénitien Antonio Pellegrini. Lemoyne l’a certainement connu d'assez près, car Pellegrini était le beau-frère de Rosalba Carriera, et nous savons par le Diario de l’aimable pastelliste que le peintre italien s’est rencontré avec elle à Paris et qu’on voyait quelquefois M. Lemoyne. Antonio Pellegrini était un peu plus jeune que Ricci, mais il n’était pas moins célèbre, et, visiteur assidu des cours étrangères, il avait laissé de grandes œuvres décoratives à Londres, en Ecosse, en Hollande, en Flandre, en Allemagne, partout.
Dans la notice que la veuve de Pellegrini envoya plus tard de Venise à Mariette, Angela Carriera, sœur de Rosalba, raconte que, pendant son séjour en France, son mari fut chargé de peindre il soffito délia gran sala del Misipipi. Ici, sous une forme accommodée selon le c.aprice d’une Italienne, il laut reconnaître la grande salle de la banque de Law qui avait été installée rue Vivienne, dans les bâtiments occupés aujourd'hui par la Bibliothèque nationale. Le plafond de Pellegrini na pas été conservé. Il nous en reste une description curieuse, qui a été insérée par Lépicié à la suite de son livre, les Vies des premiers peintres du roi. Mariette regrettait la destruction de cette peinture : il ne se faisait pourtant aucune illusion sur le mérite de Pellegrini, car il a parlé de ce nomade avec le sans-façon le plus judicieux.
« C étoit, dit-il, un praticien qui entreprenoit de peindre un vaste plafond
comme un autre auroit fait un petit tableau de chev.alet. Il ne sçavoit pas ce
que c étoit que de consulter la nature, tant pour les formes que pour les couleurs. 11 avoit quelquefois des moments heureux ; mais ils sont rares. Le temps effacera bientost tout ce qu il a produit, et il ne restera de sa mémoire que d’avoir été le beau-frère de la Rosalba. »
. .VI i»f Al •'* r • .,
/ ,, p. - rd^HR^uvHAH vddHVUdG - îaÉMO^iaWA
aimaWc paitcliiste qut le purni f -t< fcÜ# fn .«^BÛ
fUit im p< w w!tn. que mai-« ii n’éuit pas m<>}r j ôù 'iffft, .n. *i>u<ït-
4è» e<»ur* ctr.injjàrç» il avait !ai5ac ile ^andes œuvres difeorativo a L .njfi- r,, wt» HcilianJc en Flandre. On .Allemagne, [ianout/
-. liaû« 4\ ^ar»iicc que ta .'^u^c■ J"-' r*ellcgrriii tinvuva plua tard de Venise à Mariette, Angola Carricra, «sur de RomIKi. rmi: , < * liiû - »> «ï^pjur
en France, aon mari fut chargé do peindre ^ # ■; .* ; . w* .• t7'
Afiupipt. 101, 5^05 Une forme accommodée *èfon W ^ ■' :’.r. i
.■•-.Il r- U *fp-an’de «aile de ta banqt;. ir ij*« ^ T ' • 'ï-'*
-/ \ kk*< i.',. t^finiLotf <<céupc' auHfii*-;. > ^
1*. .• il* Pcllognnr fCa F i- .1 . : ■
• *u>pti*'r curieuse, qui a Cià • V' î .‘ • ’ t •. , •
ir- Jet premiers 'ptintrei Jb t HaPi^’ ♦
c'^*i pcMti'ni'.- il ne se faillit p-.i: K.ii»k
legrlfti > a parlé de ce nomi->- « Céi'i. .iii-d, un praticien qui c-atr%^i commt üo autre auroii fair on petit ulMj w que c'etoit que de conwU.-' '■ nstur.’ ■î^ couleurs, lî avoit quclqucfon de- /ito'T>t n> temps effacera biemost tout •> quil a pi^-. : que' d’avoir été le beau-lrerc d« U K .
^ . pialbnd . , voit pas cc
^ que pour Ica ils sont rares. Le IC restera de sa métooFl!^