‹ François Buloz et ses amis (volume 2)Chapitre 78 sur 106 · Elle signait Arthur Dudley dans les deux revues · texte numérisé non relu

Elle signait Arthur Dudley dans les deux revues

sur la politique, et le mouvement des idées en France .

En I80O elle signait deux volumes : Gertnania, ouvrage qui « contenait le tableau fidèle de l'Autriche et des cours allemandes à cette époque » ; elle écrivit aussi en anglais différents romans; l'un d'eux, Love ihe avenger, obtint un gros succès ; pour la première fois on y vit en Angleterre figurer une courtisane : Lord Lytton, ami de Tauteur, en fut choqué, et le lui reprocha.

Sous l'Empire, la maison de M""" Blaze de Bury fut un centre d'opposition, d'intrigues politiques et de complots. LordBrougham, de passage à Paris, y rencontrait Berryer et tous les adversaires du régime. La maîtresse du lieu recevait aussi Ed. Blanc, le père Gratry, Montalembert, Cousin, Villemain (ce dernier en fut éperdiàment amoureux), Delacroix, Halévy, et la plupart des collaborateurs de la Revue des Deux Mondes, Lerminier, Alexis de Saint-Priest, d'Ortigues, de Belmont, Meyerbeer, Mignet, etc..

Plus tard, M"^ Blaze de Bury évoquant ses jeunes années avouait à son ami le musicien Boïto, que Gœthe, leur dieu, l'avait jadis rapprochée de son mari, n'appartenaient-ils pas tous deux à une même religion, celle du grand poète? Et Boïto :

« Votre passé, chère baronne, je l'avais deviné. J'avais tout pressenti; votre existence, je la savais

par cœur. On peut donc vivre dans un poème comme dans une patrie, puisque toute votre vie est dans Faust, et votre destinée aussi, et celle de Blaze de Bury. Très jeune (il) est rivé à sa merveilleuse traduction des deux Faust, vous vous rencontrez chez l'Olympien, vous vous épousez, c'est naturel... y>

Ah ! cette M""" Blaze de Bury, je la vois : belle, frémissante, sans cesse agitée, comme le peuplier sous l'orage, l'esprit occupé de mille projets, entreprises de toute sorte; courtisée et adulée, elle n'a rien de l'héroïne romantique, elle est bien portante, fraîche et rose comme son nom, elle n'a ni vapeurs, ni crise de nerfs, elle ignore la chaise longue, en revanche elle voyage volontiers, et monte à cheval avec passion. Cette jolie dame a des vertus si viriles qu'elle écrit à l'un de ses correspondants. « Je veux capitonner la vie des miens, et je désirerais que cette tâche m'incombât seule. » Langage et aspirations peu féminins, on en conviendra.

Oui, il est rare de rencontrer une femme à la fois si belle et si fêtée, attirée par des ambitions de ce genre. Celle-ci écrira des articles si graves, que François Buloz refusera de les faire paraître dans la Revue, sous une signature féminine : « Personne ne croirait que l'auteur est une femme. » Et puis, tout à coup, voici ce grave historien occupé, dans le Maine-et-Loir, à courir les bois et les vallées, à che-

val tout le jour, le soir soupant et dansant. Les contemporains s'écrient : « Où trouve-t-elle le temps de faire tout ce qu'elle fait? » On dit d'elle : « Elle est entraînante, et elle a de l'esprit comme un démon! »

Singulière femme. Lisez : Deux visites royales en Hongrie que son mari signa par force, et qu'elle écrivit en 1865. Vous penserez : « Quel excellent travail ! et l'auteur, quel bon historien dans la première partie, quel politique clairvoyant dans la seconde, quelle vue nette de la situation en Hongrie depuis VOcioôer-Diplom de 1861 ! Qui donc a écrit ces pages, peut-être ce George Maïlath, alors taverniciis^, ou encore le comte Esterliazy? » — Vous n'y êtes pas : l'auteur est cette femme qui passe là-bas, en robe à volants; son corps vif semble toujours prêt à bondir, et à franchir quelque obstacle, elle sourit, sa lèvre supérieure un peu courte découvre ses dents, dans ses beaux yeux gris la pensée traverse rapide, éclatante, comme un rayon sur l'eau. Le comte Edmond Zichy l'accompagne, quelque marivaudage les occupet-il? — Non, en passant près de la belle Rose, vous entendez tomber de ses lèvres ces mots : « Vous savez, Comte, que la Banque Viennoise a vu passer chez elle 400 millions de florins la première année; avais-je raison de prédire le succès? » Je ne dis pas

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