‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 60 sur 106 · LE COQ AUX CHEVEUX D OR · texte numérisé non relu

LE COQ AUX CHEVEUX D OR

valions qui concernent ses œuvres, les sollicite même parfois (« Revoj'ez cela vous-même », etc.), mais s'entendre dire que Maurice est dans une mauvaise voie, elle ne peut le supporter; aussi, dès le lendemain de la réception des deux lettres précédentes, écrit-elle à François Biiloz une épître de quatre pages, d'une écriture positivement défigurée, les lignes qu'elle trace vont à tort et à travers, et ses feuilles sont pleines de surcharges :

« Vous me faites beaucoup de peine, mon cher Buloz, et plus de mal que vous ne pensez. Vous me tuez. Mon âme est à bout de chagrins surmontés ^ et d'efiorts héroïques, voici la haine de mon art qui me vient, c'est la fin intellectuelle. Je suis indignée de voir les étranges influences qui pèsent sur vous, altérer votre jugement, détruire votre initiative, vous ôter tout courage, et faire de votre œuvre une sorte de tombeau oii la forme, imposée par l'habitude, doit tomber en pâle molle dans son moule. La Revue est perdue si elle continue ainsi. Elle repousse tous les talents originaux, elle tue la personnalité... »

George continue ainsi longuement... et c'est le procès de la Revue. La Revue a-t-elle compté Flaubert parmi ses collaborateurs ? Elle a paralysé Fromentin qui n'écrit plus (comment a-t-elle paralysé Fromen-

1. Il est impossible d'attribuer cette allusion aux chagrins surmontés à autre chose qu'au deuil récent que George Sand venait d'éprouver en la personne d'un petit-fils de quelques mois. Sa vieillesse fut heureuse et célèbre.

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tin? Sans doute parce que depuis Dominique^, Fromentin, délicat et scrupuleux écrivain, se recueillait), elle n'a jamais admis About. — Mais ceci paraît un reproche absurde. Voici ce qu' About de 1855 à 1869 publia dans la /?er2<e des Deux Mondes: Tolla,le Turco, rinfâme, La fille du chanoine, Les mariages de proviîice, Etienne, Une rupture, Ahmed le Fellah, etc., en outre une critique dramatique, et des « Salons ». Voilà ce que George appelait « Ne pas admettre About » ". Mais elle continue : « La Revue a nié Balzac, A. Dumas, a insulté V. Hugo, et ellemême... »; elle ne se connaît plus : « Qu'est-ce qui gouverne la Revue, est-ce Buloz ? — il n'a lu ni

1. Dominique parut les 15 avril, 1" et 15 mai 1862 dans la Revue des Deux Mondes, en librairie en 1863.

2. J'ai d'ailleurs sous les yeux une lettre d'About, répondant aux demandes du directeur de la Revue; elle est significative... « Votre dernière lettre semblait me reprocher amicalement les quelques articles que j'ai publit's hors de la Revue en 1S67. J'avoue qu'il y a eu un certain nombre de travaux dispersés cette année. Soyez bien persuadé que ce n'est pas pour le plaisir d'être partout à la fois que j'ai ainsi éparpillé ma prose... Pour le salon... je ne rêve rien temps {sic) que d'en faire la critique chez vous... j'aime la critique d'art, et le malheur a voulu que je fusse toujours un juif errant. S'il est vrai que Du Camp se proposât d'abandonner la partie comme il a paru me l'indiquer cet été, je serais très heureux de prendre sa place, et je suis assez dégagé des camaraderies de jeunesse pour offrir quelques garanties d'impartialité. Nous causerons de tout cela à mon retour si bon vous semble... »

Cette lettre doit être delà fin de 1867, la Revue publiait alors Les mariages de province et About annonçait : « Il est dans mes combinaisons et dans mes facultés de vous donner à la file un certain nombre de nouvelles mesurant un ou deux numéros chaque en attendant le fameux Gil Rlas qui veut encore être ruminé. » (Inédite.)

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RaouP (autre roman de Maurice) ni le Coq aux cheveux d'or. « Eh bien, je vous le dis, Raoul... est un chef d'œuvre et qui vaut dix mille fois mieux que le meilleur roman de Cherbuliez » et quant au Coq, « c'est un bijou » — elle n'a plus le cœur à rien, elle va jeter son propre roman au feu, elle ne travaillera plus que pour le théâtre et Maurice avec elle. « Adieu à la Revue. » Mais « pas à vous, mon ami, qui avez été très bon pour moi ». Cependant « vous ne menez plus la barque. Vous ne voyez plus clair... Maurice a un talent immense... il a plus: il a du génie... Maurice prendra sa revanche. Que les gens qui ne veulent pas de nous k la. Revue nous remplacent"... »

Pourquoi George — qui paraît d'ordinaire tenir si peu à la Revue, et fait si volontiers sentir à son directeur le bon accueil qu'elle recevrait autre part, — ressent-elle si vivement un refus, qui ouvre à Maurice toute la presse ? Mais c'est la Revue précisément qu'elle souhaite pour Maurice aujourd'hui. A M""* Buloz qui se propose de venir la voir, elle écrit le lendemain : « Non, chère amie, ne venez pas. Je suis blessée et outragée à n'en jamais revenir. » Cependant François Buloz, à Ronjoux, s'étonne de la lettre de George. Acceptera-t-il donc toujours ses violences sans riposter ? Non. Voici sa réplique à l'attaque si violente de son auteur préféré.

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