Inédite
imagination, et je ne veux pas reprendre ce que j'ai ■concédé avec un véritable plaisir... comment pouvezvous me le proposer ?
« En témoignage de ce qui précède je dis tout de suite et sans embarras... Faites votre roman du Prêtre, je serai le premier à vous applaudir si, comme j'en suis sûr d'avance, vous frappez juste, et bien. Si je vous ai dit après La Quintinie, d'attendre, c'était par pure raison littéraire. Vous croyez le moment venu, et moi aussi, et je vous demande de ne plus ajourner. J'ajoute que si par hasard, par une exception que je ne prévois pas, il vous arrivait de faire une œuvre qui ne put absolument paraître dans la /^É-i'î/e, ce que je n'admets guère cependant, car vous avez de nature et conquête, un droit que tous ne peuvent revendiquer, vous la publieriez ailleurs, comme vous l'entendriez. L'ai-je jamais compris autrement? Comment me prêtez-vous des idées qui ne sont ni dans mes actes ni dans mes habitudes ? Je vois, mon cher George, que vous me méconnaissez bien encore un peu, malgré votre lettre d il y a deux ans... Aussitôt que j'aurai un moment, j'irai vous voir, pour détruire cette tendance qui n'est pas juste.
« Tout à vous cordialement. »
« F. Blloz. »
« Labor émus mon q\\qt George ^.. »
Même après cette lettre si confiante, George Sand
1. Collection S. de Lovenjoul, 21 février 1866, f. 200, inédite. Je possède le brouillon de cette lettre écrite, je pense, par Ch. Buloz. Sur la première page, de la main de F. Buloz : Copie d'une letti'e à G. Sand, datée du 22 février 1866.
LE COQ AUX CHEVEUX d'oR 155
garda, ou fît mine de garder, sa défiance. Cette même année 1866, elle publiait Le dernier amour, dans la Revue, et s'inquiétait de ses « hardiesses » de romancière. François Buloz lui répliquait : « Quand donc a-t-on porté atteinte à votre liberté? Y a-t-il eu un mot retranché? Pourquoi parlez-vous aussi d'ôter une page? Vous savez bien que cela n'existe pas davantage... Vous avez le droit, vous, de vous tromper, mais d'autres peuvent ne pas l'avoir. Renoncez donc, mon cher George, à ces défiances imméritées ^ » On remarquera cette phrase : « Vous avez le droit de vous tromper, mais d'autres peuvent ne pas l'avoir », c'est une allusion au livre de Maurice, et aux polémiques qui ont failli diviser une fois de plus François Buloz et George Sand.
Car Maurice a écrit un nouveau livre : Le Coq aux cheveux d'or. Il a envoyé le manuscrit à François Buloz, qui refuse de l'insérer dans la Revue. De ce refus naît un véritable scandale dans la famille Sand. En vain, M""^ Buloz, reprenant ses anciennes fonctions de plénipotentiaire, se charge-t-elle de porter ellemême à George la mauvaise nouvelle, Torage éclate malgré tout.
Pourtant quelle gentille lettre écrit M""® Buloz à George ! peut-on annoncer une déception avec plus de tact et de sensibilité ?