Journal d'un poète
On comprend, dès lors, que pour le comte de Vigny, si fier et si lointain, la critique fût une
soulîrance Mais aussi comment échapper à la
critique, lorsqu'on est Alfred de Vigny? En 1828 il avait quitté l'armée pour se vouer définitivement aux lettres, et il connut, je pense, F. Buloz à l'imprimerie de la rue du Cadran, car dès la fondation de la Revue, le nom du poète figurait au sommaire, accompagnant les Scènes du désert, puis les Consultations du Docteur Noir. A propos de ce dernier livre, F. Buloz écrivait à Vigny au cours de la publication : « J'avais besoin de vous voir pour vous exprimer tout le plaisir, toute l'admiration que m'a fait éprouver StellOy et cependant, je ne suis qu'à la fin du réfectoire. Quand une Revue est arrivée à publier d'aussi belles choses, elle est la première du monde. C'est à vous que je dois tout cela. Ma reconnaissance vous est acquise K » Les relations de F. Buloz et d'x\. de Vigny furent cordiales, et demeurèrent, en somme, fidèles, — malgré Sainte- Beuve et Gustave Planche : le premier, au début, par son idolâtrie exclusive pour Hugo, le second par sa critique inexorable, faillirent séparer le fondateur de la Revue de son collaborateur.
Il vint un temps où Vigny fut opposé à Hugo. C'est une de nos manies françaises : la comparaison. Pourtant quoi de plus dissemblable que