‹ François Buloz et ses amisChapitre 170 sur 212 · Dans sa correspondance avec F. Buloz · texte numérisé non relu

Dans sa correspondance avec F. Buloz

de Feuillide, conséquence d'un feuilleton de M. Capo de Feuillide, rédacteur en chef de Œu- Tope littéraire^ et auteur aussi de la Sémiramis la Grande. Journée de Dieu en cinq coupes d'amertume^ (en vers). Ce duel. passionna la société d'alors, et l'article vaut qu'on s'y arrête. Le roman en cause y est violemment critiqué, au nom de la morale, de la famille, etc. Ce morceau est un échantillon curieux de la mauvaise rhétorique du temps. D'abord l'auteur trouve, et très sérieusement, que notre littérature est en danger, il trouve aussi que cette œuvre nouvelle sent « la boue et la prostitution »; il trouve... mais laissons-le parler. En secouant son glaive, il dit :. a II faudrait que les lèvres de la critique, comme celles du Prophète, fussent purifiées par un charbon ardent, afin qu'il ne s'en échappât aucune parole devenue ignoble et dévergondée, au frottement des pensées ignobles et dévergondées. » Et, encore plus terrible, il poursuit : « Le jour oii vous ouvrirez le livre de Lélia, renfermez-vous dans votre cabinet (pour ne contaminer personne). Si vous avez une fille dont vous voulez que Tame reste vierge et naïve, envoyez-la jouer aux champs avec ses compagnes. » Mêmes conseils pour une jeune femme, il faut l'éloigner aussi, l'envoyer au bal. « Car, votre fille, loin de vous, ne courra pas autant de dangers que sous vos yeux, si ce livre

1. H. Blaze. Voir aussi Quérard qui attribue à Capo de Feuillide certain ouvrage signé J. Desjardins.

lui tombait sous la iiuiin, et quoique légers que soient les propos nés de la liberté d'un bal, ils ne glisseront jamais autant de poison dans une âme, que les pages corrosives de LéliaK... » Et il y en a comme ça des pages!

Les amis de G. Sand s'émurent en lisant cet anathème. Sainte-Beuve écrivit une lettre au National, et Planche^ se battit pour George. Musset prit mal l'indignation de Planche et son intervention, car l'intervention revenait de droit à Musset... puisque...

George Sand écrit à Sainte-Beuve le 25 août : « Je suis très insultée, comme vous savez, et j'y suis fort indifférente. Mais je ne suis pas indifférente à l'empressement et au zèle avec lequel mes amis prennent ma défense... »

Pourtant, le zèle de Planche fut mal accueilli, car, à la suite des premières attaques, G. Sand ayant eu l'idée — assez bizarre en vérité — « d'annoncer publiquement ses relations avec Alfred de Musset... », afin de « trouver en lui sans opposition un défenseur à opposer aux attaques des journaux... », Planche, se substituant à ce défenseur « légitime », devenait l'intrus, l'ours armé de son pavé malfaisant.

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