‹ François Buloz et ses amisChapitre 141 sur 212 · Turin, 28 août · texte numérisé non relu

Turin, 28 août

au besoin que j'ai de vivre désormais ignoré au fond de la province, rappelez-vous du moins ce que je vous ai toujours dit de mon incapacité à écrire en prose, et surtout à écrire pour les feuilles publiques. Si je devenais jamais un bomme de style (ce qui serait presque miraculeux à mon âge), ce ne serait vraisemblablement qu'à la condition d'êtrd complèttement {sic) moi, ce qui ne serait pas une fortune pour ceux qui oseraient vouloir tirer parti de ces élucubrations malencontreuses. La prison me fait encore moins peur aujourd'hui qu'autrefois, car je suis plus vieux; mais un directeur de journal est forcé à des considérations, qui ont un côté respectable, et qui contrarieraient sans doute les pensées d'un solitaire, blanchi dans l'opposition. » — Non, le style de Béranger n'est ni original ni charmant ;- sans doute le directeur pensait-il que le nom du chansonnier donnerait quelque éclat à la Revue ^7

Depuis quelques années « le poète national » vivait à la campagne. Il habita Fontainebleau, puis la Grenadière, près de Tours, « dans la retraite », et il disait : « Je suis las du monde, chaque jour je m'en éloigne davantage, la retraite est le but de mes désirs. » A Lamennais il écrivait aussi : c( Mon petit crédit a disparu d'une part, et de l'autre, j'ai vu sans influence, des avis que pourtant la suite des événements n'a que trop justifiés...

i. Béranger publia en 1847 dans la Revue des Deux Mondes quelques vers : Les Pigeons de la Bourse, fort médiocres en vérité

Enfin, c'en est fait de la popularité bruyante des anciens jours, Lisette a la goutte, et Hortense Allart, pétulante et active, qui l'invite à la rejoindre en Toscane, s'attire cette réponse : « Tout cela serait charmant, mais je suis trop vieux maintenant pour faire de si longues courses. »

En 1834, F. Buloz joignit la direction de la Revue de Paris, à celle de la Revue des Deux MondesK G. Sand, à Venise, s'inquiéta de cette nouvelle charge, et écrivit à son ami : « On me mande que vous avez fait une mauvaise affaire en cela, qu'en sait-on? Vous avez de l'activité, du génie, de l'obstination, et... Gerdès! » (Gerdès était ce camarade du lycée Louis-le-Grand, devenu caissier à la Revue des Deux Mondes, et tout dévoué aux entreprises de son ancien condisciple).

Il semble que F. Buloz ait considéré la Revue de Paris comme un recueil moins brillant que l'autre; il admettait plus volontiers à l'essai dans le premier, des écrivains qu'il ne lui plaisait pas d'admettre dans le second. Quand George Sand, excellente camarade, le sollicite pour son amie madame Jal : « Qu'elle se contente de la Revue de Paris », accorde F. Buloz. Même réponse, on l'a vu, à Vigny quand il recommande les articles de M. de La Grange, ou de cette « gentille petite madame Stewart », « si timide ». Certains collaborateurs de la Revue de Paris y seront can-

1. Le bail est sigué en juin 1834; le loyer est de i 500 francs.

tonnés et en sortiront peu : les noms de Nodier, Asseline, II. Monnier, Gastil-Blaze, duchesse d'Abrantès, L. GozlanS E. Sue, Ourliac, ne se rencontrent presque exclusivement que dans la Revue de Paris. D'autres rédacteurs écrivent dans les deux recueils, comme Sainte-Beuve, Lerminier, Alexandre Dumas, G. Sand, A. de Musset, et son frère Paul. Aussi, la Revue de Paris, paraissant hebdomadairement, prenait par ce fait, un caractère d'actualité, qui permettait la publication de travaux plus rapides.

Il semble que les bureaux de cette Revue de Paris fussent encore plus familiaux que ceux de la Revue des Deux Mondes ; dans les cartons poudreux qui renfermaient tant de documents intéressant cette dernière, j'ai trouvé des comptabilités, des reçus, des relevés de frais généraux inscrits sur des bandes de papier, concernant la Revue de Paris; ils n'ont aucun caractère de solennité! J'ai sous les yeux un bout de papier volant, sur l'un des coins sont notés ces mots : « frais généraux », et ensuite :

Paris, 4 juillet 1834.

Reçu dix francs pour courses en cabriolet chez MM. Hugo, Balzac et madame de Baur.

Signé: achille bïiindeau.

1. L. Gozlan, collaborateur violent, ôcrivait à F. Buloz : « J'arrive de Gorbeil, d'où je rapporte un article d'une feuille et demie sur les Villes d'Europe de M. Nisard, le dictateur de la Littérature fétide, etc., 23 juin 1835. »

La Revue de Paris, qui était installée au début, 17, rue des Filles-Saint-Thomas, est située dix ans après, 17, quai MaJaquais. Ses rédacteurs sont alors le bibliophile Jacob, Granier de Cassagnac, Lavcrgne, Gozlan, Méry, Louandre et Lerminier, Chaudes-Aiguës, Taxile Delord, Esquiros, Jules Sandeau, Paul de Musset, etc. D'après les reçus et les quittances, les prix de rédaction paraissent modestes : un article d'Arsène Houssaye sur David TénierSy est payé 185 francs; un autre, d'Ourliac sur Hubert Talbof, 243 francs; et le seul prix important est versé à Alexandre Dumas, qui touche 2 500 francs pour Alhine.

F. Buloz, qui se méfia, avec quelque raison, de l'exactitude de Balzac, ne voulut admettre Séraphita que dans la Bévue de Paris, bien lui en prit... Ses abonnés. durent bientôt interrompre la lecture de Séraphita, dont la publication fut suspendue, l'auteur ayant abandonné ce premier roman. Le Lys dans la Vallée le remplaça... la publication en fut d'ailleurs suspendue aussi, Balzac s'étant subitement décidé à .ne plus écrire dans la Revue de Paris ^.

En janvier 1836, F. Buloz annonce pour ce recueil, un supplément musical « qui paraîtra k la fin de janvier » tous les dimanches, tiré à part. Je possède cette annonce, écrite de la main du directeur; plusieurs musiciens ont signé après lui

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