‹ François Buloz et ses amisChapitre 103 sur 212 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

inaduine de Taschcr, et la délicieuse Valmore, qui va publier Pauvres Fleurs! il a repris sa place au cours d'Ampère; il était professeur, le voici auditeur à nouveau. Enfin il trouve Paris beau, la Seine « souveraine », et après avoir admiré Rovéréa et les Alpes, il se reprend à aimer la vieille cité, les tours de Notre-Dame, et la flèche pointue de la Sainte-Chapelle, dont il regarde la fine silhouette dans la brume dorée des soirs.

Cependant, il a repris son labeur, il travaille à cet article sur La Fayette, qu'il refusait après la critique de Planche, il commence la publication de Port-Royal — effort colossal; — entre temps il s'occupera de madame de Charrière*.

L'année suivante, Sainte-Beuve est en Italie. 11 a eu tout d'abord d'autres projets : aller à Lausanne chez ses amis Olivier, en passant par le midi de la France — Mormoiron — où il devait faire un séjour chez la sœur de madame Buloz, madame Combe. Il aurait retrouvé là tous ses amis. Mais la chute du ministère Mole, et la prolongation delà crise, empêchent F. Buloz de s'absenter. Sainte-Beuve change donc son itinéraire, et le voici en route pour l'Italie, Les deux lettres qui suivent sont datées de Naples :

i. Ce portrait n'a paru que le 15 mars 1839.

Naples, ce mercredi, 22 mai *.

Mon cher Buloz,

Depuis que je vous ai quitté, il n'y a que peu de jours encore, mais j'ai fait bien du chemin, vu bien des choses; vous-même, de votre côté, me paraissez avoir eu vos petits événements aussi. Je ne sais que très sommairement Témeute et la constitution du ministère : on en est encore ici aux journaux du 8.

J'ai beaucoup pensé à vous et à la Revue; dans ces secousses, les républicains ont rendu là un nouveau et grand service à Louis-Philippe ; ils n'en ont jamais fait d'autre. Tâchez dans ces crises de louvoyer le plus prudemment possible sans trop engager l'avenir de la Revue, et en vous souvenant de son passé. J'ai lu avec contrariété, dans un journal à Marseille, la proposition faite dans un bureau de la Chambre de supprimer les Commissaires royaux : j'espère que cela n'aura pas eu de suite. Dans tous les cas, cela m'a paru un acte d'inimitié contre vous, de la part de quelque Chambolle, ou autre; on n'aurait pas eu cette idée autrement.

J'ai vu de bien beaux lieux depuis mon départ, à commencer par Avignon, Nîmes, Arles. J'ai eu le temps de parcourir le palais et lès églises à Gênes : je n'ai aperçu madame Dudevant à aucun balcon. On dit qu'elle y est. J'ai eu le temps d'aller de Livourne à Pise, et maintenant je suis à Naples, dans cette belle lumière, et m'y plongeant dans tous les sens. J'ai à voir beaucoup encore : j'avalle {sic),

1, Inédite, 1839.

cela ressortira un jour par quelque ouvrage. Je n'ai pas encore travaillé pour vous, je le ferai dès qu'il le faudra : et il le faudra bientôt, car l'argent coule vite dans ce pays, où chaque beauté est taxée, et où Ton ne voit que moyennant finance. Sans cette lèpre, ce serait trop délicieux.

Ecrivez un mot, s'il vous plaît, qui me donne de vos nouvelles, et celles de la Revue... faites bien mes respectueuses amitiés à madame Buloz; où en sont ses projets de voyage? Amitiés à Bonnaire, Marmier, s'il y est encore, M. Gerdès, à tous nos amis, à Lerminier.

Tout à vous d'amitié,

Le 30 mai, il écrivait encore* :

J'ai déjà vu de Naples et des environs ce qui est le plus cité : il y a de bien belles choses, mais pourtant on a fait bien des phrases là-dessus, dont une moitié au moins serait à rabattre; chacun voyant dans les objets, ses propres impressions plutôt que les objets mêmes, a fait une Naples, un cap Misène, un golfe de Baïa à sa fantaisie : les beautés les plus réelles n'ont pas été assez distinguées du reste, et là comme ailleurs, on s'est succédé, on s'est copié, on a été la gent moutonnière, on s'en est tenu au célèbre. N'allez pas me croire toutefois désappointé; plus on vivrait ici, moins on le serait. Ce sont des beautés de nature, et celles-là sont de plus en plus profondes et variées dans l'habitude même.

Si rien ne m'a paru plus désolé que Baïa, rien ne

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