Timbre de la poste : septembre 1855, inédite
Voilà une année presque entière de perdue pour moi, à une époque de la vie où les années comptent double. Vous me savez assez raisonnable, pour comprendre combien cette perte de temps, et de tout m'afflige. N'ayant pas d'autres ressources pour vivre que ma plume, j'ai dû pour exister, demander à l'emprunt ce que le travail aurait dû me donner plus honorablement; il en résulte pour moi une espèce d'humiliation, qui n'est pas étrangère à cette maladie morale qui cause mon impuissance. Croyez bien que* je ne vous fais pas de phrases, et que tout ceci n'est pas la préface d'une demande. Je ne vous demande rien que du temps.
Je pense que c'est à propos de la publication des Vacances de Camille, que Murger écrivait :
... Je n'ai pas cessé de travailler depuis jeudi. S'il y a un peu de lenteur, c'est que je suis dans une partie de narration et d'analyse, ce qui est long à faire... L'achèvement de cette nouvelle m'importe assez pour que j'y donne tout mon temps, et aussi tous mes soins. Ma bonne volonté veut répondre à la vôtre. Ne vous inquiétez donc pas, cela me trouble de vous savoir tourmenté. Il n'y a que l'apoplexie qui puisse m'empêcher de finir à temps...
Cette lettre de Murger doit être écrite en 1856. C'est l'année où parut Madame Bovary, F. Buloz n'aimait pas ces audaces...
J'ai le regret (dit Murger) de ne pas me trouver d'accord avec vous, à propos de Madame Bovary. Il n'y a pas grande dépense d'invention, il est- vrai, mais il y a ce que l'on ne trouve pas dans les
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feuilletons du jour, des caractères, des passions, et lin grand souffle de vérité et d'émotion. Et ma foi, dans une époque de pauvreté littéraire comme celle que nous traversons, si M. Flaubert vous paraît peu de chose à côté de madame Sand, MiM. de Musset, Mérimée, de Vigny, il me paraît, à moi, d'une jolie taille, parmi les petits bonshommes de lettres qui cherchent la vogue. Je crois que c'est plutôt le genre du livre, que le livre même qui ne vous plaît pas. Le seul reproche que je fais à madame Bovary, c'est de venir après madame MarneiTe. On ne fera jamais plus haut, ou plus bas. comme vous voudrez l'entendre '.
Il arriva que Murger écrivit au Moniteur en même temps qu'il écrivait à la Revue des Deux Mondes; quoique F. Buloz n'aimât guère cette doubler collaboration, il y consentit, en faisant même une avance de 1 500 francs à Afurger, pour l'aider à « sortir d'embarras ». Pourtant : « les gens mêmes qui m'engagent à vous faire cette avance, dit-il à l'écrivain, m'affirment qu'elle est insuffisante à vous tirer d'affaire. »
c( Elle le serait, répondait Schaunard, si je devais employer mes premiers travaux à rembourser la Revue, mais en me laissant écrire au MoniteuVy où l'on me paie relativement très cher, vous m'aiderez à me mettre la tête hors de l'eau... »
« Vous avez le travail très lent, pourrez-vous