novembre 1862, Collection S. de Lovenfoul, i. 59, id
m"* la QUINTINIE 121
appeler ce livre : Le roman dun prêtre, mais ce titre François Buloz ne l'approuve pas... « Je crois que l'autre était préférable : M"° La Qiiintinie ne dit rien, n'éveille rien, et clans des choses très parlantes, un titre qui n'est pas trop significatif est ce qu'il y a de mieux. Celui-ci paraît dangereux, il éveillera de suite les ombrages et la susceptibilité du pouvoir et du parti clérical, qui sera trop heureux de mettre ses gens en campagne, et vous pensez bien qu'on nous sacrifiera sans hésiter à la haine des Papistes, on sera trop heureux de leur donner un os à ronger... » Le directeur de la Revue des Deux Mondes a encore deux observations à faire sur cette première partie :
« Ce ne sont pas les Capucins qui exploitent Haute- Combe S ce sont les Bénédictins de Citeaux. Gardezvous de laisser cela : le clergé et les hober^^ux de Savoie s'en serviraient contre nous. Il n'ese. pas exact non plus de dire qu'il n'y a pas à Haute-Com' e des tombeaux réels, il y en a quatre ou cinq... le roi Charles-Félix y a été enterré en 1831... L'autre passage qui me paraît demander des modifications est celui-ci... : « pouruu qu'elle préfère mon lit au confessionnal. »
George se soumet à tous ces changements, et d'abord
1. L'abbaye de Hautecombe, sur le lac du Bourget. Cette abbaye contient les sépultures des rois de Sardaigne, elle est demeurée la propriété de la couronne dltalie après l'annexion.
-elle sacrifie le titre de son roman. Elle écrit à François Buloz, le il février 1863 :
« Mon cher Buloz, intitulez M^'^ La Quintime (pas de la Quintinie) et marchons. La première partie est pour ainsi dire sans inconvénient. Si la deuxième est dangereuse, à cause de la lettre du père d'Emile, on peut voir à reporter vers la (in une partie de ce qu'il dit là... on pourrait ainsi avancer beaucoup dans le roman, en laissant croire que l'on recommence Sibylle, et ce serait drôle ; allez donc de l'avant, puisque vous avez bon courage... Pour moi, je ne me dissimule pas les injures et les insultes qui tomberont sur moi. J'y suis fort habituée, Dieu merci, et le plus -ou moins ne m'ôte pas l'appétit. J'ai un grand bonheur, c'est d'être arrivée avec l'âge à des convictions aussi fortes que mes doutes d'autrefois étaient profonds et douloureux. J'ai donc acheté mes croyances après des souffrances intérieures qui me donnent le droit de tenir à ce que je tiens. Vous êtes arrivé aussi avec l'âge, à sentir qu'une Revue est une mission bien plus qu'une affaire, et bien qu'en politique, et en critique d'art, je ne sois pas toujours de l'avis de vos écrivains, je sais à présent qu'il y a un terrain commun où peuvent marcher tous ceux qui croient au progrès. L'Empire, en nous faisant reculer sous beaucoup de rapports, nous a fait avancer de beaucoup sur ce terrain-là. Il a grandement simplifié les <juestions pendantes, sachons en profiter. J'ai lu hier soir avec Manceau l'article de M. Laveleye^ Il est
1. La crise religieuse au XIX» siècle, par E. de Laveloye, 15 février 1863. Revue des Deux Mondes.
ar'° LA QUINTINIE 123
très vrai et très habilement fait. Malheureusement, quand on fait du roman, on ne peut pas être si prudent et si fort de décision calme. Le roman veut de la chaleur et de la passion.
Quant au critique de Salammbô S il est savant et ingénieux, mais il se trompe. Nul ne peut imposer arbitrairement son goût, et rien ne me persuadera que le silence qui remplit Mègare, ne soit pas une chose belle et grande. Il y a des appréciations personnelles qui ne se démontrent pas, ou qui tournent contre le démonstrateur... » George reproche en général aussi à la critique de la Revue d'être « éreinteuse », la critique a « hérité cela de Planche, que n'a-t-elle hérité encore de ses côtés enthousiastes ? » George reconnaît de l'honnêteté à cette critique, de la science, du talent. C'est beaucoup, à coup sûr, ce n'est pas assez, il lui faudrait de la vie « sa véritable mission c'est de donner la vie, et non de l'ôter ».
Flaubert n'est pas son ami, elle le connaît à peine, mais elle déclare que c'est un homme « original et fort », pourtant rien n'est plus différent de sa manière que la sienne, et elle ne sait rien de ces questions d'école, si école il y a...
« Ce qu'il y a de certain, depuis qu'il existe une littérature au monde, c'est qu'il y a un aspect réaliste, et un aspect idéaliste dans toutes choses. L'un vaut absolument autant que l'autre dans les mains de qui sait s'en servir, et tout le monde est libre de choi-