Inédite
de son esprit, la richesse, l'originalité de son élocution, rendaient les questions les plus ardues faciles à résoudre. » ''
Jules Simon, dans sa belle étude sur le maître de l'Eclectisme, remarque : « Sainte-Beuve n'avait d'esprit qu'avec les hommes d'esprit ou les jolies femmes; je n'ose pas dire que Saint-Marc Girardin en avait surtout quand on était entre cuistres; à Villemain il fallait une chaire ou un salon, Cousin était prêt partout, sur tout, et avec tous. » Voilà la vraie note pour définir l'éloquence.
F. Buloz reprocha à Victor Cousin ses longs silences, qu'il prenait pour des défections. Il lui reprocha aussi les articles qu'il portait au Journal des S avaiUs ! En idinyier 1855, il lui écrit : « Vous nous abandonnez tout à fait, vous ne donnez rien à la Revue, et voilà plus de six mois que nous ne vous avons vu ici. » (En général, Cousin venait volontiers le samedi soir, au whist de madame Buloz, ou entrait chez le directeur, les jours de séances à l'In^itut)... « Vraiment, à vous voir vous éloigner ainsi, on ne dirait pas que' V041S avez un intérêt dans la Revue, et je vous prie de faire bientôt votre rentrée, et de ne pas donner ce fâcheux exemple d'un écrivain intéressé à la Revue, et qui se consacre à peu près exclusivement à un autre recueil.
» Je prcrfîte de l'occasion pour vous dire que vous courez le risque à l'Académie, d'après ce que j'apprends, de nommer à la place de M. An-
cclot un candidat impérial ou un socialiste; mais vous autres immortels, vous ne daignez pas savoir ce que disent et ce que savent les simples mortels ^.. »
Voici la réponse de Cousin :
Mon cher Buloz,
Votre épître m'a trouvé au milieu d'une mortelle crise de rhumatisme, elle m'a donné un tout petit moment de gaieté. Je n'ai pu m'empêcher de sourire en voyant que les lauriers du Journal des Savants empêchaient la Bévue des Deux Mondes de dormir. El voilà! il n'y a pas de quoi. Mon cher, j'écrivais dans [e Journal des Savants quand vous étiez encore en nourrice, et j'y écrirai tant que je pourrai tenir une plume : laissez-moi dormir pendant tout l'hiver comme les marmottes de votre pays, à Pasques je me réveillerai j'espère, el vous proposerai quelques articles. D'ici là je serai enfoncé dans la métaphysique et dans l'histoire.
Si pour l'Académie vous avez découvert de bons candidats, et quelqu'un qui vaille mieux que M. Ponsard, envoyez-moi votre microscope, je vous prie...
Ampère nous lit de charmants morceaux sur riiistoire romaine, d'après la vue môme des lieux et des monuments subsistants, voilà du gibier pour vous : tourmentez-le et il cédera ^.
F. Buloz répond à cette lettre le 11 janvier : ... c( Vous me paraissez vous être mépris sur
1. îuédite, 5 janvier 185o, Correspondance de Victor Cousin, bibliothè(iue V. G. à la Sorbonne, f. 1000.