Réponse de M. Libri au rapport de M. Roucly
expertes savaient faire revivre les couleurs fanées, et refleurir les ornements éteints.
En relations fréquentes avec les conservateurs des plus fameuses bibliothèques, ami des Panizzi et des Requien, Libri faisait, pour ses travaux, de fréquentes visites dans nos villes les plus riches de documents précieux. N'était-il pas secrétaire de la commission de rédaction pour le catalogue des Manuscrits de France, commission que présidait Villemain? En outre, ses communications à rinstitut, sa collaboration au Journal des Savants, l'obligeaient à faire, dans ces bibliothèques, de longues recherches; souvent aussi de précieux manuscrits lui étaient envoyés en communication. Q n'arriva- t-il? Cette bibliomanie dégénéra-t-elle chez le savant en kleptomanie? Fut-il véritablement l'auteur des substitutions audacieuses dont on l'accusa dans les bibliothèques de Dijon, Lyon, Grenoble, Carpentras, Montpellier, Poitiers, Tours, Orléans * ? Ce membre de l'Institut déroba-t-il les œuvres de Théocrite et d'Hésiode^ à Carpentras, les lettres de l'Arétin à Paul Manuce à Montpellier, celles de Coligny à Jeanne d'Albret à la Mazarine, YOrlando FuriosOy les lettres de Descartes, d'Hévélius, les feuillets
1. Léopold Delisle, Catalogue des fonds Libri et Barrois, Paris, 1888, H. Champion.
2. Uans la réponse à M. Boucly, Libri établit que le Théocrite avait été échan^^é par lui contre un autre ouvraiJ,e. M. l'abbé Laurans, bibliothécaire de la ville, avait négocié cet échange qui alors, paraît-il, ne pouvait étonner personne.
de Léonard de Vinci, l'Homerus, les papiers de Bonaparte à Lyon, les cinq volumes in folio contenant la correspondance et les manuscrits autographes de Peiresc, etc.? La liste de ces délits serait trop longue à énumérer. Enfin Libri fut-il coupable? Malgré le rapport des experts, l'accusation, le verdict lui-même, la situation de l'accusé, je le répète, est troublante, son attitude d'ailleurs l'est aussi. S'il est innocent, pourquoi fuir? car il fuit; s'il est coupable, comment des hommes tels que Mérimée, Panizzi, Jubinal, F. Buloz, ont- ils été si longtemps sa dupe, l'ontils soutenu et défendu avec tant de courage, et de persévérance?
Voici comment débuta « l'affaire Libri ».
En 1846 ^ le Préfet de police fît remettre à M. Boucly, Procureur du Roi, une note anonyme concernant Libri. C'est la suivante :
c( M. L... (sic) qui a la réputation d'un bibliomane peu scrupuleux sur les moyens à employer pour se procurer les manuscrits qui lui conviennent, a vendu à la maison Payne et Foss de Londres, pour le prix de 7 000 francs, un manuscrit très curieux, ayant appartenu autrefois à la Chartreuse de Grenoble ^ et qui fut classé dans la