Collection S. de Lovenjoul, mai 1864, f. :200, inédite
dire à présent qu'elle est, dans la Revue^ couronnée à son détriment? Elle confie à Louis Buloz : « J'ai eu envie de répondre dans la Revue à Montégut, et de lui dire qu'il était injuste, mais c'eût été bien ingrat et on m'a dit que personne ne croirait à ma sincérité ^ »
Pendant la publication de iV/"* La Quintinie en
avril 1863, George Sand songeait encore à tirer un
second roman de la môme veine : Le roman dit prêtre...
« Il y a, certes, quelque chose d'équitable et de bon à faire avec le sujet », écrivait-elle à son directeur ; « un prêtre, encore dans la force de l'âge et de lintelligence, ouvre les yeux, il veut rentrer dans la société, dans la vie, dans la famille, peut-être? Et la société civile ne veut pas plus que l'Église. Cet homme a eu certaines vertus que la politique, la discipline religieuse donne, et que n'ont pas ceux qui ne croient pas. C'est une chose certaine qu'il ne faut pas laisser invoquer contre nous sans avoir à montrer que certains vices de l'intelligence contractés sous le poids de cette même discipline sont funestes, et qu'il faut une autre philosophie catholique. Nous arriverons ainsi avec adresse au fond de la question.
« Qu'est-ce que vous en diriez? Si on nous laisse aller jusqu'au bout de .¥"" La Quintinie, et que malgré les colères sur le point d'éclater, nous sentons
1. Collection S. de Lovenjoul. George Sand à Louis Buloz, 11 mai 1864, f. 227, inédite.
que nous pouvons aller encore, pourquoi ne le ferionsnous pas * ? »
Le projet fut abandonné. François Buloz alors le déconseilla : « Encore un roman sur les prêtres? C'était trop. » George n'en parla plus. Mais trois ans plus tard, reprochant à son directeur « l'esclavage » dans lequel la maintiennent ses contrats avec la Revue, elle l'entretient à nouveau du Roman cCun prêtre : c'est pour elle un excellent prétexte ; à vrai dire elle est lasse de ses traités, elle voudrait les annuler, ou tout au moins en supprimer les clauses gênantes. Pourtant ils furent faits spécialement à sa convenance. Il y a deux ans à peine, François Buloz ne lui accorde-t-il pas des avantages tout particuliers, afin de lui rendre la vie plus aisée, alléger ses charges ?
Voyons donc :
En février 1864, voici une lettre du directeur delà Revue à George. L'auteur est en retard de 28 feuilles sur son traité.
« Réduisons à l'avenir », dit François Buloz « à 2o feuilles, au lieu de 30. Vous aurez ainsi moins à travailler... Je désire alléger votre travail sans diminuer votre revenu, car je ne veux rien vous retenir... » et au contraire : « Avez-vous besoin d'argent? Je me mets à votre disposition dans le cas où vous auriez besoin de quelques fonds nouveaux... Je
1. Collection S. de Lovenjoul, i2 avril 1863, f. 167, inédite.
CORRESPONDANCES lai
vieillis plus que vous, et je sens que travailler comme à quarante ans, c'est dur aussi, et difficile... vous m'avez rendu mon travail moins dur depuis quelques années : vous avez fait depuis notre raccommodement, pour la Revue, de très beaux romans, et je serais trop heureux de vous en témoigner ma reconnaissance par tous les moyens qui sont en mon pouvoir ^ »
George, touchée alors des sentiments délicats de son vieil ami, avait répondu une lettre véritablement reconnaissante :
« Mon cher Buloz, vous faites beaucoup pour moi. Je vous en remercie cordialement, et je sais que vous me rendez dix bonnes années de courage, durant lesquelles je vous ferai encore du bon travail. Si la qualité rend la quantité plus profitable à la Revue, je me serai acquittée de fait, et je l'espère ainsi. Quant à la dette de cœur qu'après une longue amitié troublée mais sincèrement reprise, je contracte avec vous sur nos vieux jours, je l'acquitterai aussi par une gratitude vraie et un dévouement soutenu à vous, aux vôtres, et à l'œuvre de votre vie, la Revue. Comptez donc sur moi, et que celui de nous deux qui survivra à l'autre garde sa mémoire dégagée de tout souvenir amer. Nous nous sommes heurtés par nos défauts, et rapprochés par nos qualités. Nos qualités l'emportaient apparemment. Si j'ai rendu justice aux vôtres, même dans les plus grands malentendus, me voilà bien convaincue que je me suis exagérée vos torts et