‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 19 sur 106 · Collection S. de Lovenjoul, 10 octobre 1859, inédite · texte numérisé non relu

Collection S. de Lovenjoul, 10 octobre 1859, inédite

radoteur, n'a ni généreuse ardeur, ni haute pensée, ni grande flamme, généralement parlant; aussi, en voyant tout ce qui me passe sous les yeux, et vous conviendrez que je suis assez bien placé pour observer, il m'arrive souvent de dire avec tristesse, en parlant des hommes de notre génération : « C'est donc encore « nous qui sommes les jeunes ! »

« Comparez les jeunes gens que nous voyons dans les lettres et ailleurs, à la jeunesse de la Restauration et de 1830. Il y avait alors de nobles aspirations, une vive indignation contre tout ce qui était oppressif pour l'esprit humain et pour les peuples. Aujourd'hui rien ne vient, à vrai dire, du côté soi-disant vivace de la génération qui arrive et qui monte; s'il y a par là de généreuses aspirations, rien ne nous l'apprend, rien n'en transpire volontiers. Y a-t-il un jeune talent, il est bien prêt, plutôt, si ce n'est déjà lait, de se laisser enrôler par la puissance qui enchaîne la pensée. On peut dire que l'écrivain en voie de formation passe le plus souvent à l'influence ennemie qui n'aime ni les penseurs ni les écrivains — alors, que devient-il?

« Il appartiendrait à une voix comme la vôtre de parler à la jeune génération, et de l'avertir de la chute qui la menace. La couronne intellectuelle de la France qui a tant brillé depuis le xvi° siècle, est en sérieux danger, je le crains fort, sous le régime de l'esprit matériel et sous l'empire des mœurs que nous voyons. Vous vous feriez beaucoup d'honneur en abordant ce sujet. Un beau cri, un cri de douleur et de colère — comme celui de votre préface — sorti de votre solitude, ou même cette idée devenant

l'objet d'un roman peut-être, obtiendrait une vive attention, et pourrait opérer une espèce de réveil de l'intelligence française.

« Où va la P>ance? où vont l'esprit et les forces vives de ce pays? Personne ne le dit, et cependant toute voix autorisée peut le dire, car il ne s'agit point ici de questions politiques, mais d'une question morale et philosophique* »

1. Collection S. de Lovenjoul, lettre citée dans La véritable histoire d'Elle et Lui.

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