Collection S. de Lovenjoul, 25 février 1863, f. 164, id
« Eh quoi, ma pauvre amie », écrit George à M""® François Buloz, « c'est vous qu'on charge de l'herbier?... rien ne presse, je disais à Buloz « quand vous « irez à Ronjoux, et quand vous y songerez », et le voilà qui vous dit d'écrire, de vous dépêcher, et de VOMS embêter à.Qmo\, comme sile Nivolet' devait s'envoler ! Heureusement vous savez que je ne suis pas si impétueuse que votre époux, et que je ne veux pas vous causer un souci gros comme le plus microscopique de mes brins d'herbe-. »
George Sand, qui à cette époque atteint bel et bien la soixantaine, ne semble guère, intellectuellement parlant, changée depuis 1848, et si le portrait de Couture la représente alors sous les traits d'une dame au menton lourd, au cou épais, ni ses magnifiques yeux, ni son esprit enthousiaste n'ont vieilli. Elle est demeurée aussi généreuse qu'autrefois, lorsqu'il s'agit de louer un de ses contemporains, ou de signaler un talent nouveau. Aussi François Buloz continue-t-il à exercer auprès d'elle la fonction de modérateur : « Informez-vous. Voyez, rendez-vous compte. Si vous saviez vous ne penseriez pas ainsi. » On trouve continuellement dans les lettres de son ami des conseils de ce genre, concernant les littérateurs de son temps. Comme jadis par tendresse, elle
1. Montagne située en face de Ronjoux. Le Mont Granier, dont parle George Sand plus haut, est la suite de cette chaîne.