‹ François Buloz et ses amisChapitre 138 sur 212 · Paris ce 7 juillet · texte numérisé non relu

Paris ce 7 juillet

étranger, vous avez assisté à sa naissance, vous avez guidé ses premiers pas dans le monde, vous étiez pour ainsi dire son parrain; veuillez donc lui continuer votre puissant patronage, il en a besoin plus que jamais dans ce moment où il fait de nouveau ses débuts, après avoir longtemps vécu éloigné de la scène littéraire.

Protégez, mon cher ami, ce vertueux enfant des montagnes, dont la candeur chevelue est exposée à bien des chutes, sur le sol glissant de notre société pourrie et démoralisée. Je vous envoie donc votre filleul, avec la plus chaude recommandation.

Votre tout dévoué,

HENRI HEINE*

Cette gaieté, ce léger persiflage, cet esprit endiablé sont inséparables du pauvre être torturé, qui signe quelquefois aussi ses lettres : « le moribond H. Heine ».

On a raconté que H. Heine, d'origine juive, exécrait ses coreligionnaires. Un soir, à table, à côté d'une voisine israélite qui lui demande (imprudente dame!) d'où vient "ce nom singulier de Lacryma Christi donné à un vin : c< Cela signifie Larme du Christ, répond Heine avec férocité, et on appelle ainsi ce vin parce que le Christ pleure chaque fois qu'un .luif en boit. » A la Revue, les mots de Henri Heine furent célèbres. Cruellement, n'avait-il pas appelé Alfred de Musset « le jeune homme d'un beau passé »?

1. M. Legras a pulilié dans l'appendice de son liwe sur H. Heine le brouillon (?) do cette lettre dont je possède l'original.

F. Buloz, qui aimait tant Musset, n'appréciait pas le mot.

En 1841), toujours malade, il écrit au directeur de la Revue. « Je voudrais bien vous voir, et causer avec vous de choses assez importantes, mais mille raisons, non moins importantes, m'empêchent de me rendre chez vous ; la première de ces raisons est que depuis sept mois je n'ai pas quitté le lit, condamné de rester couché sur le dos, où on m'a brûlé quatre grandes plaies qui me font beaucoup souffrir, à l'heure qu'il est; il faut donc que vous veniez chez moi, et je vous prie de ne pas me faire trop attendre votre visite, qui en outre me fera grand plaisir ^ »

Après cela, il se relèvera peu, et le temps des espiègleries est passé, il ne mystifiera plus personne, ou du moins ses malices, il les décochera du matelas où nuit et jour il gît. . . et souffre, car il restera « malin comme un diable », jusqu'à la fin, mais « il est bon », dit Gautier qui le connaissait.

Un des derniers mots de H. Heine fut prononcé par lui vers 1846 ou 1847, et le voici :

Heine arrive à la Revue dans le bureau de F. Buloz, l'air absorbé, ce qui n'est pas dans ses habitudes; F. Buloz s'étonne, lui demande ce qu'il a, s'il est souffrant?

... « J'ai, répond Heine, que je viens de rencontrer X... devant la porte, je me suis arrêté

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