‹ François Boucher, Lemoyne et NatoireChapitre 25 sur 64 · LA NAISSANCE DE VÉNUS · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DE VÉNUS

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PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

improvisa son conte Acajou et Zirphile^ publié en 1744 et souvent réimprimé depuis. On sait que, dans les éditions postérieures, la dimension des planches a été réduite. On sait aussi que Boucher montrait beaucoup de goût dans la décoration des livres. Un dessin capricieux ou allégorique n'était pour lui que l’occupation d’une matinée, et la sévérité des matières traitées dans le volume ne l'effrayait guère. N'a-t-il pas Dit le frontispice des Mémoires de l'Académie de chirurgie^ qui a été gravé par Lebas en 1742?

Qtioi qu’il en soit, les visites que le comte de Tessin faisait à M""' Boucher, au temps où le mari composait des estampes pour Faunillane, ne paraissent avoir laissé dans l’esprit du peintre aucun souvenir fâcheux. Le gentilhomme Scandinave était retourné auprès de son roi; mais Badinopolis ayant des gaietés qui manquent à Stockholm, il pensait toujours à l’art parisien, et il demandait des tableaux. Il possédait déjà des Boucher ; il en voulait d’autres. L’auteur des Portraits inédits d'artistes français, M. de Chennevières, a publié un document qui a déjà été utilisé par nos devanciers, et dont on s’étonnerait de ne pas retrouver ici l’analyse. Il s’agit d’une lettre que M. Berch, secrétaire d’ambassade, écrit de Paris au comte de Tessin, son chef de file, et où il est beaucoup question de peinture (27 octobre 174))- M. Berch parle d’abord de Chardin, qui a promis deux tableaux, qui les livrera, mais qui, pour les mener à bien, réclame un délai d’un an. Le correspondant ajoute ensuite :

« Boucher va plus vite : les quatre tableaux sont promis pour la fin du mois de mars (1746). Le prix restera un secret entre V. E. et lui, à cause de la coutume qu’il a établie de se faire donner 600 livres pour ces grandeurs, quand il y a du fini. » Ces peintures devaient représenter les Quatre Heures du jour symbolisées par des scènes de la vie d’une élégante. M. Berch prend soin d’écrire au comte de Tessin ; « Le Matin sera une femme qui a fini avec son iriseur, gardant encore son peignoir et s’amusant à regarder des brimborions quune marchande de modes étale. » Ce renseignement permet de reconnaître le tableau de Boucher dans la gravure publiée par Gaillard sous le titre : la Marchande de modes. L’original est au musée de Stockholm, et il est daté de 1746, car l’artiste avait tenu sa promesse. Tous les détails correspondent au programme indiqué par le secrétaire d’ambassade. Une jeune femme en peignoir blanc est assise devant sa table de toilette, sur laquelle sont disposées la boîte à poudre et la houppette de cygne. Elle s’interrompt dans son travail pour conférer avec une petite modiste agenouillée devant elle et qui vient d’ouvrir un carton plein de fiinfreluches. Derrière la marchande, dans un

PAYSAGES ET DÉCORATIONS DE BOUCHER

coin, un chat couché sur un fauteuil rouge. Au fond, l’appartement avec ses boiseries en relief, et les hautes courtines d'un lit vaste comme un champ de bataille'. Cette peinture renouvelle le regret que nous avons déjà exprimé. Il nous paraît fâcheux que Boucher n'ait pas traité plus souvent des sujets empruntés à la vie mondaine; car il apporte à la représentation des modes et du mobilier l'exactitude d'un témoin.

La lettre de M. Berch au comte de Tessin contient un bout de phrase qui doit être relevé. Le correspondant de 1 ancien ambassadeur nous parle du prix que l'artiste attache à ses tableaux « quand il y a du fini ». Boucher avait donc alors deux manières ? Assurément. Son procédé décoratif et lâché est bien connu : on en voit partout des exemples. On rencontre moins fréquemment des types de la manière fine et caressée. Nous en avons cependant un précieux échantillon au Louvre. La Diane sortant du bain est un Bouclier délicat. Le tableau est de 1742. La déesse, qui n’a pour toute parure qu'un croissant et une rangée de perles dans les cheveux, est assise sur un tertre, au bord d’un ruisseau. Auprès dclle est une nymphe également nue; les deux figures s’enlèvent, claires et blondes, sur un paysage aux colorations invraisemblables. Lorsqu on examine de près cette peinture, on voit combien peu Boucher procède de Léonard de Vinci; le modelé est très sommairement indiqué; la forme est presque sous-entendue; elle s'exprime par des teintes plates enfermées dans des contours ; mais ces contours sont cherchés et rythmés avec un certain soin ; la tête de Diane, son petit pied, ses jambes coquettement allongées, montrent un véritable souci de 1 élégance. On voit, dans ce tableau sans ombre, cette chose rare quon pourrait appeler le raffinement des silhouettes.

A ce moment de sa vie, Boucher consultait encore la nature. On le sait par les nombreux dessins qui restent de lui ; on le sait aussi par certains tableaux que la plus complaisante mémoire aurait été impuissante à lui dicter. Il avait d autant plus besoin des conseils de la réalité vivante, que le problème de la femme nue 1 occupait alors passionnément. Mais, dans cette étude, l’enthousiasme de 1 esprit s accommode avec la sérénité de la main, et Boucher, déjà attentif aux finesses du contour dans la Diane du Louvre, va adopter une manière caressée, lisse, presque patiente, qui n’est pas suffisamment connue. Nous en pouvons citer un exemple. On a vu en 187^, chez un amateur de Paris, un tableau de Boucher qui ne serait peut-être pas à sa place dans un couvent de

I. M. Clément de Ris n'a pas manqué de décrire ce tableau dans son étude sur le musée de Stockholm. Ga-^ette des Beaux-Arts, 3' période, X, p. 496.

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