‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 53 sur 106 · Collection S. de Lovenjoul, 5 mai 1364, f. 146, inédite · texte numérisé non relu

Collection S. de Lovenjoul, 5 mai 1364, f. 146, inédite

assez se respecter pour être sincère et digne. J'aimerais mieux faire un compliment à Napoléon III, qu'à M. de Mirecourt'. Mais ne flattons personne, pas même la basse presse, sans cela on perd la notion du vrai, et du juste et du convenable.

« C'est ce qui est arrivé souvent au grand poète, et je dis à dessein grand poète, et c'est assez. Voilà pourquoi il se jette si souvent dans l'énorme, dans l'inhumain, comme disait si souvent le grand Gœtlie. Voilà pourquoi aussi il devient si souvent banal avec ses compliments, ses éloges ridicules à de pauvres diables. Puis pourquoi cette haine de la critique, de la discussion sincère, cette recherche de l'adulation des valets de plume? Un grand penseur, et un écrivain sérieux ne doivent pas craindre la discussion... cela m'est suspect... Eh bien, faut-il vous avouer que je regrette deux choses de vous, c'est que vous n'aye^F rien écrit à Montégut, qui ne s'en est pas plaint d'ailleurs, à propos de son article sur le Marquis de Villemer-, et de n'avoir pas trouvé dans votre Lettre dun voyageur % le nom de Planche, lorsque vous dites avec raison que la petite critique seule conteste Rubens et Rembrandt? Or Planche, que tout le monde oublie beaucoup trop, a fait de très beaux articles avant de mourir, sur ces rois de la peinture... »

4. Cet accouplement de Napoléon III et de Mirecourt est un peu déroutant. Mais pour François Buloz, faii-e un compliment à TiEmpereur, c'est le summum du sacrifice.

2. Le théâtre contemporain : Le Marquis de Villemer. de G. Sand et l'Ami des femmes, de M. A. Dumas lils. Em. Montégut. Revue des Deux Mondes, 45 mars 4864.

3. Lettre d'un voyageur. Lectures et impression de printemps. G. Sand. Revue des Deux Mondes, 4-5 mai 4864, déjà cité.

On le voit, François Buloz était fidèle à Planche. Et Montégut ? Pourquoi George ne l'a-t-elle pas remercié en effet de l'article enthousiaste que Montégut a écrit à la Revue sur le Marquis de Villemer ?

Pourquoi ? parce que Montégut a eu la malencontreuse idée d'opposer le succès retentissant de Villemer à la demi-réussite de VAmi des femmes, qu'il a loué la première pièce, et dénigré la seconde. Il est curieux de lire actuellement l'article de Montégut sur Y Ami des femmes et sans doute, en 1864, les surprises du critique furent vives. Le personnage de Ryons le choque, il le trouve mal appris, cet homme, sans gêne, grossier même dans son dogmatisme, et, somme toute, peu homme du monde. Quelle manie il a, en outre, de donner des leçons à chacune des femmes de la pièce : M"*" Leverdet, M""* de Siraerose, M"® Hackendorff, la petite Balbine elle-même, l'une après l'autre reçoit son sermon. Oui, mais quels sermons? Jamais Dumas n'a été plus spirituel. — Non, Montégut n'apprécie pas assez cet esprit de Dumas... et George, qui est tendrement attachée à celui-ci, est blessée ; elle ne peut se féliciter des louanges dont Montégut la comble, puisqu'en même temps que ces louanges, Alexandre Dumas, lui, ne reçoit que des critiques acerbes.

George prétend que le succès de Villemer n'est dû à « aucune cabale ». « Cependant les étudiants », reconnaît l'auteur non sans satisfaction, « criaient : « Vive

« George Sand ! Vive M"" La Quintinie ! A bas les clé- « ricaux ! S) et devant le Club catholique six mille personnes chantaient en fausset : Esprit-Saint descendez en nous. Notez que ces manifestations, venant après celles qui avaient fait tomber la Gaëtana d'About, prenaient bien l'allure d'une réplique. Aux entr'actes, les étudiants (toujours) chantaient : Enfoncés les Jésuites ! Hommes noirs d'où sortez-vous ? et puis toujours La Quintinie!' » Tout cela ferait bien croire, si l'on n'en était déjà persuadé, à un succès politique, mais à côté de celui-là qui fut bruyant, Villejner eut encore le succès ; et George, bonne démocrate, qui se réjouit aux cris des étudiants anticléricaux, s'émeut aussi à la vision de l'Empereur dans sa loge, « pleurant ouvertement ». La princesse Mathilde aussi est présente, et vient au foyer serrer la main de l'auteur. Pendant la représentation, George Sand, dans la loge de Le Rounat, est entourée aristocratiquement du prince, de la princesse et de la duchesse d'Abrantës ; (qu'en pensent les étudiants '?) Flaubert est avec eux ; « il pleure comme une femme ». « Quant au prince, il « claque comme trente claqueurs », se jette hors de la loge, et crie à tue-tête \

La foule reconduit George chez elle, chante, l'acclame, puis se trompe, acclame aussi Marie, la petite

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