‹ François Buloz et ses amisChapitre 122 sur 212 · Malheur à qui a de V Esprit! comédie de Griboiédov · texte numérisé non relu

Malheur à qui a de V Esprit! comédie de Griboiédov

crois dans un caravansérail de TAsie Mineure, arrêté faute de chevaux dans quelque kliani. Il me faut du temps pour m'iiabituer à ma table, et au mur en face pour y trouver des inspirations ^..

P. Mérimée expia donc assez durement son geste d'amitié à l'égard de Libri. II n'en demeura pas moins convaincu de l'innocence, et disait en 1853 à M. Mocquart en lui recommandant madame Libri : « II faudrait des volumes pour rendre compte de cette affaire, et pour exposer toutes les bêtises et toutes les iniquités qui s'y rattachent. » Et encore : « ... On regarde cette condamnation comme un des crimes de la défunte République, et l'on ne comprend pas que ses effets aient survécu au régime dont le 2 décembre nous a débarrassés^. »

En 1859 Libri écrivait à F. Buloz et lui annonçait qu'il quittait Londres à cause de la santé de madame Libri et de la sienne. « J'ai employé, disait-il encore, tout ce qui me restait d'yeux et de force à prépaTor deux catalogues de vente : l'un de manuscrits (qui va paraître à la fin de la semaine), l'autre de livres imprimés qui paraîtra dans un mois .. je compte travailler dans la retraite où nous irons, et dont le choix n'est pas encore fixé... »

A cette vente, Mérimée consacra un article

1. Lettres de Mérimée à la famille Lagrenée, déj. cit., p. 49.

2. Intermédiaire du 20 novembre 1803. XYIII, 575, 57G, citéo par ChamboD, Lettres inédites de P. Mérimée, p. xxxvin.

dans le Moniteur du 1" août. C'est encore lui qui présenta au Sénat deux ans plus tard la pétition de madame Libri : tendant à ce faire casser une instruction irrégulière, flétrir une expertise coupable, et annuler un jugement erroné ».

Cette pétition était signée * Guizot, marquis d'Audiffret, Mérimée, Laboulaye, Victor Lecler et Paulin Paris.

Elle n'eut pas de succès. Mérimée prononça pourtant devant le Sénat un discours très documenté et d'une logique rigoureuse, à la suite d'un rapport assez hostile du président Bonjean. Après Mérimée, M. Delangle prit la parole, et aussi M. le procureur général Dupin. Pendant cette séance ces Messieurs s'occupèrent surtout à défendre les magistrats, attaqués par Mérimée (qui n'acceptait pas la procédure irrégulière du procès Libri), peu de Libri lui-même.

Hélas! depuis longtemps Libri fatiguait ses amis et ses juges. « Il a fait, reconnaît Mérimée, toutes les bêtises imaginables, il a bombardé de ses lettres amis et ennemis, et les a tous mis en fureur^. » Bref, le Sénat ne jugea pas utile de remettre la pétition de madame Libri entre les mains du garde des Sceaux; Mérimée fut encore une fois vaincu et fort en colère, car en sortant de là il écrivit : « Je ne saluerai plus le président Bonjean : He is no gentleman. Cela est clair. Toutes

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