‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 21 sur 64 · DÉCORATIONS D · texte numérisé non relu

DÉCORATIONS D

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PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

Boucher, conseillé d’ailleurs par Oudry, fut l'inspirateur des ouvriers de Beauvais. Un écrivain du temps déclare que, « par les sujets intéressants qu'il fournit, il accrut considérablement la réputation et le produit de cette manuflicture' ».

Au Salon de 1739, Boucher exposait un tableau de 14 pieds de largeur, représentant Psyché conduite par Zéphire dans le palais de l'Amour. C'était un modèle pour les tapissiers de Beauvais, la première page de cette série de compositions ingénieuses qu'il a inventées pour son ami Oudry, et qui mettent en scène soit des sujets mythologiques, soit des pastorales, telles que la Cueillette des cerises , / Offrande à l'Amour et la Balançoire, tapisseries de basse lisse où se mêlent la laine et la soie. Dans ces divers modèles, l'ornement avait beaucoup d'importance ; la fantaisie y l'égnait en souveraine. Au Salon do 1742, Boucher envoyait « huit esquisses de différents sujets chinois », destinées, comme les idylles dont il vient d’être question, à la manufacture de Beauvais. C’était l’heure, en effet, où la chinoiserie revenait à la mode ; la bizarrerie des types, l'éclat des costumes, la folie des paysages avaient de quoi plaire aux artistes du xviii' siècle qui, d'ailleurs, se préoccupaient peu de fcxactitude et diminuaient étrangement le caractère de fart oriental. Après la mort de "Watteau, les Chinois eurent un moment de répit ; on les laissa dormir sur la panse des vases, sur les paravents et sur les laques; mais fentr’acte ne dura pas longtemps. Dès 1735, la chinoiserie, accommodée au goût du jour, rentre brillamment en scène. Aux fêtes du carnaval de cette année, — nous le savons par une eau-forte de Pierre , —

LA BALANÇOIRE (TapiiEeric de Beauviis.)

I. La Vie d'Oudrj', par Gouyenot, dans les Mémoires sur les membres de l’Académie, II, p. 375.

PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

les pensionnaires de 1 Academie de Rome organisèrent une mascarade chinoise, et on les vit parcourir le Corso sur un char et avec des costumes dTin orientalisme très fantasque. A Paris, on ne se déguisa point en mandarin, mais on mit des Chinois sur les meubles que vernissait Martin, sur les pendules, sur les carrosses et sur les tentures. Boucher fut l'un des promoteurs de cettl mode, qu'il avait jadis étudiée en gravant les dessins de Watteau et qu'il s’était luimême amusé à rajeunir dans son recueil d'estampes, les Figures chinoises. Il trouvait d’ailleurs des modèles irrécusables chez le marchand Gersaint, à la Pagode, avec qui il paraît avoir eu de frequentes relations et pour lequel il a composé une étiquette commerciale, une marque qui a été gravée en 1740. Htiquier a publié, d’après une composition de Boucher, une Chasse chinoise. Enfin on conserve au musée de Besançon neuf trumeaux qui représentent aussi des chinoiseries. Ce sont la, on 1 imagine, de pures fantaisies, fort éloignées des types qui leur ont donné naissance et dans lesquelles les habitants du Céleste- Empire ne reconnaîtraient ni leur physionomie ni la puissante originalité do leurs inventions.

Mais les tapissiers de Beauvais n étaient pas sévères sur la question d'authenticité, et ils reproduisaient fidèlement les modèles de Boucher. Oudry ne se plaignait pas . Les deux artistes paraissaient heureux de leur coopération ; l’amitié devenait de plus en plus étroite. Lorsque, le 27 avril 1740, Boucher fit baptiser sa seconde fille, c’est Oudry qui l’ut le parrain de Marie-Emilie. De temps à autre. Boucher quittait Paris; il allait voir comment les ouvriers de Beauvais inteipi étaient ses dessins, et, si nous nous en rapportons à son œuvre, cest dans une de ces excursions provinciales, en se promenant avec Oudry, que Boucher découvrit le paysage.

11 est vrai quil vit la nature sous un étrange rayon. Les arbres, les chaumières, les prairies lui apparurent un peu comme un décor qui, artificiellement éclairé, pouvait servir de toile de fond et laire valoir le jeu et le costume de ses acteurs. Boucher avait entrevu le paysage dans son voyage en Italie; il ne l’avait point compris : c est le chemin de Beauvais qui fut pour lui le chemin de Damas. La révélation resta incomplète, ou du moins Boucher ne se donna pas tout entier; il neut pas lœil naïl, il se réserva toujours le droit de corriger

..Les crmques austères furent moins indulgents. Saint- Yves s'imagine que la chinoiserie peut devenir fatale au talent de Boucher. . Ceux qui s'intéressent à iui, écrit-ii, craignent que l’étude habituelle du goiit ch, no, s, qu, paroit être la passion dominante de M. Bouchet, n'altere enfin la grâce de ses contours. Ils n'auto.em plus la même douceur s'il cominuoit à dessiner des figures de ce genre. » Observations sur les arts, 1748, p. 28.

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