F. Buloz cherchait à introduire la Revue aux Indes
flattés, madame Libri et moi, de vous recevoir sans cérémonie. Si vous ne pouvez pas venir encore à Londres et si vous voulez bien me charger de cette négociation, je connais beaucoup la famille Wilcox * dont le chef, membre du Parlement, est le directeur réel de la Compagnie Péninsulaire^ avec laquelle vous aurez à traiter pour cela. Donnez-moi, s'il vous plaît, vos instructions, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour réussir.
» Nous sommes tellement impatients, madame Libri et moi, de lire l'article de M. Mérimée, que je vous prie instamment de vouloir bien m'envoyer par la poste sous bande, le numéro de la Revue du 15 avril, qui doit contenir cet article...
» Dans une lettre, je vous parlerai de quelques travaux que je pourrais vous adresser, si la législation actuelle de la presse ne s'oppose pas à leur publication. »
Le 16 avril, Libri écrit de nouveau à F. Buloz, après avoir lu la courageuse « défense » de Mérimée :
a Mon cher Monsieur, j'ai reçu hier au soir votre très aimable lettre, et ce matin, je reçois la Revue avec l'admirable article de M. Mérimée. Je ne perds pas un instant pour vous exprimer toute ma reconnaissance, ainsi que celle de madame Libri. Nous sommes tous dans l'enchan-
1. On voit qu'en Anf^leterre, Libri, malgré la condamnation, avait gardé ses relations d'autrefois.
tement, et je dois vous offrir aussi les remercîments de MM. Panizzi et Holmes, conservateurs du British Muséum, avec lesquels je suis dans ce moment-ciy et qui m'arrachent la Revue, pour la lire. »
Et en post-seriptum :
« Je vous écrirai à propos des articles que je ferai certainement. Vous pourrez maintenant les accepter sans crainte, je crois, et je puis vous les adresser sans aucune hésitation. Cet article aura eu le meilleur effets »
Et le 21 avril :
« Je ne saurais assez vous remercier de ce que vous avez fait pour moi en ouvrant les pages de la Revue à l'admirable article de M. Mérimée. Tous les jours je reçois de France et d'Angleterre des preuves irréfragables de l'immense effet produit par cet article. Il y a deux jours que le duc d'Aumale en parlait à un de mes amis comme d'une chose qui renversait toute l'accusation. Je vous ai déjà dit l'effet que cet article produisait au British Muséum. Nous attendons avec impatience le tirage à part^ et M. Panizzi veut le faire traduire en italien et en allemand.
»... Je suis encore plus touché, si c est possible, de l'intérêt que vous me témoignez dans vos lettres (j'en ai reçu 3 depuis le 15) que du ser-
1. Aucun article ne parut dans la Revue des Deux Mondes après 1848, sous la signature de LiBri.
vice immense que vous m'avez rendu. Veuillez remercier aussi madame Buloz de notre part.
» Mille choses pour M. Mérimée, mille et mille remercîments pour tous les deux, bien vifs et bien sincères*. »
On sait que Mérimée, pour avoir défendu Libri, et la Revue pour avoir publié Mérimée, furent poursuivis. Le condamné, apprenant les nouveaux ennuis qu'il faisait fondre sur la Revue, écrit encore à F. Buloz le 28 avril :
« ... Je ne saurais vous dire combien je suis douloureusement affecté par la nouvelle que vous me donnez. Cette persécution que vous vous êtes attirée par votre amitié pour moi, par votre courage, et par votre amour de la vérité et de la justice, retombe de tout son poids sur mon cœur; j'espère que vous saurez repousser une injuste poursuite, je n'en suis pas moins rempli d'amertume, pour les chagrins que l'on vous donne.
» Faites, je vous prie, tout ce que vous croirez utile à la Revue, et ne pensez qu'à vous. Ditesmoi si je puis faire quelque chose qui vous soit utile, et disposez de moi dans tout ce que je puis^... »
Le 24 mai, autre lettre de Libri :
« ... Nous attendons avec une vraie anxiété jeudi prochain, pour avoir des nouvelles de ce qui se sera passé mercredi au Palais. J'ai déjà écrit à