‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 24 sur 64 · TH · texte numérisé non relu

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LAUHORE ET CEPHALE

PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

devine qu’il a subi l’influence d’Oudry. Quelques-uns de ces croquis sont charmants : tel est le Pont rustique, dont l’original appartient au musée de Vienne; tel encore l'Intérieur de cour, qui fait partie de la même collection. Les deux sanguines qui ont été gravées sous le titre de Vues de Fronvillc gardent aussi un certain accent qui laisse supposer des études faites en présence de la nature. 11 semble parfois que Boucher a trouvé dans le paysage une diversion à ses travaux ordinaires, et qu’il a pris une sorte de plaisir naïf à oublier la mythologie et les dieux.

Il y revenait cependant et, à vrai dire, il ne déserta jamais la fable amoureuse. A la Forêt et au Moulin, qu’il exposa en 1740, il avait ajouté un tableau d’une importance capitale qui, malheureusement, n’est plus en France, la Naissance de Vénus. Le livret fournit ici un bout de description ; la déesse paraissait « sortir du sein des eaux, avec les Grâces, accompagnées des Tritons, des Néréides et des Amours ». Boucher a traité plusieurs fois ce sujet, il l’a repris et retourné sous toutes ses faces ; mais l’exemplaire dont nous voulons parler est l’exemplaire princeps, celui qui est consené au musée de Stockholm dans son magnifique cadre primitif et qui est signé et daté Boucher 1740'. Le lecteur en a sous les yeux une fine gravure. Boucher n’a rien négligé pour enrichir et mouvementer le spectacle ; les Tritons aux queues écaillées soufflent dans leurs conques; ils jouent avec les blondes filles de la mer et celles-ci voyagent sur le dos squameux des dauphins complaisants; elles nagent autour de la déesse triomphante, pendant que le fol essaim des Amours déroule au milieu des nues une banderole qui est comme un drapeau de victoire. Un critique signale dans ce tableau, dont l’exécution est moins lâchée que d’habitude, « un ciel clair, lumineux et souriant, confondant ses tons de turquoise rosée avec le léger azur de la mer ». Nous ne sommes point surpris que cette peinture soit relativement soignée et finie : nous montrerons tout à l'heure, par des œuvres de la même époque, que Boucher surveillait alors son pinceau et cherchait la délicatesse. Nous ajouterons que la Naissance de Vénus avait été préparée par un grand nombre d’études et de dessins. Il y a dans tous les musées des Tritons au crayon noir, des Néréides à la sanguine, qui ont servi à Boucher pour composer et pour peindre le tableau de Stockholm et ceux qu’il exécuta plus tard sur la même donnée; car Claude Duflos, Daullé et Levasseur ont gravé, d’après Boucher, d’autres compositions où l’on voit aussi la déesse se promener sur les flots avec son cortège de Cupidons roses et de nageuses aux blanches épaules.

I. Clément de Ris, le Musée de Stockholm. Ga-{ctte des Beaux-Arts , 2’ période, t. X, p. 496.

PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

La première Naissance de Venus, celle du Salon de 1740, fut acquise au prix de 1,600 livres par le comte de Tessin, ambassadeur du roi de Suède. Cette négociation fit entrer dans la biographie de Boucher un personnage considérable, car l'ambassadeur suédois s'était épris de l'art français, il achetait des tableaux à Oudry, à Chardin, à Desportes, aux meilleurs de nos maîtres, et c est même poui cela que 1 école du xviip siècle est si bien représentée au musée do Stockholm. Le nom de Boucher s'ajouta dès lors à la liste des artistes privilégiés.

D'après un méchant bruit dont l'écho nous a été conservé, le comte de Tessin aurait tellement aimé nos peintres que sa courtoisie se serait parfois intéressée à leurs femmes, surtout à celles qui étaient avenantes et fines. Le diplomate suédois ayant eu occasion de voir M"' Boucher eut le bon goût de la trouver jolie. C'est du moins ce que raconte une note manuscrite qui a été retrouvée jadis sur un des volumes de la bibliothèque de l'Arsenal. 11 existe dans cette bibliothèque un exemplaire de la rarissime plaquette composée par M. de Tessin, Faunillane ou l’Infante Jaune et imprimée en 1741, .avec findication, bien conforme au goût de l'époque, d'une ville que la géographie ne connaît pas, Badinopolis. Ce petit in-quarto est décoré d'un frontispice et de neuf planches. Les gravures sont de Chedel, et elles ont été fitites d'après les dessins de Boucher. Et pourquoi l'ambassadeur de Suède, saisi du délire typographique, a-t-il demandé .au peintre des illustrations pour le conte qu il venait décrire.' L'auteur de la note inscrite (en 1767) sur l'exemplaire de Faunillane croit le savoir. Il déclare que l'.auteur du roman est M. de Tessin, « qui. amoureux de M"” Boucher, fit, pour avoir occasion de la voir souvent, faire les dessins des estampes par son mari Boucher le peintre' ». Ce bibliothécaire si bien inloimé nest peut-être qtiune mauvaise langue. Le comte de Tessin .avait d'ailleurs le droit de s'apercevoir que Marie-Jeanne Buzeau était une aimable femme, et cette découverte peut n avoir eu que des conséquences littéraires.

Quant aux gravures faites d après les spirituelles compositions de Boucher, elles ont une histoire : utilisées une première fois pour le roman de Faunillane, qui n avait été distribué qu'à quelques amis, elles furent, au moment où l'amb.ass.adeur retourna en Suède, remises par lui à l'académicien Duclos. C'est alors seulement qu'elles entrèrent dans la circulation et qu'elles commencèrent à être connues. Pour donner une destination et un sens à ces images qui, ayant perdu leur texte , ne savaient plus comment se présenter dans le monde , Duclos

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