o9, inédite
pas maintes fois servi d'intermédiaire ? George estelle si oublieuse ? Car, perfide, certes, elle ne l'est pas...
L'année suivante, au printemps, la voici installée à Gargilesse, charmant petit hameau de la Creuse, dont elle s'est entichée.
C'est un joli coin que ce Gargilesse. L'enthousiasme de George me donna naguère l'envie de l'aller visiter. En venant de Nohant, la route qui mène à cette retraite est mouvementée, plonge et grimpe à travers collines et vallons; la rivière suit la route, tantôt sagement, tantôt jouant à sautemouton par-dessus les rochers. Gargilesse est bâti au fond d'un entonnoir, les chemins qui y descendent sont rapides ; elle possède un château dont une des façades domine curieusement l'abîme, tandis que l'autre prend jour sur une petite place au centre du pays. La maison de George Sand, à Gargilesse, est une pauvre maison de paysan. Rien ne la distingue de ses voisines. Elle n'a qu'un étage; quelques marches le surélèvent, un grand toit rabattu coiffe le tout. Sur l'escalier humide, l'herbe et le lichen ont poussé. La pièce du rez-de-chaussée, oii George corrigea le Marquis de Villemer, est une mauvaise chambre basse et sombre; de confort certes, il n'y en a point, mais George aima cette retraite, le bruit de l'eau tumultueux qui chante aux pieds des murailles du village; elle aima aussi
les longues marches à l'aube, dans les vallons frais où serpente la rivière. Maurice collectionnait les insectes, elle étudiait les pierres du pays. Ne prend-elle pas goût alors à la géologie? Ce goût devient une passion quand elle écrit Villemer. On a remarqué que la vue de ces pierres lui suggérait des rêveries sans fin. Son imagination féconde lui faisait apercevoir, à l'aspect d'un galet roulé par les flots, l'époque où les hommes habillés de la peau des bêtes parcouraient les forêts de la Gaule portant des haches'de silex, et maniant de pesantes massues M
Donc, en mai, George Sand, après avoir achevé le Marquis de Villemei^ va se reposer à Gargilesse. De retour à Nohant, elle écrit à François Buloz :
« J'arrive ce soir de ce beau pays de Gargilesse, un vrai paradis où l'on oublie toutes choses, même les romans ! Mais rassurez-vous, je n'ai été me livrer à la paresse qu'après avoir bien travaillé. J'ai fini un gros volume, c'est-à-dire un roman entier de 400.000 lettres, je crois, car je n'apprendrai jamais à calculer juste la mesure qu'il faudrait pour la librairie. Il mefautmaintenant oublier les rochers et les flots de la Creuse, et passer une quinzaine à relire et à épurer ce grifi"onnage; on me dit que ce sera joli. Moi j'ai tant fait de romans, que je ne m'y connais plus. Nous avons cherché là-bas beaucoup d'insectes desideratum Maurice, beaucoup de cailloux desideratum
\. Voira ce sujet une étude d'A. Marx.
G. Sand, à présent voici un roman desideratum Buloz. » Mais George demande à son directeur de lui laisser publier dans les Débats pendant que paraîtra ce roman dans la Revue, une nouvelle : ce n'est pas pour son plaisir ! Elle sait aussi bien que lui que le feuilleton n'est pas son meilleur cadre : « mais pour des considérations particulières que vous comprendriez si ce n'était trop long à dire dans l'état de sommeil oii je suis. J'ai tant marché depuis huit jours que je dors debout. N'importe, vous me déchiffrerez ^ »
L'annonce d'un roman de George a, comme d'habitude, enchanté François Buloz :
« Vous êtes une vraie fée, mon cher George, lui écrit-il, le 10 mai, et comment ne pas faire tout ce qui vous plait? »
Bien entendu il cède pour les Débats, et puis :
« Je ne connais pas votre pays de Gargilesse qui vous a si bien inspirée et ravie, mais vous devriez venir nous demander l'hospitalité en Savoie dans le mois d'août ou de septembre, nous vous traiterons le mieux possible. Nous ferons des courses autant que vous le voudrez, vous verrez le pays à votre aise et peut-être vous fournirait-il un sujet, on n'a jamais rien fait sur ces pauvres montagnes, et pourtant les mœurs et le paysage peuvent donner lieu à de curieuses observations.