CHAPITRE V
PROSPER MÉRIMÉE RUE DES BEAUX-ARTS. — PHILA- RÈTE CHASLES. — L'aFFAIRE LIBRI. — CORRES- PONDANCES. — LOÈVE-VEIMARS CONSUL. — VICTOR COUSIN ET LE «JOURNAL DES SAVANTS». — HENRI HEINE. — SON ESPRIT.— DÉRANGER. — LA « REVUE DE PARIS ». — JULES SANDEAU. — PONTMARTIN ET SCHAUNARD. — LES AMIS D'AMPÈRE.
Au-dessus de la Revue et de l'appartement du directeur, habitait un peintre S et de 1844 à 1846, Mérimée et sa mère. Les visites de madame Buloz à madame Mérimée étaient fréquentes, la jeune femme venait en voisine, accompagnée de sa petite fille, et les deux dames parlaient de « Prosper ».
Quoiqu'il eût à cette époque quarante-trois ans, il était demeuré le même Mérimée que Delécluze recevait naguère, dans sa petite chambre du cin-
1. II fit le portrait de madame Buloz en robe de soie puce, coiffée de longues anglaises, tenant à ïa main un lorgnon d'or, Sainte-Beuve dit, en voyant ce portrait : « Madame Buloz a l'air de revenir des vêpres. »
quième étage, avec Viollet-le-Duc, Ampère, et Duvergier de Hauranne. « Mérimée avait les traits fortement caractérisés ; son regard fartif et pénétrant attirait d'autant plus l'attention que le jeune écrivain, au lieu d'avoir le laisser aller et cette hilarité confiante propres à son âge, aussi sobre de mouvements que de paroles, ne laissait guère pénétrer sa pensée que par l'expression fréquemment ironique de son regard, et de ses lèvres. » « Prosper Mérimée, disait plus simplement ma mère, avait absolument les traits de la statue de César, aux pieds de laquelle nous jouionsauxTuileries, lorsque nous étionsenfants.» Cette statue, adossée aux vieux marronniers, est toujours debout, en face des parterres à la française, dans les jardins du Roi. Je ne passe jamais là, sans songer à cette parole, et comme il est singulier que Mérimée, admirateur de César, lui ait ressemblé si nettement.
C'était, a écrit M. Filon, « le meilleur forban du monde », qui vivait, jeune, quatre existences à la fois, ce Après le spectacle ou le bal il rentrait chez lui, disait bonsoir à sa mère, entrait dans son cabinet où sa lampe était allumée, caressait ses chat^, et corrigeait ses épreuves. » Le secrétaire de M. d'Argout, le viveur, le mondain, l'homme de lettres : voilà les quatre existences. « Et il trouvait encore le temps d'écrire à des petites filles inconnues, et d'aller boire de l'orangeade au sommet des tours Notre-Dame. »
Du jeune Mérimée dont parle ici A. Filon, du Prosper ami de Jacquemont et de Stapfer, secrétaire du comte d'Argout, je possède une longue lettre, adressée à ce dernier, et datée de Londres 1833. Comme cette lettre est charmante, et écrite avec la plume qui écrivit à l'Inconnue, je la donne ici. Dans la correspondance, Mérimée est incomparable, et quoique les lettres adressées à ses amies soient de beaucoup supérieures aux autres, celle-ci m'a paru devoir intéresser, à d'autres titres, les lecteurs de ce livre.
Londres, 14 décembre 1832.
Monsieur le Comte,
Je vous remercie beaucoup de Taimable et bon souvenir que vous me donnez dans votre lettre du 31. Elle m'a été remise hier, au moment où je sortais de chez le Prince de Talleyrand où j'avais dîné. L'introduction était déjà faite, mais votre lettre me procurera le plaisir de voir plus souvent, et d'étudier un homme, vraiment extraordinaire. J'ai trouvé le Prince hier, au-dessus de sa réputation. Je ne puisassez admirer le sens profond de tout ce qu'il dit, la simplicité, et le comme il faut de ses manières. C'est la perfection d'un aristocrate. Les Anglais, qui ont de grandes prétentions à l'élégance et au bon ton, n'approchent pas de lui. Partout où il va, il se crée une cour et il fait la loi. Il n'y a rien de plus amusant que devoir auprès de lui, les membres les plus influents de la Chambre des Lords, obséquieux et presque servîtes. Le Prince a pourtant une drôle d'habitude. Après son dîner, au lieu de se rincer la
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bouche comme il est d'usage à Londres cl à Paris, c'est le nez qu'il se rince, et voici de (pielle manière. On lui m(d sous le menton une espèce de serviette en toile cirée, puis il absorbe par le nez deux verres (Tcau, (ju'il rend par la bouche. Cette opération, qui ne se fait pas sans grand bruit, a lieu sur un bufï'et à deux pieds de la table. Or, hier, pendant cette singulière abl-ution, tout le corps diplomatique, les yeux baissés et debout, attendait en silence, la fin de l'opéra lion, et derrière le Prince, Lady Jersey sa serviette h la main suivait tout le cours des verres d'eau, avec un intérêt respectueux. Si elle avait osé elle aurait tenu la cuvette. Cette Lady Jersey est la femme la plus hautaine et la plus impertinente de toute l'Angleterre. Elle est très belle, spirituelle, instruite, et très noble par-dessus le marché. Il faut que le Prince soit un bien grand séducteur pour obtenir tant de condescendance de sa part. « C'est une bien bonne habitude, mon Prince, a dit Lady J. — Ohî très sale, très sale », a répondu le prince, et il lui a pris le bras après l'avoir fait attendre pendant cinq minutes. On a parlé politique, littérature et cuisine, et il m'a paru que le Prince était également supérieur sur ces trois points. Il m'a dit qu'il me félicitait beaucoup d'apprendre les atï'aires et les hommes sous votre direction; car il était impossible (|u'un homme de lettres fît quoi que ce soit de bien, s'il n'avait pas été de bonne heure dans les affaires. A l'appui de cette opinion, il m'a cité M. de Chateaubriand, qui n'a jamais pu apprendre à connaître les hommes dans son cabinet, au milieu de ses livres, et qui, arrivé aux alTaires, a fait les bévues les plus comi(iues. A propos de M. de Ch. il m'a cilé sur lui un mot, qu'il dit être de madame Hamelin, et que je
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le soupçonne d'avoir fait. Cette dame, mécontente d'une entrevue avec Ch., dit que « Chactas n'avait qu'une plume de corbeau pour écrire ses ouvrages ». J'ai assisté à l'élection de Westminster, qui devait être la plus contestée de toutes celles de Londres. Le spectacle était très gai, mais tout s'est passé d'ailleurs assez bien. Il est vrai que François Burdett et Hobhouse, candidats ministériels, ont été couverts de huées et d'un peu de boue, mais il n'y a eu ni pierres ni bâtons. Pendant le discours de Hobhouse, le shériffde Westminster attrapait au vol avec un rare bonheur, les ognons et les trognons de choux qui étaient adressés à l'orateur, lequel pérorait avec la plus admirable impassibilité. Le plus applaudi de tous les projectiles qui lui ont été adressés, c'était un chat mort. C'était à la fois une épigramme et une arme assez dangereuse. Les soldats anglais sont punis d'un certain nombre de coups de fouet, que l'on appelle le chat. Or Hobhouse étant député de l'opposition, a demandé l'abolition du^chat; devenu sous-secrétaire d'État de la guerre, il propose un bill pour augmenter l'usage de cette punition. Vous comprenez l'excellente plaisanterie de jeter un chat à sa tête. Quoi qu'il en soit, elle a été perdue pour Hobhouse, mais non pour ses amis qui s'en sont peut-être mal trouvés. Les élections ont été plus tranquilles cette année, qu'à aucune autre époque. On en fait honneur à la réforme. Au reste les Whigs et les Tories disent maintenant « la réforme » comme M. Purgon disait « le poumon ». Il faut excepter l'élection de Hertford à six milles de Londres, que malheureusement je n'ai pas vue. Les candidats s'étaient fait seconder chacun par une centaine de boxeurs, et de bâtonnistes. Après le dis-
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cours, 011 a commencé à en venir aux mains, et cinq ou six hommes sont restés sur la place. Il a fallu envoyer un escadron de life-guards pour moltre le holà. A ce propos, on m'a conté que Tun des hoxeurs, étranger au Comté, était en train d'assommer un électeur quand Lord Ingestrie qui le payait, lui cria : « Don't you see you are knoclving , down thc wrong man? » En eiret c'était un électeur de son parti.
Les élections ont surpassé l'attente des Whigs les plus confiants. Les Tories sont battus presque sur tous les points, et les radicaux presque partout repoussés. A Londres, il n'y en a pas un seul. Il est vrai qu'ils sont d'une assez grande force, à peu près du calibre de M. Gabet. Par exemple M. le Colonel Jones dit qu'il faut établir une guillotine au bout de Portland-place, et une potence à l'extrémité de Regent-Street, puis faire fonctionner la guillotine pour la moitié des aristocrates, et la potence pour l'autre moitié. Le même homme ne manque jamais de donner un dîner, l'anniversaire de la mort de Charles I", où ligure une tête de veau au naturel; et il dit d'un ton contrit à ses hôtes : « Je n'ai pu me procurer la tête du Roi, veuillez vous contenter de celle-ci. »
Les radicaux sont d'ailleurs les mêmes partout, celui-ci bat sa femme et ses enfants, ne paye pas ses créanciers, et s'écrie qu'il n'y a pas de liberté, parce qu'on va le mettre en prison, à la requête de son tailleur.
Je n'ai pas pu voir lord Palmcrston qui canvasse à Falm.outh pour son élection. A son retour, qui sera prochain, je lui remetlrai la. lettre que M. le duc Decazes m'avait donnée pour lui. J'ai rencontré
dans le monde plusieurs membres de TAncien parlement, ou des employés supérieurs du gouverneiTient. Tous se félicitent de la marche de nos affaires. Si le parti du mouvement avait le dessus, la liberté, disent-ils, serait perdue en Angleterre, car les Tories pourraient reprendre le pouvoir, en se servant encore du vieil épouvantait de la Révolution française. Mais heureusement il paraît que nous n'en sommes pas là. Le ministère a une majorité imposante qui tend même à s'accroître. C'a été pour moi un bien vif plaisir, Monsieur le Comte, d'entendre parler partout avec les plus grands éloges, de la direction que vous imprimez à notre commerce, et des utiles changements que vous faites aux anciennes mesures. Les Anglais sont peu louangeurs de leur naturel, et ils sont connaisseurs en , m-atière de commerce. J'ai pensé que vous apprendriez avec plaisir qu'ils vous rendaient justice. Vous êtes, avec le maréchal Soult, le seul ministre français dont le nom soit connu, car vous savez que John Bull est fort ignorant de tout ce qui se passe hors de son île. Dans quelques jours, les élections du Comté vont avoir lieu , et commenceront la grande bataille électorale. Je compte y assister, puisque vous voulez bien me permettre de prolonger un peu mon séjour, je serai à Paris pour la nouvelle année, et j'espère être l'un des premiers, et des plus dévoués de ceux qui vous souhaiteront santé et bonheur.
On compte {sic) ici l'histoire d'un Irlandais qui, écrivait une lettre aussi longue que celle-ci, et qui s'apercevant un peu tard qu'il abusait de la patience de son correspondant, terminait sa lettre ainsi : « Vous pouvez passeriez six premières pages, et ne lisez que ceci — etc. ». Je suis comme cet Irlandais.
Jo VOUS inviterai à passer toute cette lonj^ue lettre, et à ne lire qu(î l'expression des sentiments de respect et de dévouement avec lesquels je suis, Monsieur le Comte, Votre très obéissant serviteur,
p. MÉRIMÉE
En revenant de ce séjour à Londres, Mérimée verra pour la première fois à Boulogne Jenny Dacquin, célèbre Inconnue...
On pense que ce n'est pas ce Mérimée-là, qu'enfant, ma mère connut, mais un Prosper un peu hautain, très fermé, et souvent absent; car il était « à la fois nomade et casanier », sa mère régnait au logis désert.
Madame Mérimée fut une mère admirable, et une curieuse vieille dame. On dit qu'elle éleva son fils avec fermeté et sans grâce, je ne sais, mais elle Tadorait, et avait pour lui aussi de l'admiration. Elle donnait volontiers à son propos maints détails, parlait de ses exigences, disait combien il était difficile « pour la maison ». Elle seule devait préparer son feu, car « il ne souffrait môme pas que la vieille Caroline (servante aux yeux é raillés qui ouvrait la porte) y touchât ».
Toujours soignée et nette, coiffée d'une sorte de bonnet à la Charlotte Corday, un fichu croisé sur la poitrine et des mitaines aux mains, madame Mérimée était immuablement assise dans une grande bergère, entourée de ses chats — Alérimée en avait la folie, — comme plus tard Baudelaire,
et aussi Hugo : le chat est romantique. Dans le petit appartement sombre, à mi-voix, madame Mérimée et madame Buloz chuchotaient. Pendant ce temps, la petite fille blonde qui avait la per- • mission de toucher aux bibelots dont l'appartement était encombré, se glissait le long des meubles et des vitrines qu'elle entr'ouvrait sans bruit : une odeur de fleurs séchées s*échappait. Il y avait là des choses qui ravissaient l'enfant : des bonbonnières d'écaillé transparente ornées de portraits de Messieurs poudrés, et de dames entourées de grands fichus, comme la maman de Prosper; des petits animaux de Saxe, elle les caressait doucement ; des petits carnets, des « Souvenirs », des « Almanachs du roi », des nécessaires de nacre, enchâssés dans des étuis de velours vert, et de grands coquillages roses qui ressemblaient à des bonnets tuyautés... Madame Mérimée causait, de temps en temps, lorsqu'elle toussait, sa main maigre dans la mitaine noire, atteignait un bol d'argent ciselé, dans lequel étaient des feuilles de roses : madame Mérimée crachait dans les feuilles de roses.
C'était une vieille dame d'autrefois, qui avait le verbe net... et appelait un chat un chat. Un jour, parlant d'une amie, sans cesse mère et nourrice, elle disait à madame Buloz avec quelque mépris : ce Que voulez-vous, ma chère, que voulez-vous attendre d'une femme qui est toujours aux œufs et au lait? » Elle-même avait nourri
Prosper; elle racontait en riant qu'à l'époque où il tétait, elle avait reçu un soir inopinément la visite d'un Anglais de ses amis. On avait offert du thé, mais comme il n'y avait plus de lait dans la maison à cette heure tardive, madame Mérimée subrepticement avait donné le sien, pour que le visiteur n'en manquât pas !
Les chats couchaient dans la chambre de son fils, un d'eux lui servait de boule d'eau chaude rhiver, et avait sa place attitrée sur les pieds de Prosper. Cette place, a il la prenait de lui-même », disait avec une certaine admiration madame Mérimée. Un autre, Mistigris, était toujours assis à côté du fauteuil de la vieille dame *.
Mérimée, collaborateur de la Revue de Paris, y publia ses premières œuvres, il y obtint même, avec le Carrosse du Saint-Sacrement, en 1829, le désabonnement de la Duchesse de Berry! Il n'apporta les Ames du Purgatoire à la Revue des Deux Mondes, qu'en 1834. •
A l'époque des visites de madame Buloz à madame Mérimée, ce Prosper », plus âgé, est membre de l'Académie, Inspecteur des monuments historiques, il a écrit la Chronique de Charles IX, Colomba, et Arsène Guillot; il est célèbre. Constamment en voyage, les noms de pays lointains passent dans les conversations. Les
1. « Suivant Mérimée, a dit Champfleury, le chat prouve sa susceptibilité par son extrême politesse. » Lettres aux Lagrenée, introduction, p. xxix.
Thermopyles, Rome, l'Espagne.
Sainte-Beuve, Mérimée ne « veut d'enthousiasmes tout faits », d'aillé « être dupe de rien ». La petite entend tout cela ; elle entend parler l'Académie, de l'éloge de Nodier, ( s'occupe, de Besançon, autre voy prend Prosper; elle éprouve un ^ pour lui, un peu de peur aussi; ui faufilera dans sa chambre vide, v( préparée sur la table de travail, pu éperdue...
Prosper Mérimée, pincé, souriai pas, pour la petite fille, un ami co Sainte-Beuve, Jules Janin, le doux même M. Babinet."
M. Babinet! homme excellent et mais il adorait les enfants et était ses poches étant toujours pleines, à ] 4e mousses, de pierres étranges oi le dévalisaient. Un jour on le vit i de ces poches magnifiques un hérisson à la Revue des Deux succès! Ce brave homme, qui é savant de premier ordre, « n'ar dit Philarète Chasles, pas même à avec une cargaison extraordinai d'originalité, de verve, de profon
qu'il achetait plus volontiers « un dodécaèdre cristal précieux quand il avait 300 francs, qu'il songeait à dîner. Hérissé, le costume débrai toujours en transpiration qu'il essuyait s cesse »; mais point ce hargneux, ni méchant, lâche ». Voilà ce qu'en dit Chasles, et il senc bien que cela, cette fois, soit exact; pourtan plume de Chasles, d'habitude, est perfide et p( tue. C'est ainsi que ce critique fait prononcer bon Babinet une terrible sortie contre la Re des Deux Mondes qu'il fréquentait assidûmei
<L Oui, messieurs, se serait-il écrié dans une ses péroraisons, la plupart des livres modernes sont pas faits. Dans cette Revue des Deux Alor on enfonce comme dans de la pâte, et même la glu! Le pain n'est ni pétri, ni levé, ni c Encore moins a-t-on extrait la quintessence l'idée. C'est de la farine, et qui servira, mais j tard. Les boulangers viendront. Iln'yaeujusqu que les meuniers. »
A la suite de quoi, Prévost-Paradol lui au demandé s'il était lui-même meunier ou b langer?
« Moi? Je suis casseur de pierres, je homme! » et il lui tourna le dos.
Telle est l'histoire que raconte Philai Chasles : il n'en faut rien garantir. Ce fils
^Vwr^^^: — J'f ' i ÂOUCi '/A A 1 ;
Revue, prit F. Buloz en haine, l'attaqua violemment dans une correspondance que publia une Gazette de Russie S fut poursuivi et condamné. L'affaire fit quelque bruit. Les injures dont il gratifia F. Buloz et la Revue se retrouvent d'ailleurs dans les portraits qui figurent au cours de ses mémoires, qu'il avait d'abord baptisés du nom gracieux de Ménagerie. C'est un méchant homme ce Chasles, plein de talent, ce qui arrive aux méchantes gens comme aux autres — mais pas plus souvent. Ces mémoires sont fort venimeux, les contemporains, les confrères de Chasles y sont traités de terrible façon. Quelques-uns de nos modernes polémistes, toutefois, ont su les dépasser encore en violence.
« Cousin et Mignet! Frisez à droite et à gauche deux boucles égales, perruquier de l'amour! Oscillations d'une pendule idiote qui marque les heures banales de votre rhétorique. C'était (Mignet) le grand chef de l'école moisie, je détestais toute cette friperie littéraire ! » Que ne détestait-il pas?
Hugo : « a une bosse et fait de sa difformité un mérite. Il est charlatan et cyclope. »
Thiers n'est a ni un cerveau puissant, ni une âme libérale, ni une main vigoureuse, c'est une rétine immense, un œil, il voit » et c'est tout.