MOTIF TIRE DE L HISTOIRE DE PSYCHE
CHARLES NATOIRE
encore des tableaux « de forme chantournée » et une vaste composition de dix pieds de haut représentant — nous copions le livret — Dom Guichotle dans le temps quil est déshabillé par les demoiselles de la Duchesse. C’était une des pages de la série de modèles qui lui avaient été demandés par le fermier général M. du Fort et que le financier se proposait de faire exécuter en tapisserie à la manufacture de Beauvais'. Cette suite de modèles, où la plaisanterie est un peu lourde, est conservée aujourd’hui au château de Compiègne. Nous croyons que Natoire a eu ici une fâcheuse aventure. Pour raconter les infortunes de Don Quichotte et de Sancho, il est nécessaire d'avoir de l’esprit.
Natoire n’avait peut-être que du courage. Il travaillait toujours. En i/4J, le roi utilise de nouveau son talent. Le peintre expose quatre tableaux où il a mis en scène Diane, Bacchus, Apollon et Vénus et qui étaient destinés au château de Marly. Ils y furent placés, en effet, et, dans ses Environs de Paris, d’Argcnvillc en parle comme de quatre dessus déporté qui en 1-62 décoraient l’appartement de Madame Adélaïde. Nous en avons retrouvé un, le Repos de Diane ^ dans un des salons du Petit-Trianon. Assise au pied d’un arbre, la déesse appuie sa tête sur sa main droite et tient son arc de la main gauche. Trois nymphes sont auprès d’elle. Signé et daté, C. Natoire f. Qualité fort ordinaire.
Le peintre, travaillant pour le roi, aurait dû dépenser un peu plus d’originalité et d'élan.
Et cependant Natoire allait être chargé de travaux superbes. C’est au Salon de 1745 qu’il montra résolument de quel effort il était capable. Il voulut prouver qu’il pouvait du même pinceau traiter tous les genres, et comme ses œuvres ont été conservées, il est possible d’en parler avec précision, sinon avec une sympathie sans mélange. Peintre religieux, Natoire avait improvisé pour l’église Saint-Gcrmain-des*Prés un grand Saint Etienne au moment où, conduit devant les docteurs, il répond aux accusations des faux témoins qu’on a ameutés contre lui. Ce tableau, qui est daté de 1745, est aujourd’hui au musée de Rennes et il n’est pas de ceux qui laissent dans le souvenir une trace bien persistante.
En même temps, Natoire exposait une vaste peinture dont le sujet était emprunté aux événements du jour et qui racontait avec quelle pompe l’évêque d’Orléans, M. de Paris, fut reçu dans sa ville épiscopale. Cette toile, qui comprend une multitude de figures et qui vise au luxe et au fracas, décore l’escalier de l'évêché et elle y tient beaucoup de place. Natoire a cherché l’unité, car il fut toujours hostile au contraste trop violent des couleurs : il a trouvé
I. Voir la Vie de J. -B. Oudry dans les Mémoires sur les membres de l'Académie, II, p. Syô.
CHARLES NATOIRE
l'harmonie de l'ensemble dans une sorte d'effacement du ton local et en novant sa composition dans une gamme d'un gris bleuâtre qui n'est pas sans finesse, mais où la force manque tout à lait. Nous avons là un exemple significatif d'une mésaventure qui est arrivée fréquemment aux maîtres du xviii' siècle ; en agrandissant leur cadre, ils ont souvent affaibli leur pensée et leur coloris. Pour Natoire, le fait est certain ; on retrouve au musée d'Orléans une petite esquisse du grand tableau consacré à l'entrée triomphale de l'évêque. Là aussi il y a des pâleurs grises, des bleus éteints et une atténuation générale du ton; mais cette esquisse est beaucoup plus spirituelle et plus vive ; elle n'a pas les airs ennuyés et nonchalants qu'on remarque dans l'exemplaire in-folio conservé à l'évêché. Le malheureux Natoire s'est diminué le jour où il a voulu s'agrandir.
Cette année ipqj ne fut cependant pas mauvaise pour son talent, et ne compromit point sa renommée. A côté des œuvres que nous avons dites, il exposa au Louvre trois panneaux destinés à la décoration du cabinet des médailles à la Bibliothèque du roi. Ce cabinet, type charmant de l'art du siècle de Louis XV, a malheureusement disparu par suite des travaux exécutés sous le dernier règne. On se rappelle les peintures de Natoire. Associé à Boucher et à Carlo "Vanloo, il dut faire un effort pour ne pas se laisser battre par de pareils concurrents. Ses panneaux représentaient Thahe, Terpsichore et Calliope, et ces muses n'avaient vraiment pas trop 1 air mal a leur aise dans la découpure de leur cadre fantasque. Bien que le style des figures ne fut pas d'un goût très épuré, Natoire avait retrouvé là le pinceau dont il s’était servi à l'hôtel Soubise, et ses colorations, d'un gaieté tempérée, ne paraissaient pas sans charme.
Dans ces dernières œuvres, Natoire révèle ses véritables instincts; il dit bien quelle est son aptitude essentielle : il est avant tout un décorateur, il se préoccupe de 1 effet d ensemble, il approprie sa peinture au caractère architectonique du monument ou du salon qu il décore. Détachées des boiseries sculptées et dorées dont elles sont la souriante parure, placées dans un musée à côté de tableaux sérieux, ses mythologies prennent soudain de la fadeur et de l’inconsistance, ou du moins elles avouent leur fiiiblesse. Il faut les voir dans le milieu pour lequel elles ont été fiiites, embordurées de reliefs, circonscrites dans leurs découpures d'or. On comprend alors quelle fut leur vertu décorative, et pourquoi elles peuvent être, sinon glorifiées, du moins admises et pardonnées.
Les fins critiques du xviiri siècle ne se firent pas d'ailleurs trop d’illusions sur Natoire. On lui adressa çà et là quelques réprimandes. Lorsque, en 1746, il exposa — dans des cadres de plus en plus chantournés — le Songe de Télémaque,