‹ François Buloz et ses amisChapitre 151 sur 212 · Inédite · texte numérisé non relu

Inédite

fournir à deux journaux en même temps? Votre collaboration à la Revue ne sera-t-elle pas illusoire? » Murger répondit victorieusement à cette objection, en disant que sa lenteur était due à ses ennuis et que ses ennuis disparaissant.... « Làdessus M. Gerdès m'a emmené auprès de sa sainte armoire et m'a compté 1 500 francs, dont un billet déchiré que j'ai dû repriser religieusement. » Comme on était en carnaval, Gerdès suggère : « Vous devriez emmener les vôtres à la campagne », ce qui fut exécuté fidèlement deux jours après ^

Mais l'écrivain s'était engagé encore à fournir à V Artiste une chronique théâtrale! Il la fit « sur les brochures » et ne se dérangea que pour deux pièces pendant son séjour.

Telle était la vie de Murger, laborieuse, pénible, encombrée d'usuriers, de dettes sans cesse renaissantes, et de séjours à l'kôpital. A la fin, quand il fallut le transporter d'urgence à la maison Dubois, le pauvre Murger soupira : « J'aurais préféré Saint-Louis, on y est plus chez soi. »

On a vu que F. Buloz s'inquiétait de ne plus trouver à cette époque cette abondance de génie que 1830 apporta. Cette préoccupation se manifeste dans une lettre, évidemment adressée à Pontmartin, écrite en 1851.

1. Inédile à M. de Mars, timbre de la poste, Bourbon, iO juillet 1858.

LA REVUE DE PARIS. 3o5

Revue des Deux Mondes, Paris, 20, rue Sairil-Beiioît.

!•' octobre 1831.

Mon cher ami*,

Je ne puis me décider à brûler votre iettre, qui est excellente, et qui est en sûreté en mes mains. Je prends part à tous vos chagrins, moi qui en ai eu d'un autre genre, et non moins poignants; mais enfin c'est une raison de plus de nous réfugier dans le travail et d'oublier en faisant de bonnes choses. J'adopte tout à fait votre idée d'article sur les jeunes gens de talent, malheureusement trop rares, qui nous arrivent; il faut les encourager et les aider contre le joug des vieux hommes de lettres qui nous oppriment, et cela en politique comme en littérature. C'est toujours la même troupe de comparses et de chefs de chœur, qui passent et repassent, sur des terrains ou des théâtres divers.

Moi qui vieillis, sans cesser d'aimer les jeunes gens qui peuvent surgir, et qui ai tant de bonheur à les accueillir, lorsque je vois une étincelle, je suis d'avis que la Bévue doit faire appel aux dei ignoli, et je vous engage fort à toucher ce coin des mœurs littéraires et politiques de notre temps : la persistance et l'oppression des vieilles réputations, toutes vermoulues qu'elles soient, et toutes étourdies qu'elles sont. C'est un beau chapitre à faire, en préambule à l'article dont vous me parlez. N'y oubliez pas les vieux enfants de lettres qui battent le pavé depuis vingt ans, sans devenir des hommes, et ceux qui crient comme Gautier et 'toute cette folle école : « La poésie n'est pas morte puisque je vis !... » Ohl

l. Inédite.

que Molière était grand : il n'a pas vu, heureusement pour lui, les misères dont nous sommes témoins; il les a devinées. La poésie est bien morte jusqu'à ce que de nouveaux adeptes viennent la cultiver, car aucun de ces tristes enfants n'a pu atteindre Tâge viril. Vous rappelez-vous ce mot cruel de Heine : « C'est un jeune homme d'un beau passé »? Ce devrait être notre épigraphe, sans toucher cependant le charmant poète qu'il désignait, et que j'aimerai toujours ^

Tout en faisant cela pourtant, n'oubliez pas Françoise-^ votre lettre me prouve que vous êtes arrivé au bon*moment pour aborder le roman avec audace et franchise. Ce que vous ajoutez sur le roman vertueux et souffreteux de Sandeau me le confirme. Entrez hardiment dans ces deux voies ; le roman tel que vous le pressentez, et la peinture vraie de nos mœurs littéraires, et un nouveau Pontmartin se révélera, j'en suis sûr, mûri, plus vrai et plus fort. Sachez vous dégager des liens de la jeunesse, sans cesser d'être jeune — tout est là.

Notre Annuaire a paru en un très beau volume de 1200 pages avec portraits; c'est réellement une publication unique, et très importante, et je suis dédommagé de tout ce qu'elle m'a coûté de travail, d'efforts, de soins et de recherches par le succès qu'elle obtient... surtout à l'étranger, notre pays ne sait plus guère lire et apprécier, voilà encore un côté à toucher, les Trissotins l'ont abêti... »

Vers 1848, je crois, madame Buloz eut la fantaisie d'emmener un soir sa petite fille aux Ita-

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