Les salons de Vienne et de Berlin, déjà cité
Henri Blaze signa, je l'ai dit, à la Revue sa première œuvre, un acte en vers, d'un pseudonyme : Hans Werner ; il était trop jeune pour se faire connaître ; qu'auraient pensé les abonnés de la Revue en apprenant que ce poète avait vingt et un ans ? Les pseudonymes servent à cacher un trop grand nom, ou une personnalité si mince qu elle n'apporte aucune gloire à un recueil. Qui donc connaissait ce petit poète-là ? Assez rapidement il leva le masque, en s'essayant à la critique musicale. Il commença par Beethoven avec une audace toute juvénile.
Fils de musicien, très sensible à l'art musical, il ne fut jamais lui-même un exécutant comme son père. De 1833 à 1873 il écrivit la critique musicale à la Revue des Deux Mondes (un des premiers il y signala Berlioz) et quoiqu'il se destinât à la diplomatie.
Il y débuta fort jeune avec Alexis de Saint-Priest, comme attaché d'ambassade à Copenhague, et c'est de là que M. de la Rochefoucauld l'emmena à Weimar. En 1848, Lamartine nomma Henri Blaze de Bury « ministre de Hesse-Darmstadt », mais je n'ai jamais vu qu'il ait rempli eflectivement ces fonctions. Sous la présidence de Napoléon Bonaparte, M. de Tocqueville pria notre jeune diplomate de revenir à la carrière. Blaze haïssait le bonapartisme, il refusa avec indignation : « Vous pouvez bien être là où je suis? »
dit Tocqueville, conciliant. Ce ne fut pas l'avis de -^laze, qui entra immédiatement après le coup d'Etat dans l'opposition. Bientôt sa maison en devint un des centres actifs, et sur la liste trouvée par M. de Kératry à la préfecture de police, en 1870, « les deux noms de M. et M""^ Henri Blaze de Bury étaient inscrits pour la déportation d'urgence^ ». Ce qui m'étonne, connaissant actuellementle foyer d'intrigue qu'était devenue la maison de la rue de la Chaise '\ c'est que le gouvernement de Napoléon III ait tant attendu pour coffrer M. et M™^ Blaze de Bury.
Henri Blaze, contemporain de Musset et de Vigny, vécut assez tard pour connaître certains hommes de ce temps : Alexandre Dumas fils, Labiche, Brunetière même. Sa correspondance s'étend sur une durée d'un demi-siècle. Elle nous initie à ses antipathies, à ses admirations, à l'ingéniosité de son esprit, à son activité. Malheureusement, la nervosité d'Henri Blaze fut extrême et entravait des projets magnifiques ; prendre un parti l'accablait d'ennui, et lorsqu'il s'agissait de se décider à voyager, par exemple, il lui arriva souvent de se décourager avant d'avoir pris son billet, et de ne voyager qu'en imagination. Sous ses dehors brillants, se cachait souvent une grande mélancolie, surtout à la fin de sa vie. Il sentit sans doute qu'il n'occupait pas la place qu'il