Inédit
prouveraient bien que le fameux dîner, où George Sand rencontra Musset pour la première fois, n'eut pas lieu aux Frères Provençaux, mais chez Loinlier^. C'est ce qu'affirmait d'ailleurs Sainte- Beuve; il est vrai que le même Sainte-Beuve a écrit également que Musset n'assistait pas au repas; pourtant la lettre de G. Sand, qui suit, semble assez claire. Sans nommer personne, elle remercie F. Buloz de l'avoir fait diner en très bonne compagnie^.
Vendredi soir.
Mon cher Buloz, vous savez pourquoi je ne vous ai pas donné ma Vieille Histoire^. Je ne Tai pas trouvée assez sérieuse pour votre recueil, et je veux tâcher de faire, pour vous, quelque chose de mieux.
Je vovis remercie des choses bonnes et obligeantes que vous m'en dites, et je les prends pour une marque de votre bienveillance pour moi. J'aurai toujours un grand plaisir à vous voir quand vous passerez chez moi, et je vous promets de travailler pour vous, aussitôt après que j'aurai fini mon livre.
Je ne sais pas quels remerciements vous avez à me faire. Il me semble que c'est moi qui vous en dois, pour m'avoir donné un très bon dîner, en très bonne compagnie, j'en avais chargé Planche, je ne sais s'il a fait ma commission.
1. C'est d'ailleurs ce que j'ai toujours entendu affirmer aussi par les miens.
2. Suivant Sainte-Beuve, à ce dîner assistaient Jouffroy, Alexandre Dumas, Aug. Barbier. Il n'en donne pas la date : d'après les lettres de G. Sand, le dîner Lointier serait de la fin de mars i833.
3. Une Vieille Histoire : Lavinia, mars 1833, chez Ganel et Guyot.
Ce livre dont elle parle, c'est Lélia, que l'éditeur Dupuy doit publier. F. Buloz a demandé des fragments de Lélia pour la Revue, et l'auteur répond : « Dupuy tient beaucoup à ne pas voir paraître un fragment de mon livre, plus de quinze jours avant le jour de la mise en vente. Malheureusement, je n'aurai pas terminé le manuscrit du second volume de Lélia avant la fin d'avril. Dès que j'aurai fini, vous me trouverez disposée à vous laisser choisir un fragment complet qui puisse vous convenir*. »
Des fragments de Lélia parurent, en effet, dans la Revue des Deux Mondes, en avril de cette même année, 1833.
Nous ne pouvons pas, je crois, nous faire actuellement une idée des enthousiasmes, des indignations, des scandales, des discussions, des polémiques, dont Lélia, en 1833, fut la cause, à une époque où les événements littéraires absorbaient et passionnaient la jeunesse française. Aussi Lélia, dans une société divisée et toute vibrante de libertés nouvelles, sembla-t-elle, tantôt une œuvre de génie, tantôt un blasphème : pour tous elle parut un défi aux mœurs et à la société.
Sur ce livre de Lélia, la presse se déchaîna. Ce ne sont que dithyrambes ou anathèmes : on adore ou l'on hait, aucune opinion tiède ne se manifeste, aucun « juste milieu. » Je retrouve quelques