Obsei'vations sur les arts, 1748, p
2. Gaetano Brunetti, qui a enrichi de décorations légères — perspectives simulées, colonnades feintes, Jardins chimériques — les escaliers, les vestibules et les cours des grands hôtels du xvin' siècle, était un Lombard qui mériterait un bout d’étude. Il est mort en 1758. Son fils, dont la personnalité n'est pas très définie, fut toujours pour lui un aide alerte et intelligent. Il travaillait encore en 1782 aux peintures décoratives de la salle de la Comédie-Française.
CHARLES NATOIRE
inventions au caractère de la chapelle, il peignit avec beaucoup de luxe la procession bigarrée des mages et des bergers venant adorer l’enilmt Jésus dans la crèche. Des arcades simulées variaient çà et là la monotonie des murailles sans relief; on voyait passer les figures sous des portiques imaginaires; des paysages aux colorations adoucies souriaient dans le lointain; près de la tribune, des sœurs, assez jolies sous leurs coiffes blanches aux larges ailes, apparaissaient conduisant les enfants recueillis dans l’asile. La destruction de ce grand ensemble a porte une rude atteinte à la renommée de Natoire.
Le peintre, qui volontiers se considérait comme le successeur de Lemovne, ne manquait aucune occasion de s’associer aux joies de la maison royale. On peut voir dans l’un des cabinets du Grand-Trianon une allégorie qu'il improvisa en 1750 à propos de la naissance dune fille du dauphin, Marie-Zéphirine de France. Dire que cette princesse est née le 26 août et que le tableau a figuré au Salon prolongé jusqu’au 8 octobre, c’est dire que Natoire peignait vite. La vérité est quil avait préparé sa composition par avance, à l’heure où l’on ignorait encore quel serait le sexe de l’enfant attendu ' . En donnant naissance à une fille, la dauphine trompa les espérances publiques. « Mauvaise nouvelle, écrit d’Argenson, M'"“ la dauphine est accouchée hier à six heures du soir d’une princesse et non dun prince, comme on le souhaitoit tant. » Mais la mythologie de Natoire avait Liit la part de l’imprévu. Son cadre complaisant se prêtait à tout. L’improvisateur acheva en quelques jours cette fastueuse allégorie où l’on voit LHymen remettant à la France la princesse naissante. Dans le bas du tableau, la Seine et la Marne — on sait quelle était alors la courtisaneric des rivières — se montrent accompagnées de petits génies et tout à fait heureuses de l’événement. On entrevoit au fond le palais des Tuileries, et, comme Natoire l’a écrit lui-même, « une foule de peuple qui, répandu aux environs, semble faire retentir ces lieux de fanfires et de cris d’allégresse ».
Dans ce tableau, qui ne diminue en rien la valeur des allégories de Rubens, Natoire üiisait voir en même temps qu’il avait la main prompte et qu’il était pour le roi un serviteur fidèle. Ce zèle ingénieux méritait une récompense. Natoire la reçut Tannée suivante. Lenormant de Tournehem, chargé alors du service des bâtiments royaux, n’était pas sans s’être aperçu que le directeur de l’Académie de Rome, Jean-François de Troy, vieillissait beaucoup. De plus, — la tradition étant respectée, même en un temps où l’administration française n’affectait aucun rigorisme, — on avait appris avec regret que, malgré ses soixante-dix ans, M. de