‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 65 sur 106 · janvier 1862, inédite · texte numérisé non relu

janvier 1862, inédite

« barbare ». Pourtant, Marie Buloz était alors une grande jeune fille, mince et robuste, qui respirait la santé et la force. Son teint éblouissant etses cheveux d'or, en faisaient un être de lumière et de joie. Mais elle était portée à la mélancolie : l'esprit endiablé qu'elle posséda par la suite dormait encore, et ne devait se manifester que plus tard, au contact de la vie réelle. Toute jeune fille, et jusqu'à son mariage, il semble qu'elle vécut dans un songe, entourée de la tendresse et des attentions de M"" Buloz, qui l'idolâtrait, et prenait le parti de sa fille contre un père, dont ces dames disaient qu'il n'entendait rien aux femmes, ce qui, sans doute, était vrai. Je sais que ma mère, fort studieuse, désirant apprendre alors l'anglais, demandait un professeur à son père, qui répondait rudement : « Un professeur! en ai-je eu un ? Fais comme moi, apprends avec un dictionnaire ! » De tels propos plongeaient la néophyte dans le découragement le plus noir, elle se vengeait en déclarant que l'odeur des jasmins de Ronjoux l'écœurait, et que le roucoulement des pigeons lui donnait des crises nerveuses.

George, tenu au courant par M"'' Buloz des dégoûts de sa fille, revenait à la charge : « Marie n'a-t-elle pas quelque amour en tète ? » Mais non. Alors George :

« La grande Mademoiselle ne veut pas se marier encore? Elle a bien raison, si elle n'en a pas envie.

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